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Blog gérontologique de Richard Lefrançois - Un forum de discussion et d'échange sur les enjeux et les défis de la vieillesse et du vieillissement
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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Archives Des Six Derniers Mois

7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 01:58

(joli conte chinois)

 

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On raconte que vers l’an 250 avant J.-C. dans la Chine ancestrale, un prince de la région nord du pays, à la veille d’être couronné empereur devait, conformément à la loi, se marier.

 

Sachant cela, il a décidé de mettre à « l’épreuve » les donzelles de la cour ou toute personne qui se trouvait digne de cette proposition. Le lendemain, le prince a annoncé qu’il allait recevoir dans une célébration spéciale toutes les prétendantes et leur lancer un défi.

Une vieille dame, servante du palais depuis de nombreuses années, à l’écoute des commentaires sur les préparatifs, a senti une légère tristesse, car elle sait que sa jeune fille nourrit un sentiment de profond amour pour le prince.

 

A son arrivée à la maison et après avoir raconté la nouvelle à sa jeune fille, elle est stupéfaite d’apprendre qu’elle voulait aller à la cérémonie et a demandé, incrédule :

- Ma fille, que feras-tu là-bas ? Il s’agit de toutes les plus belles et plus riches filles de la cour. Ote de la tête cette idée stupide. Je sais que tu souffres beaucoup, mais que la souffrance ne devienne pas folie.

 

Et la jeune fille répond :

- Non, chère mère, je ne suis pas souffrante et encore moins démente. Je sais que je ne serai peut être pas choisie, mais j’aurai la chance d’être au moins quelques instants près du prince, ce qui me rend déjà très heureuse.

 

Le soir de la cérémonie, au palais, il y avait, donc, toutes les belles et riches filles, parées de fines étoffes de soie, des plus beaux bijoux et les plus déterminés intentions. Puis, enfin, le prince annonça le défi :

- Je vais donner une graine à chacune de vous. Celle d’entre vous qui, dans un délai de six mois, m’apportera la plus belle fleur, sera alors choisie mon épouse et future impératrice de Chine.

La proposition du prince n’a pas failli à la profondeur des traditions du peuple, qui valorise beaucoup le savoir de « cultiver » quelque chose, que ce soit les traditions, l’amitié, etc. …

 

Le temps passe et la douce jeune fille, qui n’avait pas beaucoup d’aptitudes dans l’art du jardinage, s’occupe avec grande patience et tendresse de son semis. Puisqu’elle savait que si la beauté de la fleur se présentait avec la même profondeur que son amour, elle n’avait pas besoin de s’inquiéter du résultat.

 

Trois mois ont passé et la graine n’a toujours pas germé. La jeune fille a tout essayé, en utilisant toutes les méthodes qu’elle connaissait, mais rien n’a poussé. Jour après jour, elle concevait son rêve un peu plus lointain, mais son amour est de plus en plus profond.

Enfin, les six mois se sont écoulés et rien n’a poussé. Consciente de ses efforts et de son dévouement, la jeune fille annonce à sa mère que, indépendamment des circonstances, elle retournerait au palais. Puisqu’elle n’aspire à rien d’autre que quelques minutes de plus en compagnie du prince.

 

Et le moment venu, elle est là ; son pot vide, parmi toutes les autres prétendantes, chacune avec de fleurs, toutes plus belles les unes que les autres, de formes et de couleurs variées.

Elle était contemplative, jamais elle n’avait vu de si belle scène.

 

Arrive le moment tant attendu, et le prince considère chacune des prétendantes avec beaucoup de soin et d’attention. Après être passé devant toutes, une par une, il annonce le résultat et montre sa belle et future épouse.

Les convives ont été offusqués du choix du prince. Personne n’a compris pourquoi il avait choisi celle qui n’avait rien « cultivé ».

- Alors, le prince explique calmement :

- Celle-ci a été la seule à « cultiver » la fleur qui la rend digne de devenir impératrice. La fleur de l’honnêteté, parce que toutes les graines qui ont été distribuées étaient stériles.

« L’honnêteté est comme une fleur faite de fils de lumière, qui illumine qui la cultive et répand autour la lumière. »

 

Par plume de cib - Publié dans : HISTOIRES - Communauté : resilience

BLOG:  La plume dans l'kawa

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Published by Richard Lefrançois - dans Le CONTE est bon
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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 13:26

Stéphane Laporte, La Presse, 7 août 2010

 

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«Je poste cet article uniquement pour démontrer à quel point n’importe quel sujet, même celui sur la sécurité routière, peut servir de prétexte pour ridiculiser les aînés. Voir mon commentaire plus bas» RL

 

Le ministère des Transports du Québec va remplacer les panneaux routiers actuels par des panneaux routiers plus lisibles. Ah bon? Pourquoi? Est-ce pour répondre à la pression populaire? Y a-t-il eu, devant l'Assemblée nationale, des manifestations de milliers de personnes munies de grandes pancartes scandant: ON VEUT DES PANNEAUX ROUTIERS PLUS GRANDS! ON VEUT DES PANNEAUX ROUTIERS PLUS GRANDS!

Est-ce que cela faisait partie des recommandations de Lise Bissonnette pour encourager la lecture au Québec? Est-ce que Clotaire Rapaille est le nouveau conseiller du ministère des Transports?

 

Non, rien de tout cela. Si le gouvernement du Québec va dépenser plusieurs millions de dollars pour de nouveaux panneaux couverts d'une pellicule réfléchissante plus performante, c'est à cause du vieillissement de la population. Voilà, c'est aussi simple que ça. Le Québécois ne voit plus clair. Cataractes obligent, le Québécois n'est plus en mesure de distinguer si c'est écrit Val-David ou Val-d'Or. Il y a de quoi être perdu.

On ne peut pas reprocher au gouvernement de vouloir faciliter le long chemin de ses petits vieux.

 

Mais tant qu'à le faire, il ne faut pas le faire à moitié. Avant de lire les lettres sur le panneau, il faut d'abord se rendre compte qu'il y a un panneau. Et ça, pour de vieux yeux, ce n'est pas évident. Il faut donc, avant tout, attirer l'attention de l'oeil fatigué. Dans toute l'histoire du Québec, le panneau le plus vu fut celui de Marie-Chantal Toupin, qui trônait à la sortie du pont Jacques-Cartier. "Regardez-moi dans les yeux", qu'elle disait. Pas un vieux snoreau qui ne l'ait zyeuté. Alors, il suffit de le multiplier sur toutes les routes du Québec et d'écrire les indications requises sur la camisole de Marie-Chantal. Jeunes et vieux se rendront tous à destination, et avec le sourire.

