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Blog gérontologique de Richard Lefrançois - Un forum de discussion et d'échange sur les enjeux et les défis de la vieillesse et du vieillissement
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 23:44

fleur-aine-copie-1.jpg

De tous temps, chaque civilisation s’est employée à cultiver une représentation idéale des êtres humains. La complexité du monde moderne vient compliquer cette tâche. Mais au regard des valeurs condamnées et de celles qui les ont remplacées, tout indique que s’universalise comme projet humain, comme sens de l’existence et de la réussite, le principe de la nécessité et non celui de la liberté. Cette nécessité renvoie à celle de la satisfaction sans cesse attisée et renouvelée des besoins matériels. Cette nécessité appelle d’autres nécessités, celle de la performance, de la possession, de l’appropriation, du pouvoir de l’argent ou de l’autorité.

       Dans ce monde de l'avoir et du paraître, pas de place pour les déshérités, les déclassés, les improductifs ou ceux qui avancent en âge. Dans cette course effrénée et à ce jeu impitoyable, les aînés risquent d’être perdants.

        Pourtant, notre humanitude repose non seulement sur nos conquêtes ou prouesses économiques, scientifiques, techniques ou artistiques, mais sur notre solidarité, notre compassion, notre ouverture à l’autre. La libereté faisait remarquer Aristote passe par l'autonomie, mais elle n'est possible qu'au sein du vivre ensemble, dans l'harmonie et le respect de l'autre.

     Chaque être humain a une richesse à apporter et à partager. Pourquoi dès lors ne pas tendre la main à nos aînés, comme on prend plaisir à cueillir une jolie fleur printanière?

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 17:09

Dans un article publié le 3 mars 2010 dans le quotidien Le Devoir, la sociologue Micheline Boivin dénonce certains mythes entourant la représentation dominante du vieillissement démographique telle que véhiculée dans les médias et dans le milieu politique.

 

Bien que les arguments qu’elle invoque soient convaincants, beaucoup d’autres aspects auraient pu être ajoutés en ce qui a trait aux hausses de dépense en santé et pour mettre en valeur la contribution sociale et économique inestimable des aînés.

 

S’agissant des coûts accrus en santé attribués au vieillissement de la population, il faut voir que cette hausse des dépenses est grandement imputable aux technologies médicales coûteuses, au prix exorbitant des médicaments et à nos habitudes d’hyper-consommateurs de services de santé.

 

Par ailleurs, on sait pertinemment que les aînés participent en grand nombre (et en proportion élevée) aux différents scrutins et à la vie politique en général (mouvements associatifs). Ce faisant, ils contribuent à la vitalité de nos institutions et au maintien de l’idéal démocratique.

 

Comme dernier point. le rôle de mentor exercé par les aînés représente un apport vital pour la société, non seulement en matière de transmission de l’expertise en milieu de travail, mais également au regard des valeurs et traditions qui forgent notre identité collective. 

Haut-parleur

 

  (Pour écouter son entretien avec Christiane Charette)


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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 17:44

 

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 17 février 2010
Par Richard Lefrançois

repos-boulot.jpgDans La longévité : une richesse, Claude Castonguay et Mathieu Laberge prônent le vieillissement actif pour infléchir les contraintes que le remous démographique fera peser sur l'économie québécoise. L'argumentaire est que (1) même si la santé des seniors s'améliore, ceux-ci délaissent le marché du travail autour de 60 ans, privant la société de leurs savoirs et expériences; (2) l'amalgame retraite précoce et dénatalité provoquera une pénurie de main-d'œuvre que l'immigration ne pourra endiguer à elle seule;  (3) les retraites massives des baby-boomers, combinées à l'allongement de l'espérance de vie, ralentiront notre PIB et appauvriront nos programmes sociaux.

De l'avis des cosignataires, l'économie québécoise s'en tirerait mieux en matière de finances publiques et de productivité économique si l'on repoussait l'âge de la retraite. Travailler sur le tard constituerait également un rempart contre la maladie, la solitude et le sentiment d'inutilité.

Or, réduire cet important débat à cette équation comptable et démographique est regrettable, dans la mesure où l'on masque les grands paramètres de l'économie actuelle tout en véhiculant une conception idyllique et obsolète du marché de l’emploi.

La question du recul de l'âge de la retraite nécessite d'être examinée à l'aune de la mondialisation et de la déréglementation des marchés, des rationalisations d’entreprises, des changements technologiques et de la récession, autant d'éléments qui ont déstabilisé la société salariale, reconfiguré le travail et affaibli la protection sociale. Certaines forces économiques poussent dans le sens du recul de l'âge de la retraite, alors que d'autres agissent dans la direction inverse.  


Retraites hâtives

Il faut voir qu'au nom de l'innovation, de la productivité et de la concurrence, plusieurs entreprises préfèrent écourter la vie «active» de leurs employés plutôt que de l'étirer et d'encourager la retraite progressive. Licenciements et mises à pied constituent le lot des travailleurs plus âgés, faiblement qualifiés, victimes des délocalisations, des restructurations ou de la forte compétitivité.

