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Blog gérontologique de Richard Lefrançois - Un forum de discussion et d'échange sur les enjeux et les défis de la vieillesse et du vieillissement
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue

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Archives Des Six Derniers Mois

15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 22:09

La Tribune (Sherbrooke, Qc)
Cahier spécial, vendredi, 14 mai 2010, p. S2
Mieux vieillir

 

Gougeon, François

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Photo de Richard Lefrançois

 

Un vieillissement bien réussi, c'est possible. Mais dans les différentes étapes de cette portion de vie, il faut que les "nouveaux explorateurs du temps" puissent relever les défis qui l'accompagnent.

 

Le sociologue à la retraite Richard Lefrançois, qui connaît une nouvelle carrière publique en s'intéressant à la gérontologie, définit cette "architecture de la vie d'aîné" en trois séquences.

 

La première, la "pré-vieillesse", concerne les 50 à 64 ans, qui doivent apprendre à gérer la transition vers la retraite. "Une bonne préparation à la retraite, ce n'est pas juste au plan économique mais dans une réflexion en profondeur, sur comment meubler son temps libre et ainsi de suite... Je trouve qu'il n'y a rien de plus triste que des retraités mal préparés, qui n'ont pas trouvé un nouveau sens à leur vie et qui passent leurs journées à errer dans un centre commercial", illustre l'auteur de Vieillesses oubliées et de Les nouvelles frontières de l'âge.

 

Pour la seconde séquence, celle de la "petite vieillesse", soit les 65-79 ans, le focus doit être mis sur le maintien de l'autonomie physique et psychique. "C'est un gros défi et ce n'est pas simple, surtout si plus jeunes les bonnes habitudes n'ont pas été prises", précise M. Lefrançois.

 

Enfin, dans la structure de la "grande vieillesse", chez les 80 ans et plus, le défi porte sur l'importance de compenser les pertes. "Plus on avance en âge et plus notre aire de rayonnement rétrécit. C'est par exemple la perte du droit de conduire, les réseaux sociaux qui s'amenuisent, le risque d'isolement. Ces grands aînés doivent trouver le moyen de combler ces pertes en faisant des activités significatives qui interpellent leurs compétences et leurs capacités. Et comme de nos jours la société n'est plus structurée comme avant autour de la paroisse, du quartier ou de la famille élargie, ce soutien se retrouve dans les réseaux et les associations", résume Richard Lefrançois.

 

Travailler ou non

Précisant bien que cette présentation schématise une réalité beaucoup plus complexe, avec sa multitude de situations particulières, le chercheur s'arrête plus particulièrement sur celle du travail après la retraite.

"Contrairement à la réflexion de Castonguay et Laberge (NDLR: qui favorise le maintien au travail après 65 ans), je suis ambivalent. C'est généralement par obligation financière et parce qu'ils s'ennuient et n'ont pas développé d'autres champs d'intérêt que des gens doivent travailler plus longtemps ou retourner sur le marché du travail. Dans certains cas, ça donne lieu à des situations d'exploitation, comme ces gens très compétents qui se retrouvent dans des commerces au salaire minimum... Il y a un gros dilemme actuellement entre des forces qui poussent pour le maintien en emploi de futurs retraités et d'autres forces qui voudraient que ces gens sortent au plus vite du marché du travail car ils ne sont pas assez productifs, on les accuse de voler la place aux jeunes et ainsi de suite", émet M. Lefrançois.

 

Sans oublier que plus ils restent longtemps au travail après l'âge normal de la retraite, plus la société se prive de précieux bénévoles: aidants naturels, mentors et accompagnateurs...

 

Illustration(s) :

Imacom, Claude Poulin
Selon le sociologue Richard Lefrançois, "c'est généralement par obligation financière et parce qu'ils s'ennuient et n'ont pas développé d'autres champs d'intérêt que des gens doivent travailler plus longtemps ou retourner sur le marché du travail".

 

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100514·TB·0068

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 15:24

Gilbert Leclerc

 

Mon collègue de travail et ami, Gilbert Leclerc, a été honoré dimanche dernier, le 9 mai 2010, pour son engagement exceptionnel à titre de bénévole dans la région de l’Estrie. Il a notamment accompli un travail remarquable et apprécié au sein de l'AREQ, de la  FADOQ, de Baluchon Alzheimer Estrie, de la Table de concertation des aînés de l'Estrie, des Petits frères des Pauvres de Sherbrooke, du Comité sherbrookois Pro-Sage et de la Pastorale pour les aînés du diocèse de Sherbrooke.

 

On le voit ici en compagnie du Lieutenant-gouverneur du Québec, l’honorable Pierre Duchesne, qui lui remet sa médaille d’honneur fort méritée.

 

Gilbert Leclerc est docteur en andragogie et en théologie. Maintenant à la retraite, il poursuit toujours son engagement comme bénévole, enseignant à l’UTA et chercheur associé à l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke.

 

Cher Gibert, nous te souhaitons tous de profiter d’une excellente santé et d’une vie longue, en plus de réaliser les projets qui te tiennent à coeur.

 

Continue d’agir comme phare et mentor auprès des jeunes, d’apporter ta ferveur et ton soutien indéfectible auprès de la communauté des aînés, et d’être une source d’inspiration inestimable pour nous tous.

 

Amicalement

 

Richard

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 14:59

La Presse
Actualités, vendredi, 7 mai 2010, p. A9
Exclusif
Sondage CROP/AQESSS

Mes commentaires sont en bleu

Les boomers, jeunes de coeur et d'esprit
Champagne, Sara

 

Les baby-boomers ne ressentent pas le poids des années. (Pas si sûr. Ils ont au contraire la hantise de vieillir et sentent très bien le poids des années. (sauf peut être «l’autruche»…voir plus loin).  Leur façon de vivre est en partie une manière de repousser leur angoisse de la finitude. )

Au Québec, les personnes de 50 à 64 ans se sentent plus jeunes de 10 ans. Et elles n'ont pas l'intention de se considérer comme vieilles avant d'avoir soufflé 80 bougies, révèle un sondage mené par la firme CROP pour le compte de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), que La Presse a obtenu et qui sera rendu public aujourd'hui.

