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Blog gérontologique de Richard Lefrançois - Un forum de discussion et d'échange sur les enjeux et les défis de la vieillesse et du vieillissement
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue

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Archives Des Six Derniers Mois

7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:52

coeur-saint-valentin

 

Mon prochain article dans La Tribune sera mis en ligne sur ce blog, samedi le 12 février.

Le thème sera celui de l’amour à l’occasion de la Saint Valentin.

 

RL

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 14:14

 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 17:38

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 02:54

Richard Lefrançois

Relations, No 714, févr. 2007, p. 10-26.

 

Devant le vieillissement de la population, un populisme de droite nous aiguillonne sur des voies périlleuses plutôt que de réfléchir sur des stratégies rassembleuses et porteuses d'un véritable renouveau social.

 

Récemment, les travailleurs québécois furent la cible privilégiée des «lucides» qui leur reprochaient leur faible productivité. Au nom de la sacro-sainte efficacité économique, ces ténors de la droite ont vite abattu leurs cartes pour proposer de nouvelles mesures d'austérité et des partenariats avec le secteur privé, en s'empressant au passage de lui confier de nouveaux lieux d'expansion.

 

Le champ de prédilection de ces chantres néolibéraux demeure toutefois le vieillissement démographique. Depuis des années, ils s'emploient corps et âme à pourfendre la population âgée, en attendant de s'attaquer à la génération des boomers. Ils brandissent ce spectre n'ayant de cesse de jouer les Cassandre. La liste des scénarios-catastrophes est impressionnante: on anticipe que le vieillissement provoquera une escalade sans précédent des dépenses en santé, une réduction significative du panier de soins, l'effondrement des régimes de retraite, la raréfaction de la main-d'oeuvre, le ralentissement de la croissance économique, la réduction du niveau de vie, un conflit intergénérationnel, une vague conservatrice, une chute importante de la productivité et de la créativité et, pour couronner le tout, l'avènement du pouvoir gris. À l'heure où les besoins en personnel qualifié se font pressants et où les jeunes sont peu nombreux au rendez-vous, ces mêmes «lucides» aimeraient bien que les travailleurs âgés renoncent à quitter prématurément le marché du travail.

Les effets du vieillissement

Faut-il endosser sans broncher ces anticipations accablantes? Sinon, comment réagir aux charges intempestives contre ces boucs émissaires? Et ce, sans tomber dans un discours triomphaliste et rassurant qui voit, par exemple, dans le développement des nouvelles technologies la panacée au problème ou encore qui allègue qu'une démographie vieillissante apporterait plus de paix sociale en ralentissant le rythme de vie devenu trop effréné.

 

Dans le débat actuel sur la vieillesse, force est de reconnaître qu'une lecture dynamique et rafraîchissante des grands vecteurs sociologiques en marche fait cruellement défaut. Ces dernières années, les parcours biographiques des aînés ont été fortement modulés par les transformations sociétales et technologiques. Au fil des ans, ils ont su édifier une «culture de la vieillesse» qui a contribué à renforcer leurs liens et à protéger leurs droits. Leur implication sociale accrue a été bénéfique à toute la collectivité. Conséquemment, pourquoi emprunter le sentier de l'âgisme? En vertu de quel principe nous priverions-nous de leur inestimable apport comme bénévoles, personnes soutien, mentors, dépositaires de notre héritage et gardiens de nos traditions? Ces attributions sont d'autant plus capitales que la société postmoderne lamine les valeurs fondamentales, dissout les repères identitaires, érode les acquis sociaux, se dérobe devant ses responsabilités et abdique face à l'avenir après avoir enterré le passé. Au lieu donc de dénigrer les aînés, ne serait-il pas temps de renforcer leur potentiel, de briser leur isolement en levant les obstacles qui compromettent leur participation citoyenne?

 

En revanche, personne ne contestera que le vieillissement démographique aura un impact sur des secteurs névralgiques, sans pour autant gonfler la colonne des passifs. D'une part, la hausse des coûts en santé sera partiellement compensée par la contribution fiscale des retraités. D'autre part, la prochaine génération de retraités dynamisera de nombreux domaines d'activité économique. Nous assisterons à l'éclosion de nouvelles technologies, à la mise en marché de produits mieux adaptés à cette clientèle et à des services de proximité qui non seulement créeront de l'emploi, mais intensifieront la solidarité de quartier ou de village. On oublie trop souvent que les aînés régularisent et vitalisent l'économie à titre de consommateurs, contribuables, investisseurs, producteurs, pourvoyeurs et donateurs. Des retraités mieux informés, aguerris, autonomes et en santé pendant de longues années représentent un actif indéniable pour la société. Il importe donc d'investir davantage pour préserver le plus longtemps possible leur santé et de les valoriser en reconnaissant leur contribution.