Parallèlement, pendant que les charges de travail s'alourdissent, les emplois demeurent précaires, à temps partiel, sous rémunérés et sujets au démantèlement des avantages sociaux. L'initiative personnelle qu'était censé procurer le travail mobile et flexible (télétravail, travail autonome, semaine comprimée, heures modulées) et l'injonction à la polyvalence n'ont manifestement pas livré leurs promesses.

Qui plus est, dans certains secteurs d'activité, le stress et la pénibilité du travail épuisent psychologiquement et physiquement de nombreux cadres, des professionnels et des personnes sous scolarisées ou immigrantes. Pas étonnant que la soixantaine soit perçue comme l'étape de la retraite libératrice, quand ce n'est pas celle de la retraite forcée.


Retraites tardives

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les secousses économiques se sont succédé. L'effondrement des marchés boursiers, du secteur des hautes technologies, suivi de l'ensemble de l'économie, a pulvérisé les caisses de retraite et dilapidé l'épargne des Québécois. Ces tourmentes économiques ont déclenché un double retournement, à savoir le recul progressif de l'âge de la retraite et la réinsertion de nombreux retraités sur le marché du travail.

La récession a du même souffle brisé les aspirations des salariés dits jetables, les assujettissant à de longs ou répétitifs épisodes de chômage. Leurs maigres revenus les  empêchent d'engranger suffisamment en prévision des vieux jours. En désespoir de cause, plusieurs n'ont d'autres choix que de repousser l'âge de la retraite pour accumuler de l'épargne.

Le Conseil des aînés rapporte que la participation des seniors sur le marché du travail a enregistré une hausse de 136% en six ans, une recrudescence qui ne peut s'expliquer que par la gérontocroissance!  Plus du quart des retraités souhaitent trouver un emploi pour demeurer utiles ou alertes mentalement, maintenir une vie sociale active,  mais surtout pour éponger les pertes et relever des défis financiers imprévus. 


Sécuriser prioritairement l'emploi et le revenu

Sous leurs oripeaux avant-gardistes, les belles doctrines néolibérales ont en définitive fragilisé le revenu, prescrit des normes de travail exigeantes et désagrégé bien des acquis sociaux. Conséquemment, le «monde ordinaire» vit plus que jamais au rythme des bas salaires, du chômage chronique et de l'érosion de l'épargne.

Tout bien considéré, promouvoir la retraite tardive sans simultanément s’attaquer à l'insécurité de l'emploi et du revenu ne ferait que reproduire chez les travailleurs âgés les mêmes difficultés qui prévalent chez les jeunes travailleurs. L'objectif consisterait plutôt à concilier la précarité du travail ou la réalité du chômage et la prolongation de la vie active rémunérée. On est même en droit de se demander s'il n'est pas préférable d'investir nos énergies dans la sécurité d’emploi et du revenu des moins de 60 ans au lieu d'inciter au travail les 60 ans et plus.

Force est de constater que le rapport Castonguay-Laberge souffre de cécité sur au moins trois fronts. D'une part, le recul de la retraite s'avère déjà une tendance lourde, non pas en réponse à un souci de solidarité citoyenne, mais en réaction à une nécessité financière de la part des personnes concernées. D'autre part, s'inscrivant dans l'optique du statu quo économique, leur thèse fait l'impasse sur les conditions d'emploi et de rémunération des travailleurs, âgés ou non. Enfin, en différant l'âge de la retraite, on court le risque de faire payer aux sans-emploi et aux salariés précaires l'allongement de la durée de vie.

En soi, le principe du vieillissement actif rémunéré comporte certains atouts, au chapitre notamment de la transmission de l'expertise et de la valorisation personnelle, à condition de prendre en compte les éléments énoncés précédemment. Ce scénario plaira sans doute aux gens de la classe moyenne supérieure. Encore faudrait-il développer à leur intention des mesures incitatives nouvelles, et non simplement le versement échelonné des prestations de vieillesse. Bref, prévoir les modalités de cette retraite flexible ou «à la carte».

Enfin ce rapport, hélas peu documenté, évacue d'un revers de main l'idée souveraine que le vieillissement actif recouvre d'autres formes d'engagement citoyen que le travail rémunéré et que l'épanouissement de l'individu passe par d'autres sentiers.

© 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés. 

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 16:54

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 30 janvier 2010 
par Richard Lefrançois

alzheimer.jpgUn rapport percutant produit par RiskAnalytica, à la demande de la Société Alzheimer du Canada et subventionné par Pfizer, Rx&D et plusieurs agences de santé canadienne, nous prévient qu’au cours des trois prochaines décennies le pays fera face à une épidémie de la maladie d’Alzheimer et autres affections apparentées.

Selon Alzheimer Canada, la prévalence de ces pathologies incurables va s’intensifier considérablement d’ici 2030 pour toucher 5,5 millions de Canadiens, entraînant en 30 ans des dépenses cumulatives de 872 milliards de dollars, de quoi hypothéquer lourdement notre système de santé.

Pour atténuer les aléas de cette vague déferlante, l'étude recommande des interventions précoces de deux ans destinées à retarder l’apparition de ces maladies neurodégénératives, davantage de recherche, des mesures préventives plus agressives et un «système de navigation» axé sur la coordination des soins.