Quand on demande aux baby-boomers où ils voudraient vivre si leur état de santé ne leur permettait plus de subvenir à leurs besoins, près de trois sur quatre (72%) voudraient rester chez eux et recevoir des soins à domicile. Intéressant en effet, tout un marché du vieillir chez soi est en train de se développer et va s’intensifier. Et les baby-boomers sont très indépendants: la moitié (48%) estime que leur bien-être dépendra d'eux-mêmes une fois le cap des 75 ans passés. Et au pire, soit dans une proportion de 29%, ils pourront compter sur eux-mêmes, sur leurs parents et amis ou, en dernier recours, sur les gouvernements.

Comme leur progéniture fut peu nombreuse, la plupart ne pourront compter sur leurs enfants pour veiller sur eux au grand âge. Également, l’enquête ne fait pas mention de la situation d’un grand nombre de femmes qui vivront seules et souffriront de solitude. N’oublions pas que les divorces et séparations ont été fréquents dans cette génération et que plusieurs ont par la suite choisi de vivre seul(es).

La firme CROP a sondé par l'internet un échantillon représentatif de 686 Québécois nés entre 1946 et 1960.

J’ai des réserves méthodologiques, quand on affirme qu’il s’agit d’un échantillon représentatif, surtout via Internet.

En moyenne, ils ont eu 1,5 enfant et estiment à 50 800$ leur revenu annuel familial avant impôts. Il aurait fallu calculer le revenu médian et non le revenu moyen qui déforme la réalité.Selon leur perception de leur vieillesse, ils ont été classés en cinq types par la firme de sondage: le choyé, l'indépendant, le dépendant, l'autruche et l'exclu. Je reproche à cette taxinomie, même si elle se veut non scientifique, son incapacité à  refléter des conditions de vie mutuellement exclusives. On peut à la fois être autruche et indépendant, choyé et dépendant ou indépendant, etc…

On s'en doute, si le choyé ou l'indépendant (43% des répondants) estiment qu'ils auront les moyens de bien vivre dans leurs vieux jours et qu'ils seront bien entourés, il en va tout autrement du "dépendant potentiel" (21%), de "l'autruche", qui ne se préoccupe pas de sa vieillesse (19%), et de "l'exclu", qui se voit vieillir isolé, pauvre et en mauvaise santé (16%).

Devant ces données, la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis, entend interpeller les gouvernements afin de lancer un grand chantier sur le vieillissement au Québec auquel seraient appelés à participer les municipalités et les groupes communautaires.

"Il va falloir revoir notre offre de service, a expliqué Mme Denis à La Presse. Ça va être notre nouvelle clientèle, une clientèle qui nécessitera des soins à domicile. Il faut aussi faire de la prévention pour garder les baby-boomers en santé. Et se concerter autour de ce qu'on appelle les proches aidants."

Le pouvoir gris

Le sondage mené pour l'AQESSS rejoint les travaux d'un professeur au département de démographie de l'Université de Montréal, Jacques Légaré, qui prévient que les baby-boomers sont reconnus pour avoir "une grande gueule" et qu'ils n'ont "certainement pas dit leur dernier mot".

Cette perception sur les boomers, hélas fort répandue, ne colle pas à la réalité pour toutes les catégories sociales, notamment celles proposées plus haut. L’autruche, l’exclu, le dépendant auront-ils une «grande gueule»? Cet extrait du démographe infirme partiellement ce qui est avancé précédemment dans le sondage.

"On va voir naître des résidences, un genre de coopératives où les gens vont se regrouper pour se payer des services et surtout ne pas dépendre de l'État.

Rien de nouveau, cela existe déjà depuis longtemps. Le marché des résidences privées est en forte explosion, seulement ralenti récemment par la récession.

La dernière chose qu'ils veulent, c'est être obligés de souper à 17h. (Que vient faire cette affirmation qui contredit selon moi la façon de vivre des boomers). Ils vont donc exiger des soins à domicile, des transports communautaires et même des journaux avec des caractères plus gros", dit le professeur.

Jacques Légaré parle de ce qu'on appelle aux États-Unis la silver economy, ou pouvoir gris: "La retraite et la vieillesse, ce n'est plus la même chose, ajoute-t-il. Les baby-boomers sont plus revendicateurs que la génération précédente, il est clair qu'ils ne se laisseront pas influencer. Ils ne se laisseront pas parquer dans des mouroirs, et la plupart ont les revenus pour obtenir ce qu'ils veulent." Ces affirmations sont inspirées des représentations populaires sur les boomers et sont  gratuites. Je crois que cette enquête pose néanmoins des jalons pour une réflexion plus articulée, approfondie qui devrait puiser dans des faits mieux établis.

Illustration(s) :

photo Keith Meyers, archives The New York Times
Jacques Légaré, professeur au département de démographie de l'Université de Montréal, prévient que les baby-boomers n'ont "certainement pas dit leur dernier mot". "On va voir naître des résidences, a-t-il dit, un genre de coopératives où les gens vont se regrouper pour se payer des services."

© 2010 La Presse. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100507·LA·0015

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 16:38

Richard Lefrançois, La Tribune, 1 mai 2010

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De nos jours, la performance, la créativité, l'engagement et l'efficacité ne sont plus l'apanage des jeunes. Sollicités plus que jamais, les seniors se démarquent avantageusement comme travailleurs, consultants, mentors, intellectuels et artistes. Le poids des années ne les arrête pas. Ils suivent des cours, livrent leur opinion (journaux, blogues), militent pour une cause, se consacrent au bénévolat, aident leurs semblables, participent à des sondages et études cliniques, voyagent et s'adonnent à des activités de loisir.

Pendant que s'estompe l'image dégradante, misérabiliste et mortifère accolée aux personnes vieillissantes, le démantèlement des tabous sur la vieillesse suit son cours. La rhétorique n'est plus à l'abandon, au déni ou au dénigrement de la vieillesse, mais est au métissage des générations, à la valorisation de la sagesse et à la quête de l'expérience.

D'aucuns rétorqueront qu'en dépit de cette effervescence, l'âgisme sévit tandis que le mépris envers les personnes âgées couve toujours, alimenté par les inquiétudes que suscite leur surnombre. Il n'empêche que le discours sur l'âge avancé se veut plus rassurant et constructif qu'auparavant.