Épouvantail démagogique

Au lieu de cela, les tenants du populisme de droite proposent des conclusions hâtives et conjecturales, assorties de solutions impopulaires et utopiques. Bien que les Québécois paient largement leur part d'impôts et de taxes, on autorise ou prône des hausses de tarifs d'électricité, le dégel des frais de scolarité et l'injection de sommes additionnelles pour accélérer le remboursement de la dette. Des voies qui ne tiennent nullement compte de la vitalité et de la disponibilité des aînés, de la solidité de la solidarité intergénérationnelle, pas plus que de la complexité et de la synergie de l'ensemble des forces sociales. Au contraire, on s'acharne à stigmatiser indûment les travailleurs et les aînés, donc des générations entières.

 

Pratiquer systématiquement la chasse aux boucs émissaires, mettre en opposition des fractions composant le tissu social, sont autant de stratégies risquant de compromettre ou de retarder le progrès social. «Le vieillissement accéléré est un phénomène que d'autres nations ont déjà traité avec audace et courage; qu'on songe aux Pays-Bas et aux pays scandinaves, où la proportion des aînés dépasse depuis belle lurette nos prévisions québécoises pour les 30 prochaines années. Ces nations ont-elles déclaré faillite, sont-elles sclérosées ou en panne de développement? Bien au contraire, elles cherchent à tirer profit de cette nouvelle clientèle, mais aussi à en faire de précieux partenaires sur le plan des services communautaires et de la vie citoyenne» (Jean Carette et Richard Lefrançois, «Halte à l'âgisme manipulateur», Le Devoir, 25 janvier 2006).

 

Les lectures politico-démagogiques évoquées précédemment ne tiennent donc pas la route. Elles nous éloignent d'une pensée sereine convoitant un projet de société novateur qui instaurerait en permanence la paix, la justice et la coopération, et qui serait porteur d'espérance, de direction et de sens pour toutes les générations. Les aînés y seraient perçus comme une ressource vitale et non comme un poids, un fardeau ou un risque. Nous n'atteindrons pas ce monde meilleur en persistant à croire que des sous-groupes particuliers sont responsables de nos malheurs. Nous y parviendrons encore moins en tombant dans le piège du mirage postmoderne, c'est-à-dire le consumérisme débridé, la performance narcissique, l'exaltation illusoire dans les jeux de hasard et l'épanouissement de soi au détriment de la solidarité.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 17:40

Vos commentaires sont essentiels pour que ce blog ait véritablement sa raison d’être.

Je peux ainsi mesurer l’intérêt des lecteurs,

connaître leurs préoccupations et faire en sorte

qu’un débat s’enclenche sur cet enjeu important

qu’est le vieillissement.

 

SVP faites-moi part de votre avis sur ce blog et surtout participez au débat!!!!

 

MERCI

 

Richard Lefrançois

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 20:10

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La nuit de Noël, dans toute la maison,

Nul être ne bougeait, pas même une souris ;

Les chaussettes pendaient, près de la cheminée,

Espérant la venue du bon Père Noël ;

Les enfants se nichaient au creux des lits douillets,

Des rêves de bonbons dansaient dans leurs esprits ;

Maman sous son fichu, et moi sous mon bonnet,

Préparions nos cerveaux au long sommeil d'hiver,

Quand de notre cour enneigée monta un tel fracas

Que je sautai du lit voir ce qui se passait,

Volant à la fenêtre, aussi prompt que l'éclair,

Repoussant les volets, relevant le châssis.

La lune qui jouait sur la neige récente

Donnait à chaque objet le lustre de midi,

Quand à mes yeux ravis, devinez qui parut,

Un tout petit traîneau, huit rennes minuscules.

Un vieux gaillard les menait prestement,

Je reconnus le Père Noël dès le premier moment.

Plus rapides que l'aigle bondissaient ses coursiers,

Il sifflait et criait, interpellant chacun :

Allez, Fougueux ! Danseur ! allez, Fringant ! Rusé !

Comète ! Cupidon ! vite, Elégant ! Éclair !

Sautez en haut du porche ! Et vite en haut du mur !

Galopez, galopez ! Filez à toute allure !