 

Si on veut vraiment aider les aïeuls, il ne faut pas seulement remplacer les panneaux existants, il faut aussi ajouter des nouveaux panneaux avec de nouveaux renseignements. Parce que c'est bien connu, il n'y a pas que la vue qui devient floue en vieillissant, la mémoire aussi. Il est très important de rappeler au conducteur où il est: VOUS ÊTES SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC. Dix kilomètres plus loin: VOUS ÊTES TOUJOURS SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC. Dix kilomètres plus loin: VOUS ÊTES ENCORE ET TOUJOURS SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC.

 

Ça rassure et ça évite les crises de panique.

Et pourquoi se limiter aux panneaux? Tant qu'à adapter nos routes en fonction du vieillissement de la population, adaptons! Il faut augmenter le nombre de haltes routières, car il n'y a pas que la mémoire qui est lâche en vieillissant, la prostate aussi. Des toilettes publiques aux 5 km, et pépé aura l'esprit et la culotte en paix.

 

Il faudrait aussi abaisser la vitesse minimale exigée sur les autoroutes. En ce moment, un automobiliste ne peut rouler à moins de 60km/h. Or, c'est bien connu, l'homme âgé n'est pas pressé d'arriver. Il aime avancer à son rythme. L'idéal serait 30km/h. Ça permet d'admirer le paysage en écoutant Sweet People.

 

Une fois toutes ces mesures mises en place, il ne faudra pas s'arrêter là. Un vieux, ça ne roule pas que sur les autoroutes, ça roule en ville aussi. Si vous trouvez les panneaux routiers trop petits, ceux qui indiquent le nom des rues le sont encore plus. Sortez vos néons. Il y a aussi le son du camion qui recule qui n'est pas assez fort. Bip! bip! bip! Grand-papa risque d'être écrasé en dessous d'un dix-roues avant de réussir à l'entendre. Il faut augmenter le volume. BIP! BIP! BIP! Et le Québécois se tassera à temps.

 

C'est bien beau, les pistes cyclables, mais c'est très dangereux de s'y aventurer en marchette. Et le trottoir aussi est une zone risquée. On peut à tout moment être renversé par un jeune en planche à roulettes ou un trentenaire distrait en train de jaser au cellulaire.

 

Il faudrait donc des pistes pour les marchettes. Et tant qu'à faire, un service de fauteuils roulants Bixi. Vous prenez votre fauteuil Bixi à une station du Plateau et vous allez jouer à la pétanque au parc La Fontaine.

 

La vieillesse est un naufrage, a dit le général de Gaulle. Alors, transformons le Québec en île de Gilligan. En paradis pour l'âge d'or. Et distribuons le Viagra gratuitement à tous ceux qui en font la demande. Car à quoi ça sert de pouvoir se déplacer partout si on n'atteint jamais le nirvana?

 

Maintenant, est-ce que le gouvernement du Québec est prêt à investir autant pour améliorer la qualité de vie de ses aînés? Sûrement pas. C'est une chose de donner un contrat de panneaux à de possibles amis du parti; c'est autre chose de transformer le Québec en une immense Résidence Soleil.

 

Le vieillissement de la population, ce n'est qu'une excuse, au fond. On s'en doute bien. Personne n'est tombé dans le panneau.

 

COMMENTAIRES

Ayant déjà effectué des travaux de recherche dans le champ de la sécurité routière des personnes aînées, et constaté les risques accidentologiques associés à une signalisation inadéquate, je ne peux qu’approuver cette amélioration à notre signalisation routière. Il fallait cependant s’attendre à des réactions négatives et à des commentaires méprisants comme en fait foi cet article d’un journaliste. Le ton ironique et méprisant qu’emprunte l’auteur de l’article est évocateur du type d’argument invoqué pour s’opposer à cette nouvelle signalisation et tourner cette au ridicule cette annonce du ministère des transports.

 

D’entrée de jeu, on aura constaté à quel point ce texte revêt une connotation âgiste, comme en témoigne ces propos: «faciliter le chemin de ses petits vieux», .«Pas un vieux snoreau qui ne l'ait zyeuté» Et puis ce long passage, empreint de mépris: «Parce que c'est bien connu, il n'y a pas que la vue qui devient floue en vieillissant, la mémoire aussi. Il est très important de rappeler au conducteur où il est: VOUS ÊTES SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC. Dix kilomètres plus loin: VOUS ÊTES TOUJOURS SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC. Dix kilomètres plus loin: VOUS ÊTES ENCORE ET TOUJOURS SUR LA 20 EN DIRECTION DE QUÉBEC. » S’ajoute : «car il n'y a pas que la mémoire qui est lâche en vieillissant, la prostate aussi. Des toilettes publiques aux 5 km, et pépé aura l'esprit et la culotte en paix.». L’auteur se trouve drôle en parlant de «pistes pour fauteuils roulants, etc.». C’est vraiment désolant.

 

Dans un autre article du Devoir publié le 4 août, la journaliste Josée Boileau tombe elle aussi dans le «panneau» lorsqu’elle déclare ceci : «   Ainsi donc, le conducteur moyen vieillit et voit moins bien. Il pourrait changer de lunettes ou s'en acheter, ou bien lâcher le volant pour se laisser conduire (oups, sacrilège!)»

 

Soyons sérieux et respectueux. Les aînés sont des citoyens à part entière. Leur contribution économique, sociale, culturelle est considérable. Dès lors, n’est-ce pas la moindre des choses que d’assurer leur sécurité en tous lieux , de faciliter leur mobilité et de contribuer à leur épanouissement ce qui en fin de compte ne peut que profiter à tous. Adapter la signalisation routière pour cette tranche de la population ne peut aucunement nuire aux autres usagers de la route. Tous en bénéficieront finalement.

 

Je vous reviens très prochainement avec un article sur ce sujet dans La Tribune.

 

Richard LEFRANÇOIS  

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 15:17

Richard Lefrançois, La Tribune, 21 août 2010

 

 

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Dans l'imaginaire des Occidentaux, vieillir en couple demeure le meilleur antidote à la solitude, à l'ennui et à l'angoisse devant la maladie ou la mort. La vie commune incarne la réussite familiale, la prospérité, le soutien mutuel et la stabilité émotionnelle, autant d'attributs qui caractérisent l'idéal d'une vieillesse heureuse et accomplie. Or, cette représentation idyllique du bien vieillir fait-elle encore l'unanimité? Cadre-t-elle avec l'expérience des aînés actuels ? Répond-elle aux aspirations de ceux de demain?