 

Sur les traces du vieillissement optimiste

Moult facteurs rendent compte de cette métamorphose des mentalités sur le vieillir, teintée parfois de romantisme et de triomphalisme. Plus autonomes et en meilleure santé que leurs ascendants, les aînés d'aujourd'hui sont informés, aguerris et engagés. À la faveur de leur gigantesque pouvoir d'achat, ils contribuent à revigorer l'économie et à développer de nouveaux créneaux. Leurs qualités exceptionnelles de passeur d'héritage, de défenseur des valeurs nobles et d'aidant dévoué leur valent bien des éloges.

Nous sommes également redevables aux spécialistes du vieillissement, aux associations de retraités et à des instances étatiques d'avoir démonté la plupart des mythes entourant l'âge avancé et démontré l'inestimable apport social et économique des aînés.

Les multiples attributions du bien vieillir reflètent également le prolongement de la vie, la diversité culturelle, le morcellement des parcours sociaux et le foisonnement des choix de vie.

Point étonnant si une abondante littérature moussant les vertus de la vieillesse ait proliféré au cours des dernières décennies. Dans Vivre en jeunesse, le Dr Jean Drouin nous enseigne comment déjouer le temps et conserver une vitalité optimale. Jean-Luc Hétu nous invite à Apprendre à bien vieillir, tandis que Jacques Laforest vante les vertus de la Vieillesse apprivoisée. Pour Marie Laberge, "vivre vieux c'est encore et toujours vivre". Ayons donc l'audace de bien vieillir, s'exclame-t-elle, "envers et contre tous s'il le faut"!

Nos perceptions sur la vieillesse ont bifurqué le jour où nous avons pris conscience de notre capacité à ralentir le rythme du processus de sénescence et d'en atténuer les effets. Dès lors, vieillir a cessé d'être compris comme une déchéance redoutable ou une maladie incurable, mais comme une condition normale pouvant être partiellement maîtrisée et retardée. Autrefois subie, cette période incontournable du cycle de vie peut désormais être conquise, à condition de s'y préparer adéquatement.

 

Nouveaux discours, nouvelles étiquettes

Pour accompagner le paradigme du vieillissement optimiste, le vocabulaire a emboîté le pas. Les épithètes de vieillard et de personne âgée ont été relayées par celles d'aîné, de senior et de retraité. Puis ce fut au tour des représentations populaires de la vieillesse. Les appellations de "vieillesse dorée", de "génération lyrique", de "bel âge" occupent depuis le devant de la scène médiatique.

Le changement de ton a gagné le monde politique et celui des affaires. Au début des années 2000, l'Organisation mondiale de la santé lançait le slogan du "vieillissement actif" dans l'espoir de mobiliser le potentiel des baby-boomers au bénéfice de la société et des générations montantes. L'expression a été récupérée à des fins économico-politiques. Pour maintenir la croissance et défier la pénurie de main-d'oeuvre, on s'est évertué à repousser l'âge de la retraite, pour stopper l'hémorragie des fins d'emploi précoces promus par le projet Liberté 55.

Maintenir active, alerte et en santé la population âgée s'avère un enjeu majeur chez les innovateurs, fabricants et commerçants qui anticipent des occasions d'affaires alléchantes et florissantes. On prévoit une explosion de la demande en produits et services spécialisés dans le lucratif marché des cosmétiques anti-aging, de la domotique, des transports, de l'alimentation et des loisirs notamment.

Deux autres phénomènes se sont imposés avec force dans le milieu gérontologique: le "vieillissement réussi" et le "vieillissement optimal". On a cependant taxé d'élitistes ces formules, alléguant que les personnes socio-économiquement privilégiées ont plus de chance de décrocher ces titres convoités. À l'opposé, sont épinglés dans la colonne des échecs ceux qui succombent à la maladie ou tombent dans la précarité.

La notion de vieillissement réussi est d'autant plus critiquable qu'elle est calquée sur les idéaux discutables d'hyper-performance et de succès professionnel propres à la culture occidentale. Les aînés n'ont pas à performer, à "réussir" leur vieillesse comme ce fut le cas dans leur vie active rémunérée! Dans un monde configuré pour la vitesse, pour paraphraser Carl Honoré dans l'Éloge de la lenteur, il importe au contraire de savourer les précieux moments de la vieillesse et de goûter la tranquillité.

 

Pistes pour une vieillesse accomplie

En définitive, les aînés ont surtout besoin de s'investir dans des occupations qui les font grandir et qui les illuminent, de nouer des relations sociales gratifiantes et significatives. Enrichir les contacts humains et l'estime de soi est plus important que de flatter son ego et d'épaissir son portefeuille!

Il y a quelques années, nous avons proposé le concept de "vieillissement actualisé" pour qualifier la situation d'une personne apte à préserver un sens d'identité et de développement de ses capacités d'adaptation ou de résilience. Les personnes actualisées sont congruentes avec leur image de soi, ouvertes à l'expérience et à autrui. Les aînés sensibles aux autres et ouverts à eux-mêmes participent de plain-pied à leur bien-être et au bienfait de l'humanité.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

Illustration(s) :

Archives, La Presse, Alain Roberge
Goûter la tranquillité de la vieillesse est un art que plusieurs aînés pratiquent via la peinture.

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100501·TB·0028

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 18:51

Le Reflet du Lac (Magog), no. Vol: 22 No: 21
Actualités, jeudi, 25 mars 2010, p. 12

 

Mathieu Courchesne

 

Fatigués, nos aînés? Bien au contraire, ils sont plus dynamiques que jamais et ils entendent bien le démontrer à l'occasion du Forum des aînés 2010, qui se tiendra le mardi 11 mai à l'aréna de Magog.

Les organisateurs de l'évènement souhaitent encore cette année montrer une image positive du vieillissement. Organisé par la Table de concertation des aînés de la MRC de Memphrémagog, le Forum se déroulera sous le thème "Aînés et engagés".

"Les personnes plus âgées sont des ressources beaucoup plus qu'un fardeau", croit Richard Lefrançois, professeur associé à l'Université de Sherbrooke et chercheur de l'Institut universitaire de gériatrie (CSSS-IUGS).