Comme les feuilles mortes que chasse l'ouragan

Rencontrant un obstacle, remontent vers le ciel,

En haut de la maison bondissaient les coursiers,

Leur traîneau plein de jouets, entraînant le Père Noël.

Alors, en un éclair, j'entendis sur le toit

Piaffer allègrement chaque petit sabot.

Quand je rentrai la tête pour me retourner

Je vis le Père Noël bondir hors de la cheminée.

Revêtu de fourrure de la tête aux pieds,

Son habit tout couvert de cendres et de suie,

Et un ballot de jouets jeté sur son épaule,

C'était un camelot prêt à ouvrir son sac.

Ses yeux, comme ils brillaient ! Ses pommettes joyeuses

Ses joues au teint fleuri et son nez en cerise !

Sa drôle de petite bouche tendue comme un arc,

La barbe à son menton, aussi blanche que neige ;

Il tenait une pipe serrée entre ses lèvres

Un cercle de fumée auréolait son front ;

Il avait large tête et petit ventre rond,

Qui tremblait à son rire, comme un bol de gelée.

Joufflu, dodu, tel un joyeux lutin :

Je ne pus m'empêcher de rire en le voyant ;

En un petit clin d'œil et un signe de tête,

Il m'assura bientôt que je ne craignais rien.

Sans prononcer un mot, il se mit à la tâche,

Et remplit tous les bas, puis se tourna soudain,

Un doigt le long du nez, pour un petit salut,

Avant de remonter dedans la cheminée.

Il reprit son traîneau, siffla son attelage,

Et tous s'évaporèrent, tels duvets d'un chardon,

Mais je l'entendis bien crier en s'éloignant :

JOYEUX NOËL À TOUS !

Adaptation d’un conte en ligne

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 15:34

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 16:00

Richard LEFRANÇOIS

extrait amendé de l’ouvrage de l’auteur : «Vieillesses oubliées (insécurité économique et sociale des aînés)»

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La population " dite âgée " forme une mosaïque humaine complexe et hétérogène. Au point où le vocabulaire pour la décrire ne cesse de s'enrichir, ce qui dans bien des cas  obscurcit plus qu’il n’éclaire notre compréhension du phénomène. Les notions de seniors, de jeunes retraités, de troisième, de quatrième, voire de cinquième âge, sont autant de qualificatifs qui servent à désigner les différentes étapes du processus du vieillissement. Le concept de vieillissement différentiel précise que les individus ne vieillissent pas tous à la même cadence, au même rythme, avec la même intensité et énergie vitale, de sorte que l'après-retraite recèle une pluralité de profils distincts. Ainsi, dans un même segment d'individus ayant le même âge, s’observe une vaste diversité de niveaux de vie, de cheminements et d'expériences, de profils de santé, de capacités, ou d'ambitions au regard des activités de loisirs ou d'engagement social.

Il n'y a pas que la nouvelle architecture des âges qui préoccupe jusqu'à soulever de nouveaux défis. C'est également le cas du rapport qu'entretient la population âgée avec le reste de la société. Les aînés représentent-ils une ressource, un risque ou un fardeau pour la société? Un tel questionnement se comprend. La mutation démographique que nous connaissons soulève des enjeux inédits, dont des inquiétudes et des incertitudes face à l'avenir et, par contraste, des espérances jusque-là inconcevables.

Or, les perceptions des conséquences du vieillissement pour la société ont cristallisé le discours sur la vieillesse et donné lieu à un double récit. Tant dans l'imagerie populaire que dans le discours scientifique et médiatique, les représentations de la vieillesse se sont polarisées. S'est affirmée d'un côté une lecture pessimiste qui accentue le côté misérabiliste de la vieillesse, sa dégradation physique, ses pertes ou déficits, sa prétendue inutilité et l'état de déclin ou de dépendance des personnes. Sur le registre collectif, ce même regard négatif est repris, cette fois pour mettre en garde contre les menaces anticipées du vieillissement démographique, tel que l'effondrement des régimes de retraite, la déroute du système de santé, le risque d'une crise intergénérationnelle ou le déploiement d'une immense vague de conservatisme. A été évoqué, fort imprudemment d'ailleurs, le spectre d'un tsunami démographique qui déferlerait sur les sociétés avancées et engloutirait un large pan des fonds publics.