Signalons qu'au Québec, 8,5% des 65 ans et plus sont atteints par ces maladies. Dans la tranche des 85 à 90 ans, le taux de prévalence oscille même autour de 23% d’où l’importance de nous préoccuper de ces maladies sans pour autant céder à la panique.

Une mise en garde s’impose

Les organismes sans but lucratif se concurrencent férocement pour s’approprier le maximum de ressources afin de financer leurs activités. Alzheimer Canada n'y échappe pas. Organisme clé dans la lutte contre les «démences séniles», elle mérite notre soutien y compris dans ses opérations de collecte de fonds. Cependant, comme elle est juge et partie dans les prévisions qu'elle vient de publier, la vigilance est de mise.

En faisant appel à la générosité du public, est-elle justifiée de brandir le spectre d’une catastrophe épidémiologique et économique ? Abuse-t-elle de son pouvoir en orchestrant cette campagne médiatique dans l’espoir d’engranger des avantages pécuniaires et des profits symboliques au détriment de la transparence? C’est d’ailleurs ce qui a été reproché aux sociétés Alzheimer américaine, française et britannique. 

Bien qu’il soit légitime de solliciter l’aide de l’État et du grand public (don testamentaire, dotation, assurance-vie, etc.) pour une cause aussi louable, il n’empêche qu’Alzheimer Canada a l’obligation morale d’arborer son intégrité scientifique, en ne minant pas la confiance de la population.

Avant de mettre en chantier un plan d’action pancanadien, encore faut-il établir clairement l’état des lieux et fixer un horizon raisonnable. Pareille démarche nécessite l’observation d’une pluralité de variables sanitaires, démographiques, sociologiques et culturelles et l’identification des facteurs susceptibles d’amplifier ou de freiner l’apparition et la prolifération de ces maladies.

Hélas, Alzheimer Canada ne s’est pas livrée à un tel exercice exhaustif à la hauteur de nos attentes. Sa lecture de l’évolution des «démences séniles» et sa prédiction de coûts astronomiques à très long terme paraissent quelque peu caricaturales.  

Les principaux irritants du rapport

Premièrement, on regrettera la témérité dont témoigne l’organisme en s'aventurant dans des projections estimées sur un tiers de siècle! Dans le même ordre d'idée, Alzheimer Canada pèche par omission puisque de son propre aveu le scénario de référence de ses simulations « prend pour hypothèse l’absence de modification aux politiques actuelles, de nouvelles découvertes scientifiques et de toute nouvelle intervention ». N’est-ce pas manquer de rigueur méthodologique que de faire fi de ces contingences qui fort probablement marqueront la trajectoire future de ces maladies, dans un sens ou dans l’autre? 

Il y a fort à parier que d’ici 30 ans une constellation d’innovations scientifiques, biomédicales et techniques allègera le système de santé en plus d’améliorer la qualité de vie des patients. J’entrevois une architecture de coordination repensée entre les services de soutien familial, d’hébergement et de proximité, une culture renouvelée des soins palliatifs et de longue durée et des réformes majeures dans le financement de la santé.

Des traitements plus efficaces et moins coûteux verront le jour, tandis que les secteurs associatif et privé joueront vraisemblablement un rôle accru dans l’offre de service. Les compagnies pharmaceutiques sont déjà à pied d’œuvre dans l’espoir de développer des vaccins ou médicaments pour soigner les patients ou pour mieux détecter ces maladies au stade prédémentiel.

Deuxièmement, la prochaine génération de retraités jouit d’une meilleure santé que celles qui l’ont précédée, ayant pris conscience des effets bénéfiques d’une saine alimentation, de l’abandon du tabagisme, du contrôle de l’hypertension et du cholestérol, et de la pratique des activités physiques, intellectuelles et sociales. Ces facteurs, qui exercent un effet de protection contre la maladie, sont aussi reconnus pour leur capacité à différer l’apparition des symptômes, minimisant d’autant les impacts sur les dépenses en santé.

Troisièmement, mettre en relief le mot Alzheimer à la manière d'un épouvantail, c’est courir le risque d'inquiéter démesurément l’opinion publique quant à la gravité de la situation, sachant pertinemment qu’il s’agit de la maladie emblématique de la vieillesse tant redoutée.

Quatrièmement, les chiffres rendus publics englobent sans distinction divers «troubles démentiels» : Alzheimer, démence à corps de Lewy, démence vasculaire et frontotemporale, maladie de Creutzfeldt-Jakob, maladie de Pick, principalement. L’expression fourre-tout Alzheimer et affections connexes masque ainsi des nuances épidémiologiques et cliniques importantes. Comment apprécier, pour chacune de ces maladies respectives, l’état des connaissances scientifiques et cliniques, les tendances et projections épidémiologiques, les facteurs de risque et de protection modifiables et non modifiables et les ressources et traitements disponibles?  

© 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.


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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 16:00

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 30 décembre 2009 
par Richard Lefrançois

Marquée du sceau de la récession, l’année 2009 aura semé la consternation chez bien des rentiers et travailleurs. Licenciement, chômage de longue durée, contraction du pouvoir d’achat, dilapidation des fonds de retraite par extorsion ou mauvais rendement, auront causé bien des ravages et soucis.