Maintenant lui-même à la retraite, M. Lefrançois présentera, dans le cadre du Forum, une conférence intitulée "Les aînés, ardents défenseurs d'une société meilleure". Selon lui, les personnes plus âgées apportent énormément à la société. "C'est assez ironique de voir que notre société fait des progrès pour allonger la vie, mais que, en même temps, elle semble avoir peur du vieillissement."

Il affirme que les aînés font rouler l'économie, qu'ils transmettent aux autres générations le patrimoine et la culture et qu'ils peuvent également servir de mentor. "Il ne faut pas oublier que les personnes âgées font beaucoup de bénévolat. Elles s'impliquent donc socialement."

Le bénévolat, Ghislaine Blouin connaît ça. Malgré ses obligations familiales et son travail, elle a passé pratiquement tous ses temps libres à l'hôpital de Magog au cours des 45 dernières années. Elle sera d'ailleurs honorée à l'occasion du Forum des aînés. "C'est gratifiant d'être honorée ainsi, s'exclame-t-elle. Mais si j'ai pu faire autant de bénévolat, c'est parce que j'avais de bonnes personnes autour de moi. J'ai été gâtée dans la vie. Quand on reçoit, il faut donner."

Si, au début, elle ne faisait que changer les fleurs dans les chambres et apporter des magazines aux patients, elle s'est rapidement mise à piloter différents projets pour l'hôpital. "On me disait souvent que ça serait mieux si j'avais ma chambre à l'hôpital, affirme-t-elle. J'étais toujours là."

Outre l'hommage à Ghislaine Blouin et la conférence de Richard Lefrançois, le Forum proposera des témoignages, des kiosques d'informations et de la danse en ligne.

Les billets, en vente au coût de 7 $, incluent l'accès à l'aréna et le repas. Ils sont en vente dans les centres d'action bénévole, dans les clubs de l'âge d'or, à l'AQDR et à la réception du Centre de santé et de services sociaux de Memphrémagog. La fin de la vente des billets est prévue pour le vendredi 7 mai 2010 à midi.

redaction.reflet@transcontinental.ca

Illustration(s) :

Le comité organisateur du Forum des aînées 2010, qui se tiendra le mardi 11 mai dès 8 h 30 à l'aréna de Magog. (photo: Mathieu Courchesne)

© 2010 Le Reflet du Lac (Magog). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100325·JN·0017

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 17:25

Un article paru sur ce site : http://jobboomblog.com/2010/04/27/eternels_les_boomers

sous la plume de Christine Lanthierimage

 

Voilà plusieurs années que l’on se fait rebattre les oreilles avec la retraite imminente des babyboomers. Or, de récentes données de l’Institut de la statistique du Québec laissent croire que les travailleurs les plus âgés n’ont pas encore dit leur dernier mot.
En 2009, alors que le Québec en pleine récession perdait 37 500 emplois (soit 1% de tous les jobs de la province), les 55 ans et plus en obtenaient à eux seuls 30 500, une hausse de 5,4 % par rapport à l’année précédente.
Si bien que, pour la première fois depuis que l’on compile des statistiques à ce sujet, le nombre de 55 ans et plus en emploi (597 200) a dépassé celui des 15-24 ans (539 900)! Le facteur démographique y est pour beaucoup (les boomers sont les plus nombreux de la pyramide des âges), mais il n’explique pas tout.
Certes, le Québec est encore le paradis des retraites anticipées, comme le déplorait en janvier dernier un rapport du CIRANO intitulé
La longévité : une richesse . À peine un tiers des Québécois de 55 ans et plus sont sur le marché du travail, un taux d’activité sous la moyenne canadienne, qui est de 36 %.
Toutefois, leur progression à ce chapitre est constante depuis 2002. D’autant plus que la récente crise financière en a contraint certains à prolonger leur vie active. Selon un
sondage de la Régie des rentes du Québec, le fait de voir ainsi fondre leurs économies a poussé 30 % des 55-64 ans à retarder l’âge auquel ils prévoyaient dire bye bye boss.
Et que font-ils en attendant? Une
analyse du CETECH montre que les gains d’emplois des 55 ans et plus entre 2008 et 2009 ont été particulièrement élevés du côté du commerce (+ 22 %) et du travail autonome (+ 16 %). Comme si, contraints de continuer à travailler, plusieurs avaient créé leur propre emploi ou réussi à convaincre un gérant de magasin que leur longue expérience en valait le coup.
Que ce soit par envie de poursuivre l’œuvre d’une vie ou par manque de chance (ou de prévoyance) au plan
financier, les travailleurs plus âgés prendront peut-être le chemin de la Floride un peu moins vite dans les années à venir. Une forte proportion (44 %) de Québécois envisagerait même de continuer à travailler après 65 ans.
Comme l’écrivait récemment un représentant du Conference Board, le marché du travail de
2020 pourrait donc ressembler davantage à un cocktail intergénérationnel qu’à une déferlante de relève.
Toutefois, fait remarquer le sociologue
Richard Lefrançois, les boomers ne resteront pas à n’importe quel prix. Cette génération qui s’est battue pour obtenir de meilleures conditions de travail connaît sa valeur et n’a que faire des emplois précaires et mal payés.
De quoi compliquer l’équation que doivent résoudre les employeurs déjà aux prises avec les revendications des Y.