 

La situation domestique des aînés

Examinons la répartition des aînés québécois d'après leur état civil. S'agissant des ménages hétérosexuels, on observe que 50% des femmes de 65 à 79 ans vivent avec un partenaire, comparativement à seulement 18% pour celles ayant franchi le cap de 80 ans. Par contraste, 75% des hommes de 65 à 79 ans vivent avec une conjointe, comparativement à 60% après 80 ans.


Des facteurs biologiques et culturels expliquent ces écarts prononcés. La surmortalité masculine après 60 ans et le fait que les épouses sont habituellement plus jeunes que les époux multiplient le risque de veuvage féminin. Comme le bassin des partenaires masculins disponibles s'épuise avec l'âge, les veuves souhaitant fonder une nouvelle union sont nettement défavorisées. Ce phénomène est toutefois en léger recul, l'espérance de vie des hommes s'améliorant sensiblement.


Les hommes et les femmes d'âge mûr perçoivent différemment leur destin, ce qui colore leurs attentes, leurs comportements et leurs valeurs respectives. Ainsi, bien des femmes de la génération charnière des boomers décident par elles-mêmes de leur avenir. Ayant été pour la plupart sur le marché du travail, elles connaissent la valeur de la liberté et de l'indépendance financière. Aguerries, elles ont appris à lutter pour conquérir davantage d'égalité et d'autonomie.

 

Diversité des modèles de vie

Le monde sécularisé, technicisé et postmoderne n'a pas seulement fait voler en éclat les valeurs traditionnelles. Il a décuplé les parcours de vie et démocratisé la quête d'affirmation de soi. En revanche, la réalité économique précarise les conditions d'existence des personnes ayant peu de ressources, alors qu'elles s'apprêtent à quitter la vie active. Ces phénomènes réunis sculptent constamment les styles de vie des Québécois.

 

Voyons quels changements se dessinent dans l'organisation de vie des seniors.

L'insuffisance de leurs revenus et l'inquiétude devant l'avenir invitent des couples à la prudence. Le choix de vie à la retraite fait partie des stratégies pour composer avec la nouvelle donne économique et ses incertitudes. Bien des couples financièrement vulnérables sont donc portés à préserver et consolider leur union, surtout si le conjoint allie à la fois la complémentarité ou la compatibilité des caractères et l'identité des champs d'intérêt.

 

La vie allongée et la santé améliorée autorisent des projets de communauté de vie jusque-là impensables, au point où des pratiques matrimoniales inédites s'affirment. Par exemple, de plus en plus de célibataires retraités, affligés par la perspective d'une vieillesse esseulée, optent pour la vie matrimoniale, tandis que plusieurs femmes souhaitant reformer un couple choisissent un partenaire beaucoup plus jeune qu'elles.

 

Déterminés à profiter pleinement de leurs vieux jours, plusieurs sont prêts à repartir à zéro s'ils estiment intenable leur situation de vie. C'est pourquoi les ruptures conjugales après 60 ans sont en progression, même si elles sont encore rares.

 

Vraisemblablement parce qu'ils supportent plus difficilement la solitude, dix fois plus d'hommes que de femmes se remarient. Certains n'hésitent pas à convoler même si le remariage à l'âge avancé déclenche une réaction ambivalente chez les enfants. On sait que ceux-ci sont rassurés qu'une personne veille en permanence sur leur parent âgé, mais ils craignent que le patrimoine anticipé leur échappe.

 

Contrastant avec ces précédents scénarios, de nombreuses veuves ou divorcées semblent avoir tracé une croix définitive sur la vie à deux. Si vieillir en solo est dans l'air du temps, c'est aussi une fatalité pour les aînés ne réussissant pas à trouver l'âme soeur.

 

Vertus et inconvénients de la vie commune

Plusieurs études attestent que vieillir avec un partenaire exerce un effet protecteur sur la santé, principalement chez les hommes, en plus d'être un important déterminant du bien-être et de la longévité. Comparativement aux personnes vivant seules, les couples aînés s'alimentent et dorment mieux, consomment moins d'alcool, font régulièrement de l'exercice physique et consultent plus régulièrement leur médecin.

 

Vieillir en couple demeure avantageux pour satisfaire aux besoins de sécurité physique, financière et affective, sans oublier l'échange de services et le réconfort moral. Même si dans la vieillesse les couples connaissent davantage un amour de compagnonnage qu'un amour-passion, ils peuvent éprouver de l'attachement, de la tendresse, de la loyauté et de la dévotion l'un envers l'autre.

 

Au fil du temps, les contentieux conjugaux ou familiaux animent de moins en moins leur flamme de combattant. Ayant appris à se connaître mutuellement, à développer des défenses efficaces à travers leurs conflits, ces couples grisonnants déclarent maintenant forfait, s'attachant à l'essentiel, sans pour autant s'enliser dans l'apathie et la monotonie. Un conjoint peut toujours surprendre l'autre à la faveur d'attentions délicates et de projets inattendus.

 

La vie à deux dans la vieillesse, n'étant ni à l'abri d'embûches ni exempte d'obligations diverses, requiert des remaniements périodiques pour éviter le déséquilibre relationnel. Une fois retraités, les conjoints se côtoient plus souvent dans le labyrinthe de la vie de tous les jours d'où le risque accru d'envahissement. Ceux qui s'adaptent le mieux ont apprivoisé la promiscuité quotidienne, en s'aménageant des espaces de refuge et des moments d'apaisement pour soi.

 

Mais, dans l'éventualité probable de la maladie ou de l'incapacité prolongée du conjoint, les couples âgés peuvent s'attendre à investir énormément de temps et d'énergie sous forme de soutien physique et d'encouragement.

 

Finalement, nombreux sont les couples remariés qui exercent le rôle de grands-parents pour des petits-enfants non biologiques. Plusieurs parviennent à gérer les inévitables tensions découlant de cette "grand-parentalité recomposée", en inventant les compromis nécessaires.

 

L'éventail des modes et changements de vie n'a décidément plus de frontières d'âge. Il appartient à chaque aîné de transformer son choix de vie en un long fleuve tranquille plutôt qu'en une mer houleuse.

 

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke

http://tribune-age.over-blog.com/

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100821·TB·0024

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 15:01

Source: http://mythe-alzheimer.over-blog.com/

 

Samedi 26 juin 2010

 

De nombreuses recherches ont montré que différents facteurs psychologiques et expériences de vie (tels que des facteurs de personnalité ou des événements stressants) étaient associés au risque de développer un vieillissement problématique.