Pour comble de misère, comme si ces contrecoups économiques n’étaient pas suffisants, la population vieillissante est aux prises avec des exactions financières de toutes sortes. Comment expliquer que, dans une société aux règles éthiques si élevées, des aînés fragilisés par la maladie ou l’incapacité, sinon des retraités convoitant légitimement une vie confortable et paisible, soient encore la proie d’escrocs sans scrupules?

Heureusement, à force de revendications la sonnette d’alarme des associations pour aînés s’est fait entendre. Pour freiner la hausse galopante de l’exploitation financière, les ministres Blais et Weil mettent sur pied une «escouade des aînés». Du même souffle, une campagne de prévention contre les pratiques frauduleuses est lancée, avec l’appui de l’Autorité des marchés financiers.

Ces mesures totalisant un demi-million de dollars paraissent bien timides. Attendons donc voir le plan d’action global que l’on promet suffisamment musclé et dissuasif pour freiner l’ardeur des profiteurs.


L’état des lieux

L’exploitation matérielle est une violation des droits de la personne qui figure au premier rang des méfaits commis à l’égard des aînés. Les personnes isolées ou esseulées seraient des cibles de prédilection. Le Code criminel décrit la fraude comme une supercherie, un mensonge ou tout autre moyen dolosif qui frustre une personne de quelque bien, service, argent ou valeur. Une interprétation moins restrictive engloberait l’appropriation délictueuse ou abusive des ressources d’un individu par voies légales.

            Peu d’études mesure l’étendue du problème, d’autant que les subterfuges des fraudeurs (individus ou organisations) n’ont cessé d’essaimer : aux méfaits classiques tels la sollicitation trompeuse, les contrefaçons, les services rendus contre un prix excessif et les vols d’argent ou de biens, incluant ceux soutirés par intimidation ou harcèlement, se sont ajoutés les transferts électroniques de fonds, les retraits forcés au guichet automatique ou à partir de cartes bancaires clonées et le hameçonnage par internet ou télémarketing.

Faute donc de recherche, le dénombrement des cas d’exploitation matérielle fait cruellement défaut. Les chiffres disponibles traitent surtout de la maltraitance en général, soit la panoplie des actes répréhensibles infligés aux aînés : violence physique et psychologique, négligence active ou passive et privations diverses (de soins, de médicaments, etc.).

Malgré cela, la pénurie des données existantes manque de précision comme en témoigne cette estimation grossière de l’Institut de la statistique du Québec qui situe entre 85 000 et 220 000 le nombre d’aînés ayant subi des mauvais traitements de tout genre. De son côté, l’Association estrienne pour l’information des aînés évalue à 150 000 le nombre d’aînés victimes d’abus chaque année au Québec, dont 42 000 par le biais de l’exploitation matérielle seulement.

Finalement, les statistiques officielles sont peu fiables puisqu’elles sous-estiment le nombre réel d’infractions. Certains aînés tolèrent les petits larcins ou autres actes malveillants qu’ils jugent anodin, tandis que d’autres renoncent à les signaler en raison de leur état de santé, par manque d’audace ou par honte d’avoir été piégés. Dans le cas fréquent où un proche est concerné, des aînés hésitent à porter plainte par crainte de représailles, par exemple se retrouver privés de l’assistance prodiguée par la personne concernée, ou parce qu’ils prennent eux-mêmes soin de la personne fourbe. Enfin, intimidées par l’appareil judiciaire, des victimes choisissent de ne pas recourir à la dénonciation.


Comprendre avant d’agir

Une analyse sociologique élargie aiderait à mieux éclairer le phénomène de la maltraitance matérielle et à diagnostiquer ses causes. Elle gagnerait à remonter en amont pour corroborer l’existence de liens éventuels avec l’effritement de la solidarité familiale, la délinquance scolaire (intimidation et taxage), le relâchement des mœurs et responsabilités citoyennes et la détresse psychologique provoquée par l’insolvabilité et le non-accès au crédit. Telles sont les expériences vécues par les individus ayant reçu une éducation déficiente, les sans-le-sou, les chômeurs découragés, les toxicomanes et les personnes dépendantes au jeu qui souvent ont des problèmes de dette.

Un second volet se pencherait sur le degré de transparence de nos institutions et investiguerait les manquements à leur obligation éthique d’assurer la protection et la sécurité physique, économique et sociale de tous. Les exemples de dérogations à ces principes se déclinent à l’envi. Ainsi, l’État ne nage-t-il pas en pleine contradiction lorsqu’il met en place des mécanismes pour combattre les abus financiers envers les aînés, alors que dans d’autres lieux il crée des victimes en «exploitant» de façon parfois abusive les produits des jeux de hasard et d’argent, par l’intermédiaire de Loto Québec? Comment concilier des finalités aussi opposées, celle de placer sous son aile protectrice les catégories sociales vulnérables, nommément les aînés et les plus démunis, et celle de rentabiliser au maximum ses infrastructures lucratives (LOTO, SAQ)? Dans ce dernier cas, tout gouvernement responsable, décrétant l’objectif «dommage zéro», s’apercevrait pourtant que promouvoir la santé financière des aînés s’avère encore plus «rentable»!