En contrepoids au discours alarmiste qui se représente le vieillard tel un être abîmé, se propage une lecture optimiste sur la vieillesse, teintée parfois de triomphalisme et de fascination pour la vie longue, et nantie de représentations positives et favorables. Le discours élogieux sur la vieillesse s'adresse surtout aux seniors qui sont décrits comme des gens actifs, engagés, remplis de projets et d'énergie vitale. Selon cette perception, la trajectoire de la vieillesse serait élaborative plutôt qu'involutive. Une telle représentation nous situe donc à l'antipode de la retraite " mort sociale " dont parlait Anne Marie Guillemard, une notion qu'elle s'est empressée plus tard de revisiter. Elle constate de nos jours l'émergence d'une nouvelle retraite-solidaire qui " remet en question la distribution des temps de la vie en trois âges bien distincts et ségrégés ". Le regard optimiste et non complaisant sur la vieillesse nous rapproche de la notion de " géritude " qu'évoquait le démographe belge Michel Loriaux.

La rhétorique adulatrice qui voit l'aîné comme un être rayonnant met en exergue les valeurs nobles et les vertus de la vieillesse, comme la sagesse, la maturité, la créativité, l'actualisation de soi, sans oublier les valeurs médiatives qu'expriment les rôles de passeur ou de transmetteur d'héritage et la contribution sociale et économique des aînés. On attribue une valeur aux personnes aînées pour autant qu'elles conservent leur vitalité, leur utilité, leur dynamisme et qu'elles s'engagent socialement.

Il y a ici un danger évident à tomber dans le piège de l'angélisme, en laissant croire par exemple que les aînés peuvent toujours se tirer d'affaire sans aide, en alléguant que le taux de pauvreté est à la baisse dans les ménages composant la population âgée. Or, ce portrait général qui se veut réjouissant ne doit pas faire perdre de vue l'accélération de la pauvreté chez les personnes âgées qui vivent seules. N'oublions pas que l'écart des revenus de retraite entre les femmes et les hommes demeure prononcé, une situation qui désavantage nettement les femmes qui se retrouvent plus souvent en situation d'esseulement.

C'est ici que l'analyse gérontologique trouve sa limite. D'emblée, nous renonçons à épouser de tels clichés ancrés et à nous ranger derrière l'une ou l'autre de ces deux positions extrêmes sur la vieillesse. Il est éminemment plus souhaitable de réfléchir aux conditions susceptibles de déboucher sur un projet de société rassembleur au lieu d'une société conflictuelle ou qui scinde la population âgée en deux sous-ensembles; les personnes actives et autonomes versus les personnes inaptes ou dépendantes. Un projet de société convivial accorderait une valeur égale à toutes les étapes de l'existence, exploiterait toutes les possibilités de métisser les âges de la vie, et s'appuierait sur une vision renouvelée de l'âge avancé. Ce serait aussi un projet soucieux d'accueillir et d'intégrer dans la grande communauté tous les membres et catégories d'âge qui la composent.

Pareille entreprise de dépassement exigerait que la place citoyenne des aînés repose sur des règles éthiques ou humanistes, tels le respect, la reconnaissance sociale, l'épanouissement personnel et la qualité de vie. Au lieu de mesurer l'apport des aînés dans des termes uniquement utilitaristes, comme la participation, l'engagement social ou la contribution économique, sociale ou familiale, elle serait plutôt guidée par les finalités supérieures d'intégration, d'identité et d'appartenance.

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 16:27

Publié initialement sur Vigile sous le titre:  La générosité : un incontournable dans un Québec indépendant et solidaire

http://www.vigile.net/La-generosite-un-incontournable

Richard Lefrançois, 12 décembre 2010

panier

Nos aînés gardent habituellement un souvenir nostalgique des traditions qui jadis remplissaient la période des fêtes : la messe de minuit précédant le déballage des cadeaux, les échanges de cartes de vœux, la crèche de Noël, les réceptions festives se prolongeant jusqu’aux petites heures matinales, dans une ambiance conviviale de danse et de musique folkloriques.

Au fil des ans, certaines coutumes quasi séculaires ont perdu de leur éclat. D’autres se sont carrément volatilisées, relayées par l’idéologie commerciale et remplacées par les nouvelles mœurs de la modernité. Le temps des fêtes se résume de nos jours à des boustifailles entre proches et amis, à des soirées de bureau bien arrosées et à des orgies de cadeaux. Pour certains, il s’agit d’un congé comme les autres qui permet de s’évader vers des destinations ensoleillées.