 

Dans une recherche menée à Chicago dans le cadre de l’étude épidémiologique « Rush Memory and Aging Project », Boyle et al. (2010a) ont exploré la contribution d’un autre facteur psychologique, à savoir le fait d’avoir des buts dans la vie et de donner une signification à son existence. Les auteurs ont suivi, pendant une période allant jusqu’à 7 années, 951 personnes âgées issues de la communauté de Chicago. Ces personnes ont été soumises à des évaluations annuelles très détaillées (y compris cognitives) dans le but d’identifier la présence d’un vieillissement problématique (« maladie d’Alzheimer » ou « trouble cognitif léger »).

 

Ces évaluations ont révélé que 155 personnes (16.3%) avaient développé un vieillissement problématique (qualifié de « maladie d’Alzheimer »). Cependant, les personnes qui avaient obtenu un score élevé à une échelle évaluant la présence de buts dans la vie et l’attribution d’un sens à l’existence avaient 2.4  fois moins de risque de développer une soi-disant « maladie d’Alzheimer » que celles qui avaient un score faible. Cette association subsistait après qu’avaient été contrôlés le rôle possible de facteurs tels que les symptômes dépressifs, le neuroticisme (la tendance à ressentir des émotions négatives), la taille du réseau social et le nombre de problèmes médicaux chroniques. Il en allait de même après avoir exclu les personnes ayant développé une « maladie d’Alzheimer » durant les trois premières années du suivi. Enfin, des analyses supplémentaires ont révélé que la présence de buts dans la vie et d’une signification à l’existence était également associée à un risque moindre de développer un « trouble cognitif léger » (« MCI »).    

 

Dans une autre étude, également menée dans le contexte du « Rush Memory and Aging Project », Boyle et al. (2010 b) ont exploré les liens entre le fait d’avoir des buts dans sa vie et le risque de handicaps dans la vie quotidienne chez 970 personnes âgées « non démentes », résidant dans des maisons de retraite ou d’autres types de résidences pour aînés.

 

Ces personnes ont fait l’objet d’évaluations approfondies (y compris du fonctionnement cognitif général) chaque année, avec un suivi allant jusqu’à 8 ans. En ce qui concerne les handicaps, les activités de base de la vie quotidienne (comme se nourrir, s’habiller, etc.), les activités instrumentales de la vie quotidienne (comme téléphoner, préparer les repas, utiliser l’argent, etc,), ainsi que la mobilité (comme monter et descendre les escaliers, parcourir 800 mètres, etc.) ont été évaluées.

 

Les résultats montrent que le fait d’être davantage capable de trouver des buts dans sa vie et d’attribuer un sens à son existence réduit fortement la présence de handicaps dans la vie quotidienne.

 

Ces résultats sont robustes, car ils se maintiennent après avoir contrôlé l’influence possible d’un grand nombre de facteurs tels que le fonctionnement cognitif global, les symptômes dépressifs, le neuroticisme, le réseau social, le revenu, la fragilité physique et les maladies/facteurs de risque vasculaires. Par ailleurs, l’association observée persiste même après avoir rendu plus stricts les critères définissant la présence  de handicaps dans la vie quotidienne.

 

Les mécanismes impliqués dans la relation entre le fait d’avoir des buts dans la vie et de donner un sens à sa vie et la réduction du vieillissement problématique et de handicaps dans la vie quotidienne restent à identifier. Il existe néanmoins des données suggérant que ce facteur psychologique agirait sur le risque de vieillissement problématique via ses effets bénéfiques sur la fonction immunitaire et la santé vasculaire.

 

Quoi qu’il en soit, ces données indiquent qu’il est important de mettre en place des mesures visant à accroître l’engagement actif des personnes âgées dans des activités (éducatives, sociales, familiales, etc.) et ayant une signification personnelle.

 

L’initiative de Catherine et Peter Whitehouse consistant à impliquer les personnes âgées, y compris celles qui présentent un vieillissement problématique, dans le suivi scolaire des enfants au sein de l’Ecole Intergénérationnelle qu’ils ont fondée constitue une illustration particulièrement intéressante et novatrice de ce type de démarche.

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Participation des personnes âgées à l'Ecole Intergénérationnelle de Cleveland, photographie de Peter Whitehouse.


Références

Boyle, P.A., Buchman, S.B.,, Barnes, LL, & Bennett, D.A. (2010 a). Effect of a purpose in life on rik of incident Alzheimer disease and mild cognitive impairment in community-dwelling older persons. Archives of General Psychiatry, 67, 304-310.

Boyle, P.A., Buchman, S.B., & Bennet, M.D. (2010 b). Purpose in life is associated with a reduced risk of incident disability among community-dwelling older persons. American Journal of Geriatric Psychiatry, à paraître.

 

Commentaires de RL

 

Cet article démontre une fois de plus la complexité des phénomènes qui interviennent dans le «bien vieillir», en mettant en évidence le rôle prédominant des facteurs psychologiques et sociaux, tels le recours au réseau social, l’engagement dans la collectivité, des attitudes positives et des projets personnels. Il nous met également en garde contre la tendance, hélas trop répandue, à surmédicaliser la vieillesse et à interpréter les problématiques du grand âge uniquement à partir de considérations pathologiques ou biologiques.

 

L’étude longitudinale que j’ai dirigée il y a quelques années avait révélé l’effet bénéfique et l’importance des facteurs de protection pour parvenir à un vieillissement optimal, en l’occurrence l’actualisation du potentiel, la pratique d’activités diversifiées, et cela même en présence d’événements stressants ou perturbateurs.

 

J’invite les lecteurs intéressés à approfondir cette question à consulter les travaux de mes collègues, Léandre Bouffard et Sylvie Lapierre, dont voici la dernière référence :

 

Poursuite des buts personnels et santé mentale : présentation.

par Lapierre, Sylvie., Bouffard, Léandre.

Revue québécoise de psychologie Vol. 30, no 2, 2009,

Page(s):  p. 5-13.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:16

zijbuik

 

Article publié par André Ebaka

 http://www.actu-master.com/sante/sommeil/vieillissement-et-sommeil.html

 

Alors que nous évoluons (sic) dans l'âge, nous serons marqués par des changements physiques, mais aussi par des changements au niveau de nos habitudes de sommeil qui font partie (sic) d'un processus normal de vieillissement. Au fur et à mesure que nous vieillissons, nous avons de plus en plus de mal à nous endormir et à rester endormi contrairement à lorsque nous étions plus jeunes. Nos besoins de sommeil diminuent avec l'âge.