Espérer endiguer cet inacceptable fléau exigera de travailler d’arrache-pied à l’édification d’une société plus juste et égalitaire, sans quoi les interventions projetées pourraient s’apparenter à un feu de paille. Concrètement, la pierre de touche du succès de la lutte contre ces crimes économiques passe par un assortiment d’actions concertées. Celles-ci pourraient s’articuler autour d’une veille gérontologique capable de mobiliser non seulement la classe politique, mais l’ensemble de la communauté, y compris les aînés. Ce serait une résolution emballante pour 2010!

© 2009 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 15:08

assistance-domicile.jpg(R. Lefrançois, 28 novembre 2009)


Dans les prochaines décennies, 1,2 million de Québécois seront âgés de 75 à 89 ans, tandis que l'effectif des 90 ans ou plus sera multiplié par huit pour atteindre le nombre impressionnant de 320 000 individus. Cette affluence de grands vieillards augure pour certains alarmistes un avenir sombre, caractérisé par une envolée des dépenses en santé, en hébergement collectif et en soins domiciliaires.

Or, ils devront sans doute se raviser, car la domotique vient à la rescousse des aînés fragiles et aide à retarder l'entrée en incapacité en facilitant la vie des personnes autonomes. Les récentes avancées en informatique et en télécommunication convergent pour engendrer des applications intégrées qui, en plus d'augmenter la capacité d'autonomie des aînés, allègent significativement le poids des dépenses publiques en santé. Si ces nouveaux produits et services bouleversent nos habitudes de vie, en revanche ils procurent davantage de commodité, d'indépendance, de divertissement et de sécurité aux aînés vivant à domicile.


Vers l'habitat intelligent

En matière de confort et de loisir, des innovations permettent déjà de programmer et piloter à l'aide d'une seule manette l'éclairage, la ventilation, le chauffage ainsi que les appareils électroménagers et audiovisuels. Côté sécurité, des dispositifs évolués enclenchent automatiquement les systèmes d'alarme et télécommandent le verrouillage des portes. À cette panoplie, s'ajoutent les logiciels consacrés à l'exercice des fonctions cognitives (Mindfit, Coach cérébral) et au délassement tout en stimulant la pratique du conditionnement physique (console Wii).

Côté prévention, des solutions proactives sont proposées pour réduire les chutes et blessures. Le marché offre des baignoires antidérapantes avec porte, des régulateurs automatiques de lumière, des lits ajustables et des fauteuils monte-escaliers. Les environnements dits "intelligents" peuvent même surveiller les déplacements des personnes atteintes de syndrome démentiel. Pour déceler les fugues ou les désorientations spatiales, une société québécoise, la Medical Intelligence Technologies, a mis au point un système de géolocalisation fonctionnant à l'aide d'un bracelet GPS.

L'industrie de la téléassistance médicale, en pleine effervescence, commercialise des appareils ultras sophistiqués allant de la visiophonie, à la télévision transactionnelle jusqu'aux capteurs et caméras capables de transmettre des données diagnostiques grâce au dépistage des anomalies des fonctions vitales (tensiomètre, oxymètre, détecteurs de détresse respiratoire). Il est d'ores et déjà possible de surveiller à distance l'activité motrice et l'état de vigilance (montre actimètre), le sommeil et l'observance de la prise de médicaments.

En vue d'autonomiser davantage les aînés, des applications plus évoluées en robotique, biologie et génétique se généraliseront grâce au progrès de la nanotechnologie. Parmi les chantiers en cours en médecine regénérative, notons le développement de nanoparticules thérapeutiques, de superprotéines, de prothèses biocompatibles dirigées par le cerveau et de nanopompes à insuline.


L'impact positif de ces technologies

Le virage de l'habitat intelligent et de la télémédecine illustre de façon éclatante l'effet de levier technologique du vieillissement démographique. N'est-il pas opportun de saisir cette occasion exceptionnelle pour revigorer notre économie vacillante et léthargique? En plus de compenser la hausse anticipée des besoins en soins ou en prévention, les gérontechnologies délesteront substantiellement l'État, les aidants familiaux et les professionnels de la santé de la surcharge imposée par l'alourdissement des clientèles.

Sans être une panacée, ces technologies aux allures futuristes apportent une solution concrète au problème des ressources humaines dans l'objectif du maintien à domicile des aînés ou des personnes handicapées. Elles séduisent par leur aptitude à prévenir ou retarder l'incapacité, à différer l'apparition des problèmes de santé, à fournir une assistance individualisée à distance et à sécuriser le milieu de vie des plus vulnérables. Enfin, elles répondent de façon tangible aux aspirations légitimes des aînés, nommément leur volonté de liberté et d'autonomie, et surtout leur désir de vivre le plus longtemps possible dans leur environnement familier.


Les questionnements incontournables

La prolifération des gérontechnologies soulève immanquablement l'épineuse question des coûts. À l'heure actuelle, seuls les aînés financièrement à l'aise peuvent en bénéficier. Mais à la faveur d'une concurrence vive, du perfectionnement des appareils, de leur convivialité et de la croissance de la demande, les prix vont chuter. N'empêche que des subventions de démarrage aux fabricants et des crédits d'impôt aux usagers accéléreraient leur diffusion.