Or le phénomène qui retient ici mon attention a trait à une autre pratique en vogue qui atteint son apogée en cette période préhivernale : celle de la générosité et du bénévolat. Elle découle essentiellement de la prolifération phénoménale des demandes en biens essentiels de la part des plus démunis. Au Québec, 310 000 demandes de paniers de provisions ont été effectuées l’an dernier, un nombre record. Par comparaison, on a enregistré 868 000 demandes au Canada la même année.

La période des fêtes sous le signe du partage

On comprend donc qu’à l’approche du long congé des fêtes, le milieu caritatif vit d’intenses moments d’effervescence. Des efforts titanesques sont déployés pour recruter l’armée des bénévoles dont les organismes communautaires ont besoin pour satisfaire les besoins criants des laissés-pour-compte.

Ils sont sollicités tous azimuts pour recueillir les dons du public, en espèce, vêtements ou denrées alimentaires, pour organiser le souper de Noël des sans-abri, pour rendre visite aux malades, pour divertir les personnes âgées esseulées et pour agir comme accompagnateur dans le cadre de l’Opération Nez rouge.

Heureusement, les Québécois sont foncièrement généreux, davantage par compassion et solidarité que pour soulager leur conscience à l’égard de la misère. Leur altruisme légendaire ne se dément pas, en dépit d’un léger recul des contributions attribuable à la lenteur de la reprise économique. Ils demeurent fidèles au rendez-vous des grandes campagnes de collecte de fonds, comme donateur ou bénévole.

Tous mettent donc la main à la pâte à l’occasion de cette célébration du partage, y compris le milieu des affaires qui parraine des organismes tels que Banques alimentaires Québec, Moisson et la Grande guignolée des médias (124 000 $ ont été récoltés à Sherbrooke le 2 décembre dernier).

Le réflexe solidaire : un gage d’avenir dans un Québec indépendant

Voilà qui est de bon augure pour l’avenir. Cette solidarité citoyenne s’inscrit parfaitement dans la perspective de la construction d’un nouveau projet de société. Car pour répondre à nos aspirations, le Québec de l’avenir aura pour tâche d’articuler les finalités politiques aux finalités sociales. Ce qui signifie qu’une fois son identité conquise, une fois sa langue affirmée et protégée, une fois son destin économique maîtrisé, un Québec indépendant, égalitaire et progressiste devra assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, veiller à l’inclusion de tous ses membres et à l’éradication de la pauvreté.

L’extraordinaire mouvance de solidarité citoyenne à laquelle nous assistons actuellement est donc fort précieuse, car en plus de cimenter nos liens et de favoriser l’intégration des plus défavorisés, elle indique la voie à suivre. Le réflexe est donc acquis : au lieu d’abandonner les plus démunis dans le labyrinthe de l’exclusion sociale, on leur tend la main.

Travailler au Québec n’est plus un antidote à la pauvreté

Pourquoi ce formidable appui du public à l’endroit des personnes défavorisées est-il devenu à ce point incontournable ? D’une part, parce que l’État s’est partiellement désengagé de sa mission première de pourvoyeur. Il semble à bout de souffle, à court de ressources, en panne d’action, évaluant mal ses priorités et tenant peu ses promesses.

D’autre part, parce que la fraction du revenu des ménages consacrée aux besoins essentiels poursuit son ascension. On sait pourquoi. Même si le taux de chômage s’est stabilisé au sortir du creux de la récession, on ne compte plus les travailleurs précaires, sous-rémunérés, à temps partiel ou qui se sont enlisés dans l’endettement. Une nouvelle pauvreté a surgi depuis que le rouleau compresseur de la crise économique a cessé d’épargner la classe moyenne. Parmi ceux occupant un emploi, 10 % sont des utilisateurs de banques alimentaires, tandis que 6,5 % sont propriétaires d'une résidence!

Voilà sans doute qui explique pourquoi la clientèle du dépannage alimentaire a augmenté de 38 % au Québec en deux ans. Et uniquement à Montréal, la demande de sacs de provisions a connu une hausse de 64% depuis un an! On assiste même à l’explosion du nombre de bénéficiaires au sein de la population âgée que l’on croyait pourtant à l’abri des intempéries de l’économie.

S’agissant de la grande région de l’Estrie, point étonnant si l’argent et les biens amassés ne suffisent plus à combler les besoins de Moisson-Estrie, de la Fondation Rock Guertin et des banques alimentaires.

Sortir du gouffre de l’appauvrissement

Sans verser dans l’alarmisme, force est d’admettre que la misère sévit presque partout et à longueur d'année, dans une société pourtant développée. Elle touche sans distinction les enfants, les adultes et les personnes âgées. À force d’étendre ses tentacules, la tragédie de la pauvreté menace de précipiter toute la collectivité québécoise dans un abîme.