 

En fait certaines études ont démontré que nos besoins de sommeil restent constants durant (sic) l'âge adulte. Nous restons un peu plus éveillés. Mais pourquoi ce phénomène arrive t-il ? En fait lorsque nous vieillissons, se produisent certains changements dans la structure de notre sommeil. C'est que les spécialistes appellent l'architecture du sommeil, et cela peut contribuer aux troubles du sommeil.

Le cycle du sommeil se produit plusieurs fois dans la nuit et bien que le temps de sommeil total tende à rester constant, les personnes âgées passent plus de temps dans les phases de sommeil plus léger que dans le sommeil profond. Un grand nombre de personnes âgées disent ne pas être satisfaits de leur sommeil et accusent de gros moments de fatigue tout au long de la journée. La prévalence des troubles du sommeil a aussi tendance à augmenter avec l'âge. Toutefois selon certaines études, la plupart des troubles du sommeil chez les personnes âgées peuvent être attribués à des maladies physiques et psychiatriques, et les médicaments utilisés (sic) pour les traiter.

 

En plus des changements dans l'architecture du sommeil qui se produisent avec l'âge, d'autres facteurs peuvent jouer un rôle dans le dérèglement de notre sommeil. Par exemple, les personnes âgées ont tendance à devenir somnolentes en début de soirée et se réveiller tôt le matin par rapport à un jeune adulte. En fait le rythme de sommeil est reporté afin que les 7 ou 8 heures de sommeil soient encore obtenues, mais les individus se réveillent très tôt car ils sont allés dormir très tôt.

 

En vieillissant, il ya une incidence accrue de problèmes médicaux , qui sont souvent chroniques . En général , les personnes en mauvaise santé ou qui ont des maladies chroniques ont plus de (sic) problèmes de sommeil. Par exemple , l'hypertension, le ronflement, l'insuffisance cardiaque (sic) touchent de plus en plus de personnes. En outre , la ménopause et son cortège de bouffées de chaleur, changements dans la respiration, et les variations du taux d'hormones peuvent entraîner de nombreuses nuits sans sommeil.

 

Il est utile de parler à votre médecin sur les symptômes de l'insomnie et sur les éventuels effets de ces symptômes. Votre médecin peut vous aider à évaluer la gravité du problème, il sait ce qu'il faut faire à ce sujet. Par exemple, la réduction de la caféine et la sieste peut aider à résoudre le problème. Lorsque les effets sont graves et non traités, l'insomnie peut avoir des conséquences sur la santé d'une personne. Les personnes souffrant d'insomnie peuvent éprouver une somnolence diurne excessive, des difficultés de concentration, et un risque accru d'accidents, et cela peut ainsi réduire de façon significative la qualité de vie.

André Ebaka

COMMENTAIRES

Cet article fait mention des conséquences des problèmes de sommeil sur la santé physique. Hélas il passe sous silence trois aspects importants. D’un côté, les troubles du sommeil entrainent effectivement une détérioration rapide de la vigilance ce qui restreint la pratique d’activités, mais ils provoquent du même souffle une détresse psychologique qui non seulement affecte la qualité de vie de la personne touchée, mais aussi celle des gens de son entourage.

 

De l’autre côté, ces handicaps du sommeil ont un impact social important, car les personnes affectées peuvent difficilement s’investir socialement, faire du bénévolat, exercer le rôle de mentor et d’agent de transmission du savoir et des traditions. Finalement, nous en savons peu sur les coûts financiers directs et indirects des problèmes de sommeil chez les personnes vieillissantes.

 

Une collègue de l’Université de Sherbrooke, Dominique Lorrain, a réalisé une étude auprès de près de 3000 Québécois dont l’âge moyen était de 75 ans.  L’étude indique que la qualité du sommeil fléchit avec l’âge, que la moitié des sujets interrogés éprouve des problèmes de sommeil divers, lesquels s’accompagnent de symptômes de détresse psychologique pour plus de 10% d’entre eux.

 

Pour lire l’article au complet :

http://www.usherbrooke.ca/recherche/fr/accueil/nouvelles/nouvelles-details/article/12415/

 

RL

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 22:00

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE, 3 août 2010

 

À court terme, dans le contexte actuel de l'emploi, le recul des âges en vue de prendre une retraite assurément pourrait nuire aux jeunes qui veulent se tailler une place intéressante sur le marché du travail.

C'est le moyen et long terme qui est le plus préoccupant, parce la masse des retraités va aller croissant et le pourcentage des SENIORS qui vont faire de leur retraite « une deuxième vie au travail » demeurera faible. La désincitation à demeurer au travail va aller croissant avec l'âge et l'argent supplémentaire offert ou gagné jouera de moins en moins comme leurre ou appât. Finalement, les âges de la vie sont ce qu'elles sont : le goût (ou dégoût) du travail, le stress et une moins bonne santé sont des déterminants majeurs dans la décision de se remettre au travail une fois à la retraite.

L'apport des SENIORS à l'économie est considérable et le deviendra encore plus après 2020, puisque les plus de 60 ans représenteront près de 25 % de la population totale au Québec. Par leurs besoins spécifiques et leurs dépenses de consommation, ils seront à même d'amener et de développer de nouveaux secteurs de l'économie québécoise; par exemple, des logements adaptés, la domotique, des technologies de communication et de suivi appropriées, des services adaptés aux aînés, et combien d'autres produits nécessaires dans les cas de perte d'autonomie,…

Je pense que M. Lefrançois perçoit très bien les failles de l'analyse centré sur le recul des âges de la retraite. Je reprends ce que je disais dans le posting précédent : il faut repenser l'économie en étant moins intensif en main-d'œuvre dans tous les secteurs de l'économie et plus intensif dans l'utilisation des technologies et des rendements qui y sont associés. Former une main-d'œuvre hautement qualifiée dans tous les genres de métiers et de professions est une nécessité absolue dans ce genre de problème. Les SENIORS pourraient alors intervenir avec leur expérience et expertise comme formateurs ou mentors, comme le soulignait M. Lefrançois.

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 08:12

Karine Gagnon,

Le Journal de Québec, mardi 3 août 2010

 

Recul de l'age-02

 

Loin d’être une panacée, le recul de l’âge de la retraite pourrait même nuire aux jeunes sur le marché du travail si les conditions ne sont pas améliorées.