Même si 90 % des médecins se proclament favorables aux technologies d'assistance à domicile, la méfiance demeure perceptible chez d'autres catégories d'intervenants. Subsiste la peur que ces innovations créent du chômage, disqualifient certains aidants en les confinant dans un rôle de gestionnaire de banque de données ou encore qu'elles nécessitent un perfectionnement long et onéreux.

Ces technologies se heurtent principalement aux objections éthiques. Par exemple, des failles dans la sécurité des données informatiques laissent craindre des usages frauduleux. Par-dessus tout, on redoute que ces instruments invasifs et omnipuissants s'imposent au détriment de la volonté des personnes vulnérables. On dénonce du même coup l'hyper surveillance médicale comme modalité d'intrusion dans la vie privée et atteinte à l'intégrité et au droit à l'intimité des usagers. Les plus pessimistes s'insurgent contre cette techno-idolâtrie, alléguant qu'elle mènera à la déshumanisation des soins et à l'affaiblissement du dialogue médecin-patient basé sur l'écoute empathique.

En définitive, un débat de fond s'avère incontournable pour interroger ces technologies novatrices, non seulement au nom de leur utilité, efficacité et efficience, mais aussi des valeurs sacrées de respect et de dignité de la personne, sans oublier les règles de la précaution et du consentement éclairé. Somme toute, quoi de plus fondamental que le principe souverain de l'accompagnement des aînés par des humains? Il serait à la fois dommage et dommageable que l'on transforme en souricière ce havre de paix et de quiétude qu'est le vieillir chez soi.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(Visiter aussi ce site : http://reflexions-gerontologiques.fr/2010/02/les-technologies-dassistance-a-domicile-des-outils-precieux-ou-malicieux/ )
Illustration(s) :

TONY AVELAR/BLOOMBERG NEWS

(c) 2009 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

 

 

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 21:03

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SHERBROOKE - Les médias parlent abondamment des difficultés des jeunes, "x", "y" ou "z", des problèmes d'itinérance, de prostitution et de drogue, mais qu'en est-il chez les 55 ans et plus?

 

Avec "Vieillesses oubliées", publié aux Éditions GGC, Richard Lefrançois se penche sur les conditions de vie souvent très précaires des "aînés", qu'ils soient itinérants, immigrants, analphabètes ou joueurs compulsifs.

 

"On a une image un peu idyllique de l'âge de la retraite. Je me suis dit que comme sociologue, au lieu de faire un tableau idéal ou misérabiliste, je présenterais des tranches de vie: les 50-65 ans, les 65-80 ans et les 80 ans et plus", indique ce professeur associé de l'Université de Sherbrooke et retraité.

 

Plutôt qu'une réflexion globale sur le vieillissement, ce qu'il avait fait en 2004 dans son ouvrage "Les nouvelles frontières de l'âge", M. Lefrançois explore ici le phénomène de la précarisation chez les aînés, ses fondements historiques, l'itinérance, les déficiences du filet social, tout comme les coûts humains et sociaux.

 

"En tant que sociologue dans un milieu médical (l'auteur a été chercheur en gérontologie), j'ai accordé de l'importance à la santé physique et psychologique. Autrefois, on parlait de cancers et de problèmes cardiaques, c'est encore là, mais aujourd'hui il y a de nouvelles maladies comme l'Alzheimer, l'ostéoporose et la détresse psychologique", explique-t-il.

 

"Les vieillesses oubliées, il y en a plusieurs. La fragilité économique ouvre la porte aux autres fragilités. Le livre est basé sur des témoignages qui exposent les conséquences sur la santé, la famille et l'espérance de vie", ajoute-t-il.

 

L'ouvrage de plus de 300 pages ratisse large et offre un portrait saisissant de la réalité sociale et économique des 55 ans et plus.

 

L'auteur propose également des pistes de solutions, dont l'élargissement de la recherche en gérontologie aux phénomènes de l'itinérance, de la toxicomanie, de l'immigration et du jeu pathologique, notamment.

 

"La génération des 50-65 ans est celle qui me préoccupe le plus parce que le monde est en transformation radicale avec la mondialisation et les délocalisations d'entreprises. Beaucoup vont bien vieillir mais d'autres non. Par exemple le revenu individuel moyen des retraités au Canada est de seulement 16 000 $ par année ", illustreRichard Lefrançois.

 

Bien que l'auteur présente des situations et des données au plan québécois, il a aussi recueilli des témoignages à Sherbrooke.

 

Et ceux que l'on nommait autrefois les "clochards" proviennent de toutes les classes de la société.

 

"Entre 20 et 25 pour cent ont 50 ans et plus", rappelle M. Lefrançois.

 

Ces gens, souvent considérés comme un "fardeau" pour la société ont pourtant un bagage de vie, une expérience professionnelle, dont ils pourraient faire profiter la société, ne serait-ce qu'en tant que bénévoles.

 

"Il y a des gens qui quittent (le monde du travail) parce qu'ils le veulent, parce qu'ils ont atteint l'âge de la retraite. Mais il y aussi ceux qui n'ont pas eu d'autre choix que de partir, pour différentes raisons,et qui se retrouvent en marge", explique l'auteur.