 

COMMENTAIRES DE RAYMONDE TREMBLAY

Les fameux ^boomers^, même le nom commence à me déranger car il est à connotation négative dans notre cas à nous les 50 à 60 ans. On ne parle que des 60 ans et plus finalement. Ceux qui n'ont eu que les miettes et qui doivent en arracher encore pour trouver un travail convenable parce que les 60 ans et plus ne quittent pas le leur, ils ont à peu près les mêmes compétences que nous et ont tout raflé, les bons emplois au gouvernement (car n’oublions pas que le gouvernement a créée ces emplois spécialement pour eux à l’époque sinon plusieurs en auraient arrachés, pas vrai?) la généreuse pension qui s'en vient, les avantages sociaux et ceux de l'ancienneté, leur maison est payée heureusement et peuvent même la rénover tous les ans et tout va bien.
Avons-nous une idée de ce que les 50-60 ans vivent? Les employeurs ne s'intéressent pratiquement pas à eux car ils veulent des jeunes avec des diplômes et avec l'espoir qu'ils vont travailler longtemps chez eux avant de prendre leur retraite. Nous sommes même victimes de discrimination. Même des emplois à la fonction publique nous sont refusés pour cette raison.
Savez-vous que justement à cause du très grand nombre de ces boomers les plus jeunes d'entre eux ont même dû s'exhiler dans les années 1980 parce que les plus vieux avaient commencé à exiger des cartes pour la construction (ce qui n'est pas dit ici c'est que plusieurs d'entre eux n'avaient jamais tenu un marteau et ils obtenaient leur carte) alors lorsque le soit disant bassin était plein il n'y en avait plus pour les autres! Nous avons dû partir vers l'Alberta ou l'Ontario pour survivre. Ensuite pour certains qui avaient le mal du pays et qui revenaient après 5 ans ou 10 ans c'était encore pire parce que traités en étrangers évidemment. On venait d'ailleurs et on ne nous acceptait pas surtout si on était encore sur le marché du travail.
Plusieurs des 50-60 ans sont de très bons travailleurs manuels avec des compétences souvent exceptionnelles mais qui ne sont pas mis à contribution sur le marché du travail parce qu’ils n’ont pas obtenu leur secondaire V ou qu’ils n’ont pas assez de ¨papiers démontrant leur compétence¨. Ils obtiennent de peine et de misère des emplois souvent mal payés, instables parce que temporaires ou sur appel. Ils n’obtiennent aucune reconnaissance et sont constamment menacés par les plus jeunes qui poussent derrière et qui ont des beaux diplômes. Des emplois qui requièrent de l’expérience, du savoir-faire et surtout de la logique et de la débrouillardise sont donnés aux plus jeunes sous prétexte que 50-60 ans vont partir pour leur retraite trop tôt et que ça ne vaut pas le coup de les prendre. De quelle façon pouvons-nous gagner notre vie en attendant cette fameuse retraite qui ne viendra probablement jamais vu le contexte financier et l’incapacité de se ramasser quoi que ce soit? Nous ne sommes pas du bétail mais sommes traités ainsi. Pourquoi on ne parle pas de nous? Et où êtes-vous les autres 50-60 ans? Parlez-nous de votre vie et de vos espoirs futurs. Et SVP demandez à ceux qui ont décidé de tout classer et de nous juger, de nous donner un autre nom que les ¨boomers¨ nous méritons mieux que ça pas vrai?
Et vous les jeunes qui êtes tanné des vieux qui prennent vos jobs, vous avez raison mais ce sont les 60 ans et plus qui ont pris leur retraite ou leur semi-retraite et qui travaillent pour le FUN! Ils n’ont pas besoin d’argent, leur vie est faite et tout va bien, ils travaillent pour se désennuyer car ils ne connaissent pas autre chose que le travail pour se stimuler ces gens-là vous le savez. Ils sont tellement travaillants, assidûs et fidèles à leur employeur. Alors arrêtez de nous en vouloir à nous.
Et vous le gouvernement qui nous avez mis de côté car vous voulez plaire à ceux qui ont justement des beaux plans de retraite et de l’argent à dépenser pour faire rouler votre belle économie basée sur la consommation et le tourisme. Vous qui ne voulez plus nous donner de formation car nous ne sommes pas la relève évidemment. Vous ne désirez pas investir dans notre peu d’avenir qu’il nous reste, je vous demande d’ouvrir grand vos yeux car vous passez à côté de beaucoup de talent et de gens très compétents malgré l’absence de diplôme. Notre société est malade et ne guérira certainement pas tant et aussi longtemps qu’on ne reconnaîtra pas l’utilité de tous . N’oublions jamais que le travailleur manuel est aussi important que le travail intellectuel. Sans les deux nous n’irons pas loin (et c’est ce qui se passe présentement). Avant d’aller chercher des travailleurs de l’extérieur, regardez un peu dans le bassin d’ici mais svp regardez avec l’esprit ouvert et vous verrez la richesse et l’abondance de talents .Respectez l’un et l’autre et confiez la tâche à la bonne personne et vous verrez un énorme changement autour de vous.
À bon entendeur salut!

Permalien 2010-04-28 08:28:38

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 23:16

(Trois-Rivières)

 Le Nouvelliste 26 avril 2010

 

Le sociologue Richard Lefrançois, auteur de Les nouvelles frontières de l'âge, a réfléchi à la question du retour des boomers retraités au travail. Pré boomer lui-même, il a choisi de rester actif et tout ce qui touche les personnes âgées et le vieillissement l'intéresse au point de se définir maintenant comme un sociologue gérontologue.

D'entrée de jeu, il admet qu'il est encore difficile de faire une lecture claire du phénomène. Toutefois, tout indique que ce sont les nombreux bouleversements économiques des dernières années qui en constitueraient le fil conducteur.

À son avis, si les retraités retournent sur le marché du travail, c'est d'abord pour se donner un coup de main à eux... pas à l'économie.

«Il faut distinguer les choses, confie-t-il. On a vu apparaître la tendance Liberté 55, vers 1976. Puis, il y a la réalité économique qui a rapidement changé à partir de 1997 avec l'éclatement de la bulle technologique, suivi des attentats du 11 septembre 2001. La récession de 2008 a aussi porté un dur coup à cette tendance qui avait pourtant le vent dans les voiles.»

 

Par ailleurs, le sociologue fait une distinction entre le retour au travail des retraités précoces et le maintien au travail des personnes de 55 ans à 60 ans. Deux phénomènes distincts quant aux causes: économiques dans le premier cas (crise, récession) démographiques dans le second, (allongement de l'espérance de vie, dénatalité, immigration).

De même, il observe depuis quelques années une forte déconnection entre les revenus et le travail, ce qui rendrait nettement moins séduisant le marché du travail. Une réalité préoccupante, souligne-t-il, dont ne tiendrait pas compte le récent rapport Castonguay: La longévité: une richesse, produit par le groupe Cirano et qu'il trouve déconnecté de la réalité et étonnamment peu documenté.