 

C’est du moins ce que craint Richard Lefrançois, sociologue, professeur retraité de l’Université de Sherbrooke et chercheur au centre de recherche sur le vieillissement de l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke. « Cette question de l’âge de la retraite vient brasser des braises sur le feu, des braises de valeurs, analyse M. Lefrançois. C’est une bonne idée, de reculer l’âge de la retraite, surtout pour des gens qui adorent leur travail. Mais il faut faire attention. »

 

Attention de ne pas faire en sorte « qu’en donnant ces avantages aux aînés, en leur permettant de travailler, qu’on n’enlève pas des emplois aux jeunes et qu’on ne les précarise pas en faisant tirer les échelles de salaires vers le bas, ou les conditions de travail vers le bas, avertit M. Lefrançois. La porte serait grande ouverte en disant, eux (les aînés) ne sont pas exigeants, ils n’en demanderont pas beaucoup. »

 

Les personnes âgées pourraient en effet être tentées de dire qu’elles sont prêtes à travailler pour peu. « Il ne faudrait pas que ça nuise à l’avancement dans l’entreprise des jeunes, expose M. Lefrançois. Si les vieux ne sortent pas, il n’y a plus de place pour les jeunes qui veulent entrer. »

 

Retraite à la carte

M. Lefrançois croit qu’il faudrait instaurer un système de « retraite à la carte ». On modulerait la retraite, en mettant en place des incitatifs pour garder les gens en emploi. « Il faut dire aux gens qu’ils n’auront pas de pénalité, mais aussi instaurer des programmes pour inciter les employeurs à plus de souplesse, avec des horaires qui soient variables. Il faut aussi changer les mentalités afin que les aînés puissent devenir des mentors, des formateurs. »

Le sociologue estime qu’il faut cesser d’analyser la question des retraites de façon cloisonnée et comptable. « Il ne faut pas oublier non plus que le bénévolat des aînés représente six milliards de dollars au Québec, alors qui fera du bénévolat? Est-ce qu’on va engager du monde et on va les prendre où? »

 

M. Lefrançois est par ailleurs d’avis que les solutions qui devraient être envisagées devraient l’être à travers un métissage des générations. En d’autres termes, on devrait impliquer les jeunes et les aînés dans la réflexion.

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 16:11

Richard Lefrançois

 

La canicule que nous avons connue au Québec cet été n’est pas sans rappeler celle qui a provoqué une crise sanitaire majeure en Europe en 2003, notamment en France et en Belgique. Différentes sources ont estimé à environ 15 000 le nombre de décès (France et Belgique) durant le seul mois d’août 2003.

Les experts arrivent à cette estimation, une surmortalité de 55%, en comparant les décès survenus en 2003 avec ceux enregistrés pour la même période lors des années précédentes. On sait que de nombreuses personnes âgées ont été victimes de cette canicule.  À âge égal, les femmes ont connu une plus forte augmentation de leur mortalité durant cette période.

 

La crainte d’une canicule meurtrière en 2010 a provoqué un cri d'alarme chez la doyenne de l'Internet, une femme de 98 ans qui sur son blog nous livre ce commentaire:

 

Rue 89

4 juillet 2010

France

 

Je vous écris depuis ma maison de retraite, à 98 ans, sous une canicule de 37°C et sans climatisation. J'implore votre aide pour relayer ce message de révolte quant à la façon dont les personnes âgées sont traitées dans les maisons de retraite.
Je me considère être la doyenne de l'Internet. J'ai en effet trois sites Internet (dont Sept continents et Cap Horn) et écris encore des e-mails, je surfe avec mon Mac depuis ma petite chambre à l'EHPAD, maison de retraite de Grenoble-Vigny-Musset (Isère).
Ceci m'amène à être beaucoup plus ouverte sur le monde que les autres pensionnaires, qui en sont littéralement coupés.
Je suis scandalisée par la façon dont l'Etat français traite les personnes âgées dans les maisons de retraite : comment peut-on nous laisser dans nos chambres sous cette canicule ?
Un ventilateur pour trente pensionnaires
Je vous avoue comprendre que nous, personnes âgées, ne soyons plus utiles à la société et coûtons de l'argent à l'Etat alors qu'il pourrait être utilisé à autre chose. Cependant, nous sommes dans une société civilisée, la France. Comment en est-on arrivé là ?
Je suis d'autant plus révoltée que :
• Cet établissement a ouvert en 2009, il est le plus moderne de toute l'Isère et c'est pour cela que j'y suis allée.
Etant ingénieur ECP de profession -première diplômée femme de l'Ecole centrale en 1937 ! -, je ne comprends pas que nous puissions encore construire des établissements comme celui-là, à Grenoble, sans climatisation. N'avons-nous pas tiré les leçons de la canicule de 2003 ?
• Dans la salle de restaurant, ils nous ont installé samedi un -oui, je dis bien un- ventilateur pour trente personnes.
• Dans nos chambres, c'est le plein cagnard. Ce chauffage au sol est bien évidemment innovant, mais où est la climatisation ?
• Nous avons apparemment une pièce climatisée dans l'établissement, pour 65 pensionnaires. Imaginez le frigo avec 65 personnes croulantes sous la chaleur et la vieillesse ?
• La société française cotise un jour par an [le lundi de la Pentecôte, ndlr] pour payer l'amélioration des conditions de traitement des personnes âgées. Où va l'argent ?
• On nous dit, aujourd'hui, qu'ils ont pensé à mettre un système ingénieux de rabaissement de la température de 5°C. Seulement la première fois qu'ils l'ont mis en marche, il est tombé en panne.
Je vous passe mes problèmes pour avoir un médecin, un kiné, etc. J'ai heureusement la chance d'avoir deux personnes, des amis, qui m'aident à gérer tout cela et qui m'ont apporté un ventilateur. Imaginez ces autres personnes âgées, au nom desquelles je parle, sans famille, sans aide ? Comment font-elles ?
J'ai également écrit au préfet de l'Isère, sans réponse
J'ai également écrit au préfet de l'Isere, mais aucune réponse. En attendant, la canicule continue et cela libèrera surement des lits dans l'établissement.
Peut-être que 2010 sera ma dernière année, avant mes 100 ans.
Je tenais à vous relater ces problèmes avant que ça n'arrive, en espérant que vous ferez remonter ces informations.