 

Et malgré les pénuries de main-d'oeuvre qui s'annoncent, les entreprises semblent réticentes à faire appel aux aînés.

 

"Certains ont des problèmes de santé. Mais, on est dans un monde compétitif, technique... Est-ce qu'on va former un gars de 60 ou 62 ans en sachant qu'il va rester pour seulement quelques années?", demande M. Lefrançois.

 

"Il y a aussi des préjugés, selon lesquels les vieux sont moins efficaces et c'est encore pire dans le cas de immigrants", dit-il.

 

Richard Lefrançois, on s'en doute, se passionne pour le phénomène de la vieillesse et les conditions de vie des aînés, lui qui rêve d'un "laboratoire" sur le vieillissement.

 

"Après avoir écrit beaucoup d'articles, j'ai voulu en quelque sorte laisser un héritage intellectuel aux jeunes et aux formateurs", résume-t-il.

 

denis.dufresne@latribune.qc.ca

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 21:19

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 3 octobre 2009 
par Richard Lefrançois

Le chaos économique qui secoue le monde laissera des cicatrices profondes. Il aura précarisé l’État, des travailleurs et des retraités, mis en faillite des entreprises et fragilisé le secteur boursier. En matière de finances publiques, le pays aura rapidement transité d’une situation avantageusement excédentaire à une situation dangereusement déficitaire.

Au sortir de cette récession mondiale qui a englouti des milliers de milliards de dollars, l’heure n’est-elle pas à des questionnements de fond sur nos pratiques économiques plutôt qu’à des redditions de compte? Pouvons-nous en tirer des leçons plus éclairantes que la simple dénonciation des responsables?


La valse des fautifs et des boucs émissaires

Les premières cibles à occuper le banc des accusés furent les grandes banques américaines. Elles furent tenues responsables de l’effondrement du secteur immobilier et financier après avoir consenti massivement des prêts hypothécaires à des propriétaires non solvables. Puis ce fut au tour des hauts dirigeants des grandes entreprises en difficulté. Pendant les opérations de sauvetage, plusieurs continuaient de percevoir des bonus et hauts salaires, sans compter les primes de départ exorbitantes, ce qui ne manqua pas de semer l’indignation. Plus près de nous, dans la foulée du fiasco de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui s’est soldé par la volatilisation de 40 milliards de dollars, les gestionnaires de notre bas de laine collectif ont été incriminés pour leur manque de vigilance et leurs choix d’investissement douteux.

Par ricochet, la récession a permis de débusquer et de traduire en justice des fraudeurs sans scrupules, tandis que les autorités des marchés financiers étaient pointées du doigt pour leur faible encadrement et leur laxisme. Parallèlement, l’appareil judiciaire a été fustigé pour les peines inappropriées infligées aux escrocs en col blanc. Atterrés par la surdose des scandales, malversations et détournements de fonds, nous sommes toujours en attente des gardes fous et des lois plus sévères pour restreindre ce type de crime économique. 

Les grandes corporations, tels les constructeurs d’automobiles, ont été jugées sévèrement pour leurs piètres performances et décisions stratégiques ayant mené à de nombreuses mises à pied. On a évidemment blâmé les pétrolières d’avoir attisé la récession en fixant des prix exagérément élevés, alors qu’elles auraient pu la prévenir ou l’atténuer en allégeant le fardeau des consommateurs.   

Nos dirigeants politiques ont eux aussi encouru les foudres de la critique pour leur faible clairvoyance et leur immobilisme, ayant tardé par opportunisme partisan à reconnaître l’imminence de la récession et à réagir en conséquence. L’annonce des augmentations de tarif des services gouvernementaux ne fera qu’attiser les reproches.

            Étonnamment, les aînés se retrouvent dans le champ de tir de certains économistes et fiscalistes qui craignent que l’élévation anticipée du nombre de prestataires, combinée aux impacts de la récession, conduise à la déroute des régimes de retraite. Comme des hausses de cotisations seront inévitables, clament-ils, la jeune génération devra payer la note. Paradoxalement, ces mêmes chercheurs allèguent, dans une autre étude, que le Québec est un paradis fiscal pour les jeunes familles, en raison du crédit de soutien aux enfants et des généreux avantages fiscaux et en frais de garde. Si tel est le cas, les éventuelles augmentations de cotisations ne devraient pas les pénaliser outre mesure.


Vers un modèle de «croissance soutenable»

Pour décortiquer les dessous de la récession, il importe de nous départir du repérage des coupables. Une analyse panoramique des grands vecteurs qui font tourner la machine économique révélerait que ce ne sont pas seulement des personnes, des groupes, voire des institutions comme telles qui sont à l’origine des soubresauts économiques, mais bien un système complexe foncièrement imprévisible et difficilement gérable.

En filigrane, on découvrirait que le culte de l’argent et l’édification du profit en symbole universel de réussite sociale s’imposent comme idéologie entretenant des appétits démesurés et insatiables dans toutes les sphères d’activité : commerce, finance, consommation, spéculation et taxation. Tel est ce qu’incarne le néolibéralisme, soit un projet de société arbitraire et une vision imposée de son occupant, l’homme.