Sans mettre en doute la nécessité de l’intervention caritative, il faut se rendre à l’évidence et reconnaître qu’elle frise les limites de son efficacité. Dès lors, le temps n’est-il pas venu d’envisager des solutions plus musclées, audacieuses et courageuses, capables d’enrayer ou d’atténuer ce fléau endémique qu’est la pauvreté ?

Voici quelques pistes à explorer pour amorcer le débat. 1. La création d’un Observatoire sur la précarisation et l’exclusion sociale pour traquer l’évolution de la pauvreté et repérer les groupes à risque. 2. La tenue d’États généraux sur l’accès aux droits fondamentaux en vue d’explorer des stratégies novatrices aptes à prévenir et combattre la pauvreté. 3. L’instauration d’un Fonds national de la solidarité pour secourir les plus démunis et soutenir des projets d’intervention communautaire. Son financement pourrait être assuré à partir des bénéfices nets de Loto Québec (1,36 $ milliard) et de la SAQ (867 $ millions). Un prélèvement combiné de 20 % dégagerait une somme de 450 $ millions à injecter dans un tel fonds. 4. Une tarification allégée de l’électricité au profit des plus démunis (au lieu d’appliquer la politique actuelle du harcèlement envers ceux dont le compte est en souffrance).

Finalement, comme notre compréhension de la pauvreté demeure statique et parcellaire, je suggère une cinquième mesure, soit la mise en chantier d’une vaste étude longitudinale pour examiner notamment les facteurs d’entrée et de sortie de l’indigence économique, son mode de transmission et ses impacts sur la famille et la santé.

Comme on peut le constater, pendant la période des fêtes les occasions ne manquent pas de nous mettre à table!

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 16:21

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Un article publié le 2 décembre dernier sur paperblog a retenu mon attention. L’article intitulé À quoi sert de vieillir? (un sujet que j’ai déjà abordé partiellement dans un de mes textes), en référence au philosophe français Luc ferry (son livre : «Qu’est-ce qu’une vie réussie?»), incite à réfléchir sur le danger de s’engager dans la vieillesse sans s’y préparer et lui donner un sens, surtout dans une société qui valorise à outrance la jeunesse et la performance.

Par surcroît, en ces temps particulièrement difficiles, bien d’autres personnes âgées éprouvent des problèmes de santé invalidants, des difficultés financières ou ressentent durement le poids de la solitude. Toutes ces personnes s’exposent à ce que j’ai appelé le «décrochage gérontologique», c’est-à-dire le repli sur soi et la fermeture à autrui. Plusieurs adopteront des comportements de fuite (dans l’alcool, le jeu compulsif), d’autres sombreront dans la dépression. Elles sont à risque de dérive, en proie à se déconnecter de la réalité, faute de donner un sens à leur existence, mais aussi faute de recevoir le soutien approprié.

L’article en question compare les Occidentaux et les Orientaux au regard de ces comportements de fuite. Pour fuir ses problèmes, ou pour profiter au maximum des années qui restent et ne perdre le moindre instant de bien-être, l’Occidental (ceux qui en ont la chance comme nos snowbirds) a souvent tendance à voyager hors frontière, à «s’évader» dans d’autres lieux pour y faire de nouvelles rencontres, pour découvrir des façons différentes de penser la vie, ou simplement pour savourer les plaisirs de l’existence sous des cieux plus cléments. 

Mais l’Oriental privilégiera le voyage intérieur, comme la méditation, pour déceler les grands espaces qui nous composent et ce temps élargi qui sied dans notre inconscient. Pour certains, il s'agit d’une approche plus saine, «car comment bien voler si on ne sait pas atterrir ?»

Dans les moments difficiles ou de perplexité (ou simplement lorsque la vieillesse nous inquiète), les voyages, intérieurs ou extérieurs, idéalement les deux, demeurent une excellente façon de retrouver ses repères, de se réapproprier ses racines, de faire corps avec ses valeurs par l’effet de recul ou de mise à distance. En cela, cette forme d’évasion saine rejoint la pensée de Luc ferry pour qui « vieillir est l’occasion d’élargir sa pensée, de s’arracher à soi pour se mettre à la place d’autrui, non seulement pour mieux le comprendre, mais aussi pour tenter, en un mouvement de retour à soi, de regarder ses propres jugements du point de vue qui pourrait être celui des autres ».

 

Richard Lefrançois

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