«C'est beaucoup plus fort qu'avant (cette déconnection). Les gens n'ont plus d'emplois ''sécuritaires'' assurés. Le travail est à temps partiel et selon les milieux, ce n'est pas certain que les employeurs veulent garder leurs employés longtemps, sous prétexte de baisse de productivité, de maladies plus fréquentes, etc. Ce n'est pas dans tous les secteurs que les seniors font oeuvre de mentors.»

Parmi la masse des retraités, on retrouve bien sûr un groupe important d'employés de la fonction publique

Plus récemment, il y a eu les victimes du crash boursier qui ont vu leur caisse de retraite fondre comme neige au soleil, sans oublier les victimes de fraude qui ont perdu tant d'argent qu'elles ont été obligées de reprendre le collier.

«À tout cela, il faut ajouter les gens qui ont tout simplement mal préparé leur retraite, note le sociologue, ceux qui ont quitté leur travail sans penser qu'il était important pour eux de conserver un certain niveau de vie et qui n'y arrivent pas avec le régime de retraite par répartition (Pension du Canada et la Régie des rentes du Québec) ou par capitalisation (REER, Fonds de retraite, fonds d'employés). Ces gens-là n'ont pas le choix.»

Lorsqu'on demande au sociologue si ce retour des personnes âgées sur le marché du travail contribuera à revaloriser leur image, il hésite.

«Oooui.... C'est vrai qu'on en parle comme un besoin de compétences mais en même temps, il y a encore des employeurs qui, dans un monde de formation continue, ne veulent pas investir dans leurs travailleurs âgés. Ça dépend des milieux de travail. Mais la perception de vieux fainéants qui abusent pendant que les jeunes seraient dans la misère est en train de changer», croit-il.

En conclusion, Richard Lefrançois met en garde les tenants du vieillissement actif rémunéré en leur rappelant que les boomers ont été des citoyens engagés, épris de liberté et d'engagement social, qui se sont battus pour de bonnes conditions de travail. Ces valeurs les animent toujours. Or, ce n'est pas ce qu'on offre actuellement comme conditions de travail aux retraités... ni aux jeunes d'ailleurs.

 

Une nouvelle réalité

Un sondage effectué en octobre 2005 par la firme Ipsos Reid pour le compte de la Banque de Montréal indique que 28 % des retraités actuels continuent de travailler. Mais c'est dans une proportion de 74 % que les travailleurs de 45 ans et plus, encore en emploi, prévoient travailler à leur retraite. À l'échelle canadienne, les principales raisons pour lesquelles les travailleurs de 45 ans et plus prévoient travailler à leur retraite sont les suivantes: pour rester actif mentalement (71 %) pour rester en contact avec les gens (63 %) pour faire de l'argent (61 %) pour être physiquement actif (49 %).

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 22:13

L'obsession du retour à l'équilibre budgétaire et de la résorption du déficit accumulé, et la nouvelle configuration démographique, peuvent-ils faire oublier, voire freiner les mesures égalitaires entre les femmes et les hommes? Terrés dans leurs derniers retranchements, les tenants du néolibéralisme qui récusent l'égalité des sexes vont-ils ressurgir de plus belle en cette sortie de crise?

 

L'effondrement des finances publiques

Pour alimenter notre réflexion, relevons d'abord quelques faits marquants. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la réduction des disparités de revenu stagne depuis que nous sommes en récession. Primo, le salaire médian des femmes demeure moindre que celui des hommes, dans une proportion de 15 %. Secundo, deux fois plus de femmes que d'hommes vivent encore sous le seuil de la pauvreté. Et, contrairement à une idée reçue, cet écart se creuse sensiblement après l'âge de 65 ans. Tertio, un quart de la main-d'oeuvre féminine occupe des emplois flexibles ou à temps partiel comparativement à un homme sur dix.

Ces inégalités sont d'autant plus préoccupantes que les femmes subissent plus lourdement que leurs congénères masculins les retombées des crises économiques. Plusieurs études ont rapporté les conséquences néfastes de l'insuffisance du revenu des femmes âgées, en situation de monoparentalité ou d'isolement social. Santé déficiente, détresse psychologique, insalubrité du logement et mauvaise alimentation figurent parmi leurs conditions précaires.

Or, s'il est un levier essentiel à la croissance économique, c'est bien la forte participation féminine sur le marché du travail. Ce serait donc régresser pitoyablement que de renoncer à la parité salariale et à l'équité dans la reconnaissance des diplômes. Ces luttes sont aussi impératives que la répartition équilibrée des responsabilités et des tâches familiales ou parentales. Nous avons tout à gagner à exercer une vigilance de tous les instants pour préserver nos gains en matière d'égalité.

 

Nouveau paysage démographique

Outre l'économie, trois mutations démographiques sont susceptibles d'entraver, sinon de faire échouer le mouvement vers l'égalité des sexes : la dénatalité, l'afflux des immigrants et le vieillissement de la population.

Pour endiguer le fléchissement de la fécondité, l'État québécois encourage plus que jamais la maternité en subventionnant des services de garde et en octroyant aux familles de généreux crédits d'impôt et des congés parentaux. Bien qu'efficaces, ces politiques natalistes se traduisent par un recul pour les femmes, pour autant qu'elles font pression sur leur liberté de choix en matière de procréation, qu'elles les gardent à distance du travail rémunéré et qu'elles les confinent dans des rôles familiaux traditionnels.

Le recours intensif à l'immigration pour compenser le déficit démographique menace lui aussi de ralentir l'élan en faveur de l'égalité des sexes. D'un côté, certaines pratiques culturelles, comme le port du voile islamique, ne font qu'accentuer l'infériorisation et l'aliénation des femmes. Est-il besoin de rappeler que les signes religieux ostentatoires symbolisent la soumission des femmes, ce qui contrevient à nos valeurs de laïcité et d'égalité?

La discrimination à l'embauche ou la propension de travailleuses immigrantes à accepter des conditions de travail précaire ou de menus salaires aggravent aussi les inégalités femmes-hommes. Le traitement différentiel de la main-d'oeuvre tire vers le bas la rémunération globale, affaiblit le statut global des femmes sur le marché de la main-d'oeuvre et met en péril les efforts de redressement de leur capacité économique.