 

Nous avons contacté Mireille Caunesil, qui nous a précisé que cette lettre avait été rédigée avec l'aide d'un jeune homme, Julien. Il l'a initiée à Internet et elle l'aide en retour à financer ses études. C'est lui qui nous a adressé cet appel par e-mail.

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 13:39

Par Richard Lefrançois

La Tribune, 17 juillet 2010

Meditation

 

Au fil des années, les lectures apocalyptiques à propos de la vieillesse prétendument ruineuse et envahissante se sont substituées à l’image romantique du vieux sage bienveillant, fidèle gardien de notre mémoire collective et de nos traditions. Dans la mesure où de tels discours ne tiennent plus la route, comment donc penser et aborder la vieillesse de nos jours?

 

Une vieillesse à redéfinir 

Nos sociétés avancées, bousculées par les impératifs du monde moderne, mais en même temps soucieuses d’équité, d’éthique et d’humanisme, ont plus de mal que jamais à trouver une signification à la dernière tranche du cycle de vie. Pour y parvenir avec succès, il leur faudra intégrer le sens de la vieillesse dans la progression d’itinéraires de plus en plus individualisés, en ayant comme préoccupation le maintien des liens intergénérationnels et la recherche de rôles valorisants pour les aînés de tous âges.

 

À regret cependant, la panoplie des plans échafaudés à l’intention des aînés répond avant tout aux exigences contemporaines d’utilité, de rendement, d’innovation et de performance. On s’en rend vite compte à travers les incitations énergiques pour les mettre à contribution dans les sphères du mentorat, du bénévolat et du soutien familial, pour prolonger leur vie active et pour développer des niches commerciales et technologiques nouvelles destinées à épancher leur soif légitime d’autonomie, de confort et de loisir.

 

En fin de compte, la question cruciale est de savoir si de tels projets répondent véritablement aux aspirations profondes des aînés.

Conjurer la perte de sens

L’un des pires dangers qui guettent les aînés tient à leur refus d’attaquer de front les difficultés de la vieillesse et d’ignorer sa richesse. Au lieu d’accueillir cette période de la vie avec confiance, optimisme et aplomb, plusieurs l’appréhendent, se livrent à des dénégations, la perçoivent comme un cumul angoissant de pertes et l’absence de tout ce qui les honorait jadis : la santé florissante, l’énergie débordante, la renommée professionnelle, l’appétence sexuelle, les projets enthousiasmants.

 

Deux attitudes tranchées caractérisent en fait cette prédilection pour la fuite. Le déni et le renoncement.

Dans le scénario du déni, l’individu oppose au vieillir une résistance farouche, étant inconsciemment bercé par l’illusion d’une jeunesse éternelle. Il épousera donc des modèles de consommation et de comportement généralement attribués aux jeunes (p. ex. conduire une moto), maquillera les stigmates de l’âge (crèmes anti rides, coloration de cheveux, tenues vestimentaires branchées), se jettera dans l’activisme (pratique de sports physiquement éprouvants, soirées festives) ou fréquentera de jeunes gens de préférence.

 

Sauf exception, ce style trépidant et étourdissant épuise plus qu’il ne rajeunit. Quand le quatrième âge frappe à la porte, ces «jeunes-vieux» ressentent durement l’épreuve du temps, prenant soudainement conscience qu’ils n’ont pas su percer les secrets d’une vieillesse équilibrée, heureuse et émancipée.

 

Le second scénario, celui de l’abnégation, se distingue par les sacrifices et l’abandon de tout projet de vieillesse stimulant ou mobilisant. L’individu bat en retraite, rompant avec la vie sociale en minimisant les sorties et les dépenses, pour finalement chercher le réconfort et la consolation auprès de ses proches et dans ses souvenirs lointains.

 

Pas étonnant si ces décrocheurs de la vieillesse, faiblement aguerris et résilients, peu soucieux de leur potentiel et de leur apparence physique, paraissent plus vieux que leur âge! Certains tomberont dans la dépression, et une fraction ira jusqu’à s’enlever la vie.

 

En feignant d’ignorer ces aînés désespérés et en les refoulant à la marge, ou en adoptant des attitudes d’indifférence à leur égard, la société n’est-elle pas complice de ces formes extrêmes d’abdication vis-à-vis de la vieillesse?

Pour une authentique quête de sens

Après la phase d’émerveillement, à partir donc de l’adolescence jusqu’à la maturité, le souci de tout être humain consiste à se familiariser avec son environnement, à conquérir son indépendance, à apprendre à se maîtriser, à assurer son confort matériel et à réussir sa vie familiale, sociale et professionnelle.

 

Mais la vieillesse se présente comme un problème inattendu dont la résolution demande du courage et devant lequel plusieurs se sentent impuissants ou mal préparés. Pourtant, c’est au détour de cette transition de vie que la quête et la découverte de sens s’imposent comme pilier central d’une vieillesse accomplie.

 

Le philosophe Luc Ferry s’est demandé à quoi vieillir pouvait bien servir. À cela et rien d’autre, s’est-il empressé de répondre! Somme toute, il ne s’agit pas de «réussir sa vieillesse», une finalité qui s’assimile trop facilement à la réussite professionnelle, mais bien de l’explorer jusqu’au bout avant de quitter ce monde dans la paix, la dignité, l’intégrité et la sérénité, tout en se pardonnant ses erreurs passées.

 

On a souvent proclamé que le sens de la vieillesse se révélait davantage dans l’être que dans l’avoir, davantage dans la qualité de l’expérience que dans la durée de l’existence. Il demande simplement à jaillir et à s’exprimer en dépit des pertes et des inévitables déprises. Le vieillir ne se présente pas comme une rupture puisqu’il s’inscrit dans la continuité du flux vital. Ne perdons pas de vue qu’il débute dès la naissance.

 

En termes concrets, les aînés qui vieillissent bien saisissent cette occasion exceptionnelle pour ouvrir des horizons inexplorés et créer de nouveaux chantiers tant dans l’action, l’expression que la réflexion. Les sentiers y conduisant sont multiples, par exemple l’engagement social, intellectuel ou politique pour une cause quelconque, la religion ou la spiritualité, la méditation contemplative, la réminiscence et le bilan de sa vie.

 

Ceux inspirés et guidés par la foi religieuse estiment que toutes les étapes de la vie convergent et prennent leur sens dans la préparation de l’après-vie éternelle.

 

Mais pour la plupart d’entre nous, le sens de la vieillesse renvoie au sens même de l’existence, celui de s’inscrire dans l’aventure humaine et d’y faire sa marque. Il participe du sentiment du devoir accompli, de la satisfaction d’avoir déposé dans l’histoire des traces tangibles et mémorables : sa progéniture, des œuvres scientifiques ou artistiques, des réalisations remarquables, des legs, la transmission de son expérience ou des images gratifiantes de son passage.