Le troisième vecteur démographique d'inégalité, le vieillissement, suscite étonnamment peu d'intérêt dans l'espace médiatique, scientifique et politique. Pourtant, c'est au lendemain de la vie active que les désavantages socio-économiques subis et accumulés par les femmes sont exacerbés.

Or, pour plusieurs femmes économiquement défavorisées ou qui vivent seules, cette étape est vécue sous le signe de l'involution et de la soustraction. Par contraste, la gent masculine, confortée en général par leur autonomie financière, bénéficie de perspectives de retraite plutôt réjouissantes, ce qui autorise la concrétisation de projets jusque-là tenus en veilleuse.

Au détour de la grande vieillesse, plusieurs femmes se heurtent à de multiples décalages, confrontées à des réaménagements identitaire, économique, familial et social. Leur condition inégalitaire se décline au pluriel. D'abord, les stigmates corporels et psychiques de l'âge portent sévèrement atteinte à leur image de soi comparativement aux hommes. Puis, celles ayant peu ou pas fréquenté l'école et le marché du travail s'exposent à l'insécurité économique prolongée ou chronique. Un nombre accru glisse même dans l'exclusion sociale. On observe effectivement une recrudescence de femmes itinérantes, toxicomanes et dépendantes du jeu.

Cela dit, beaucoup de femmes se sentent écartelées entre l'espérance de s'accomplir pleinement et l'appel du devoir. Elles finissent par épuiser le précieux temps de la vieillesse dans le rôle exigeant et accaparant d'aidant ou de personne-soutien. Puis, comme elles s'acquittent volontiers d'une grande portion des tâches domestiques, elles profitent moins que leurs partenaires masculins du temps libre réservé aux activités ludiques, sociales ou créatives.

On sait que la longévité féminine éclipse celle des hommes (F:84 vs H:79 ans) et que le conjoint est habituellement plus âgé. Conséquemment, celles en situation de couple sont plus fortement défiées par la solitude et l'isolement lorsque survient le décès de l'être cher. Selon une étude du Conseil du statut de la femme, proportionnellement plus de femmes que d'hommes de 55 à 64 ans vivent seules (F:23% vs H:17%), le fossé étant plus prononcé encore chez les 85 ans et plus (F:59% vs H:28%). Enfin, en raison de la surmortalité masculine, les femmes âgées éprouvent plus de difficulté à trouver un nouveau compagnon de vie.

Cette lecture, hélas trop succincte, montre l'importance non seulement d'améliorer les conditions de vie des retraitées, mais aussi de rehausser la situation économique et sociale des jeunes femmes pour qu'elles puissent plus tard vivre une vieillesse indépendante, participative et épanouie. En définitive, promouvoir l'égalité des sexes revient à exercer nos valeurs citoyennes les plus fondamentales, c'est-à-dire la démocratie, la laïcité et la solidarité.

 

Richard Lefrançois est

professeur associé à

l'Université de Sherbrooke.

http://tribune-age.over-blog.com/

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 12:10

Article publié dans le quotidien La Tribune, le 27 mars 2010
Par Richard Lefrançois

J’ai honte! C'est en se servant de cette interjection mordante que Marie-France Bazzo titrait son billet, paru le 15 mars dans La Tribune, pour manifester son indignation devant cette calamité qu'est l'analphabétisme, un phénomène qui s'abat toujours sur le Québec.

Il suffit de consulter les statistiques pour s'apercevoir, avec stupéfaction, que notre belle province est littéralement scindée en deux: environ 50% de nos concitoyens participent à la société du savoir, tandis que l'autre moitié en est visiblement écartée. Cette fracture illustre à quel point le handicap de l'incompétence en lecture tranche avec la perception que nous entretenons de son caractère prétendument marginal.

Rappelons que la littératie (les lettres) et la numératie (les chiffres) désignent l'habileté à comprendre et à utiliser l'information dans les imprimés, sur les panneaux d'affichage ou sur la toile. L'analphabétisme se réfère grosso modo à la situation d'une personne n'ayant jamais été scolarisée. L'illettrisme décrit plutôt la perte de la capacité ou de l'usage de la lecture, de l'écriture ou du calcul, ce qui englobe les personnes atteintes d'un déficit organique, neurologique ou intellectuel quelconque. Une troisième avenue, le désavantage sociolinguistique, s'applique surtout aux immigrants qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue prédominante ou en usage dans la société d'accueil.

Hélas, dans toutes ces déclinaisons de l'illettrisme, une fraction importante d'aînés figure parmi les exclus du savoir. Qu'en est-il exactement et quelles sont les conséquences individuelles et sociales de faibles compétences en lecture?

Des chiffres qui font frémir

L'insouciance, pour ne pas dire la défection, de la société québécoise face à ce redoutable fléau rebute. C'est un "dossier" qui piétine, en panne d'actions musclées et concrètes. Le fait qu'aucune étude exhaustive sur l'illettrisme au Québec n'ait été rendue publique depuis 2003 en est la plus belle démonstration. Également, que penser des statistiques qui font uniquement état de la situation avant 65 ans, comme si passé cet âge l'alphabétisation n'avait plus d'importance?

Cela dit, l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes nous informe que l'illettrisme frappe 45% des Québécois de 65 ans et plus, ce qui totalise au bas mot un demi-million de personnes. Déjà ahurissants, ces chiffres ne reflètent toutefois que la pointe visible de l'iceberg. Selon une spécialiste, Margot Kaszap, environ 80% des aînés québécois éprouve de sérieux problèmes de compréhension en lecture, au point de réclamer de l'assistance avant de prendre les décisions éclairées sur des questions aussi cruciales que la gestion de leur santé ou de leurs biens.

Or, le noyau dur de l'illettrisme, attribué à ceux démontrant les compétences les plus lacunaires, se recrute parmi les autochtones, les immigrants (dont l'effectif ne cesse de croître) et les personnes appartenant au "quatrième âge".

Les maux des sans-mots

Si en vertu de sa fonction d'information, de sensibilisation et de communication, l'écrit culmine comme instrument clé d'intégration et de participation citoyenne, il s'impose tout autant comme vecteur de santé. Des études crédibles ont établi une association directe entre l'illettrisme et l'incidence des troubles de santé chez les aînés: plus du quart des hospitalisations est attribuable au mésusage des médicaments et au non-respect des règles sanitaires de base. S'ensuivent, on le devine, des coûts astronomiques pour le mieux-être des personnes vieillissantes et pour notre système de santé.

L'avènement de la société du savoir nécessite déjà des connaissances et des capacités de compréhension élargies. À mesure que le langage écrit se spécialise, la documentation autorise plus d'espace au vocabulaire technique, qu'il s'agisse des consignes de sécurité, des instructions sur les transactions bancaires ou les plans d'assurance, de la posologie des médicaments ou de l'étiquetage des produits alimentaires. Il en va de même des nouvelles technologies en général, dont celles en santé, qui demandent de bien comprendre les consignes d'utilisation.

Les aînés illettrés sont nettement plus désavantagés dès qu'il s'agit d'autogérer leur santé, d'obtenir les services et les soins requis, de saisir la signification de l'information médicale sur les dépliants et les fiches de rendez-vous et de respecter les conseils en santé, dont l'observance médicamenteuse. Pour préserver ou améliorer leur santé et leur qualité de vie, ils auraient besoin de compétences minimales en lecture.

De plus, faute de ne pouvoir manipuler adéquatement la langue écrite, ces aînés en difficulté ne profitent pas pleinement des innombrables produits culturels et des ressources inestimables comme l'internet. Ils souffrent donc d'une profonde inadaptation au monde moderne, en plus d'être limités, pour ne pas dire évincés, dans l'exercice de leur rôle vital de transmetteur du savoir. Ressentant un inconfort sinon une humiliation, on ne s'étonnera pas que plusieurs usent de subterfuges, comme l'oubli des lunettes, pour camoufler leur handicap.

L'éducation comme atelier d'humanité

Ce sous-titre, emprunté à l'écrivain tchèque Comenius ayant vécu au XVIIe siècle, évoque l'idéal d'une société humaniste se forgeant par l'éducation. Comment le Québec peut-il espérer négocier le virage du nouveau millénaire, celui de la justice, de l'égalité des chances, de l'explosion des connaissances et des nouvelles technologies, sans miser parallèlement sur l'universalisation de l'éducation tout au long de la vie?

La littératie se pose indiscutablement comme voie royale d'épanouissement culturel, de prospérité économique, d'engagement social et d'exercice de son autonomie. Lorsqu'elle se sent incapable de s'actualiser en raison de ses déficiences en littératie, la personne restreint sa contribution sociale et s'expose du même coup à bifurquer sur le périlleux chemin de la précarisation. Conséquemment, elle devient vite un lourd fardeau pour l'État, ses proches et sa communauté.

Voilà pourquoi la société a tant intérêt à redoubler d'effort pour renforcer les compétences en lecture des personnes de tous âges. Pour paraphraser Madame Bazzo, notre démocratie s'expose à basculer dangereusement si elle ne parvient pas à éradiquer le décrochage scolaire et à venir à bout de cette plaie tenace qui a pour nom l'illettrisme.

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Note(s) :

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.
http://tribune-age.over-blog.com

Illustration(s) :

Dans toutes les déclinaisons de l'illettrisme, une fraction importante d'aînés figure parmi les exclus du savoir.

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 12:56

Dans son livre La puissance du vieillir, qui vient de paraître aux Presses universitaires de France, François Villa se demande si la psychanalyse doit renoncer devant le caractère inévitable du vieillissement. En répondant par la négative, arguant que le vieillir psychique est distinct du vieillissement corporel, l’auteur est en fait confronté à ce que j’ai appelé le paradoxe de la vieillesse.

 

En fait, cohabitent dans la vieillesse deux notions en apparence contradictoires : le déclin et la croissance ou développement.

De prime abord, il peut sembler inconcevable de placer côte à côte les notions de vieillissement et de développement. Or, le paradoxe tient précisément au fait que dans la vieillesse coexistent la fragilisation de l’individu (santé déficiente, habileté diminuée, vulnérabilité aux maladies) et la poursuite des acquisitions, l’enrichissement de la maturité intellectuelle et des compétences (expériences, connaissances, sens de la spiritualité). Loin d’être des notions foncièrement contradictoires, «développement» et «vieillissement» participent des processus involutifs et évolutifs. L’individu demeure la monade indissociable de l’existence.

 

Chez Villa, le psychisme se nourrit du temps et tire sa force de l'expérience même du corps. L’évolution psychique, loin de s’arrêter devant les rides ou les stigmates creusés par le temps, les intègre. Le psychisme tente de gagner en profondeur ou en intériorité ce qui a été perdu en étendue. On rejoint ici la notion de déprise proposée par le sociologue français Vincent Caradec. Le cumul des pertes induit chez le sujet vieillissant un travail de négociation pour préserver son identité.

 

Dans l’étude longitudinale que j’ai dirigée il y a quelques années, nous avons observé que les personnes qui s’actualisaient, qui parvenaient à un vieillissement optimal, réussissaient à compenser les pertes par un surinvestissement dans d’autres activités. Elles s’accrochaient fermement à la vie en conservant un équilibre et une diversification de leurs champs d’intérêt, en gardant une passion ou un objet d’amour pour emprunter le langage des psychanalystes.

 

Car, dans la vieillesse, tout se passe comme si les nombreux champs dans lesquels évolue la personne rétrécissaient, la capacité d’investissement dans ces champs étant en quelque sorte comprimée. La mobilité physique se trouvant réduite, la personne limite en conséquence ses déplacements dans l’espace-temps. Les contacts avec son réseau social ou familial sont du même coup circonscrits, moins fréquents, espacés dans le temps, d’autant plus que ce même réseau relationnel se contracte à la suite des décès.

 

Le même phénomène de déprise s’observe au regard de la pratique des activités intellectuelles, sportives et sociales, notamment.

 

Ceux et celles qui franchissent avec «succès» cette étape du cycle de vie, savent gérer adéquatement les épreuves, en minimisant les pertes ou les limitations fonctionnelles, tout en capitalisant sur les gains et les ressources disponibles. Tel est le paradoxe de la vieillesse et en même temps l’espoir du vieillir.

 

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