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 11:19

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La Tribune, samedi, le 5 juin 2010

 

Les médias font souvent écho à l'accentuation du vieillissement de la population québécoise imputable à la génération nombreuse du baby-boom. Mais, derrière cette toile de fond se cache une tendance lourde qui infléchit tout aussi profondément notre paysage démographique. En effet, les grands vieillards surgissent de partout, infiltrant l'espace public et séduisant l’imaginaire. Il y a un demi-siècle à peine, dépasser l’âge de 85 ou 90 ans était quasi inconcevable. Nos ancêtres escomptaient tout au plus franchir la barre des 50 ans, «norme» qui a prévalu pendant des siècles, sinon des millénaires.

Or les faits récents parlent d'eux-mêmes. De 2001 à 2009, le nombre de Québécois ayant atteint l’âge vénérable de 95 ans a littéralement explosé, augmentant de 81%, en comparaison de 41% chez les 80-94 ans et de 15% chez les 65-79 ans. Ce mouvement ascensionnel s'accompagne de la progression fulgurante des hommes très âgés. Il est même à se demander s'ils vont bientôt rattraper les femmes numériquement !

Signalons au passage que la grande région sherbrookoise abrite presque deux fois plus d'aînés de 80 ans et plus qu’il y a 10 ans, ce qui représente quelque 8 700 résidents. Notre civilisation serait-elle passée maître dans l’art de tromper la mort ?

 

Le boom des centenaires

En grande partie régulée par notre horloge biologique, la longévité maximale de notre espèce oscille autour de 120 ans. Officiellement, une seule personne a franchi cette borne hypothétique, la Française Jeanne Calment. Ayant vécu 122 ans, on lui a attribué le titre de doyenne de l’humanité.

Est-il besoin de rappeler que la glorification des longévités exceptionnelles envoûte les esprits depuis la nuit des temps ? Perçues d'abord comme des prouesses individuelles, les durées de vie prodigieuses sont vite devenues des symboles de fierté familiale, donc des marques de distinction sociale. Certes, doubler le cap du siècle n'est guère un mince exploit. Pourtant, dans le monde développé, le nombre de centenaires triple au dix ans, de sorte que la perspective de vivre un siècle ne stupéfie plus personne.

De véritables pépinières de centenaires et de supercentenaires (110 ans et plus) ont été répertoriées sur la planète, la plupart proliférant en milieu insulaire. Des concentrations de centenaires se retrouvent en Sardaigne et en Crète, en passant par l’archipel japonais d’Okinawa jusqu'à la ceinture de longévité américaine (Wisconsin, Minnesota et les Dakota du Nord et du Sud), une région fortement colonisée à ses débuts par les Scandinaves.

On a recensé plus de 1 350 centenaires québécois en 2009, pas loin de 5 000 au Canada et plus de 70 000 aux États-Unis. Habituellement, on dénombre six fois plus de femmes centenaires que d'hommes. Pour souligner l'événement, certains établissements d'hébergement collectif annulent «à vie» les frais de logement de leurs résidents devenus centenaires.

 

Des explications aux recommandations

Il n'existe pas de fontaines de Jouvence, de recettes miracles ou de cures magiques habilitées à défier le temps long avec certitude. La science moderne apporte des éclairages intéressants et fait état de découvertes prometteuses. Récemment, des chercheurs allemands ont mis en évidence une prédisposition génétique chez les centenaires, une variante du gène de longévité, le FOXO3A, qui permet d'éliminer les cellules âgées ou endommagées. Les femmes ayant enfanté dans la quarantaine seraient plus nombreuses à porter les gènes de longévité. On a également invoqué le mécanisme de la sélection naturelle. Au fil du temps, les « souches d'individus plus faibles » auraient été écartées au profit d'individus plus robustes capables de parvenir à ces âges mythiques.

Toutes plus remarquables les unes que les autres, les avancées scientifiques ne peuvent, dans l'état actuel des connaissances, rendre compte dans sa totalité de l'éclosion phénoménale des centenaires. Chose certaine, une panoplie d’innovations techniques et médicales, sans oublier les progrès socioculturels, continuent d'étirer notre courbe de survie, même parmi les plus fragiles.

Au premier chef se démarque l'alimentation. Seraient particulièrement bénéfiques un apport calorique réduit (p. ex. cesser de manger avant d'avoir étayé sa faim), la consommation de six ou sept légers repas quotidiennement (pour faciliter l'oxygénation cellulaire) et le recours à l'alimentation naturelle par opposition aux produits transformés.

Sont recommandés les aliments riches en omégas 3 et en antioxydants. On les retrouve essentiellement dans les régimes à base de poisson (modèle japonais) ou d'huile d'olive (modèle méditerranéen). S'ajoutent les céréales complètes, les fruits et légumes et la consommation modérée de vin rouge. La seule ombre au tableau concerne les mauvaises habitudes alimentaires (restauration rapide) qui font monter en flèche l'obésité et le diabète.

La documentation scientifique évoque également l'interaction d'autres facteurs de protection favorisant ces âges extrêmes: pratiquer régulièrement des activités physiques et cérébrales, conserver un équilibre affectif, démontrer une personnalité joviale, optimiste et résiliente, surtout à la suite d'événements éprouvants.

 

Une question cruciale se pose

La quête éperdue de la longue vie soulève une épineuse question. Les interventions, prescriptions ou recommandations multiples visant cette vieillesse extrême, sans oublier la vogue anti-âge, ne nous ont-elles pas déjà placés devant le scénario troublant d’une vie prolongée entachée de maladies graves, d'incapacités lourdes, du confinement à domicile ou au lit et d'échanges sociaux extrêmement réduits, donc d’une qualité de vie réduite ?

À quoi bon aspirer à vivre centenaire si, comme les statistiques en témoignent, nous n'avons à cet âge que deux minces chances sur dix de ne pas souffrir de démence ? Pourtant, un sondage effectué il y a quelques années auprès de 900 Américains avait révélé que 61% souhaitaient vivre jusqu’à 100 ans et que seulement 4% n’espéraient pas vivre aussi vieux! Décidément, bercé par le phantasme d'immortalité et ne pouvant se libérer de l'emprise narcissique de la survie, le pouvoir de l'ego ne connaît plus de frontières !

 

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100605·TB·0022

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