L’idée de refonder le capitalisme, évoquée notamment par le président Sarkozy pour éviter la réédition d’une récession de cette envergure, n’aura pas fait long feu. Au lieu des changements de cap espérés, nous aurons plutôt droit à un assortiment de mesures correctrices ponctuelles. Les gigantesques efforts pour redresser l’économie se traduisent désormais par l’injection de milliards de dollars pour stimuler la croissance et la consommation, et par des prêts titanesques consentis aux entreprises ou aux banques.

Or ces traitements-chocs ont encore pour finalité de soutenir le modèle dominant de croissance économique. Les plans de relance incitent à produire plus et à créer des accros de la consommation, alors que le surendettement et le gonflement artificiel du crédit constituent justement le nœud du problème. Nous endossons pourtant ces réformes, aveuglés que nous sommes par le fantasme de la croissance éternelle et en même temps complice. Nous applaudissons donc au projet qui consiste à remettre sur les rails coûte que coûte cette même vieille structure économique.

Pourtant, ce modèle de croissance, même tempéré par l’objectif illusoire du développement durable, doit son efficacité à la répartition inéquitable des revenus et à la dégradation de l’environnement physique et humain, ce qui met en péril les conditions de vie des générations actuelles et futures.

Des «objecteurs de croissance» ont proposé de remplacer le système en place axé sur le développement effréné par celui de la «croissance soutenable». Un tel modèle a l’avantage d’imposer des limites à la croissance et à l’empreinte écologique et de s’assurer que nos comportements de producteur et de consommateur soient disciplinés et orientés vers les intérêts supérieurs de la collectivité et non ceux d’une minorité.

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 19:05

(R. Lefrançois, 29 août 2009)

parole

En octobre, trois événements majeurs viendront souligner l'oralité de la littérature. Sherbrooke sera l'hôte de la Rencontre internationale sur le conte, activité qui sera suivie de la 17e édition du festival Les jours sont contés en Estrie.Parallèlement se tiendra la 31e édition du Salon du livre de l'Estrie sous la bannière de Les mots à la bouche. L'occasion se prête donc à cette brève réflexion sur la place de la parole dans l'espace affectif et relationnel des aînés.


La parole pour s'affirmer

Étant enfants, c'est par la voix (cris, pleurs, mots simples) que nos besoins primaires se sont fait entendre et que nous avons proclamé notre existence au monde. Au fil du temps, la parole s'est structurée et enrichie, forgeant la personnalité à coups de discussions, d'exposés et de conversations intimes.

Si elle est voie royale d'affirmation de soi, la parole est aussi instrument d'émancipation collective. Dans son passage vers la modernité, l'homme ne s'est-il pas affranchi des ténèbres en libérant la parole de l'emprise étouffante des prescriptions et des tabous ? Non seulement la parole fut-elle rendue à ceux qui en étaient privés, mais elle devint citoyenne et militante, outil d'engagement et de solidarité.

Pour revendiquer des droits, contester des décisions ou exprimer des attentes, chaque citoyen est aujourd'hui libre de prendre la parole sur la place publique. Lieux et circonstances ne manquent pas: assemblées politiques et associatives, audiences publiques, commissions d'enquête (p. ex. celles sur les aînés et sur les accommodements raisonnables). À un autre palier, les aînés transmettent leur volonté par procuration, en mandatant des mouvements associatifs pour les représenter. Des porte-parole font écho à leur voix sur des thèmes aussi cruciaux que l'âgisme, l'exploitation financière, la santé et la sécurité du revenu.


La parole pour transmettre

Cette parole démocratisée s'est cependant dénaturée et instrumentalisée le jour où elle fut domestiquée par la technique et assujettie aux impératifs économiques. Menottée par le temps et l'argent, elle est désormais mécanique et artificielle, réglée à la cadence du rendement et de la performance. Dans ce monde frénétique et étourdissant, marqué par l'effusion des rencontres fugitives et superficielles, jeunes et moins jeunes ressentent donc l'urgence de liens significatifs et de questionnements aptes à éveiller des résonances profondes et durables. Ce ne sont pas tant de paroles divertissantes dont ils ont besoin que de récits enveloppants qui les rassurent et leur rappellent leurs origines.

C'est ici qu'intervient l'aîné comme passeur d'héritage et dépositaire des valeurs nobles. Comment ne pas céder au charme de celui que les années ont mûri? Pour dire le pourquoi et le comment de la vie et transmettre leur savoir, quoi de mieux qu'une parole initiatique authentique et vivante, habillée de contes féeriques, d'expériences inouïes et d'anecdotes amusantes.

Certains récits fournissent des modèles exemplaires de sagesse et de vie accomplie. Raconter à un jeune l'histoire fabuleuse Le vieil homme et la mer, du romancier Hemingway, déclenche l'émerveillement et révèle du même coup des valeurs transcendantes comme la confiance, le courage, la ténacité et l'humilité. Lorsque le conte est raconté de vive voix, l'effet est spontané et magique, puisque ce ne sont pas uniquement les mots qui ravissent et émerveillent, mais également les gestes, les expressions du visage et l'intonation de la voix du conteur.

Contes et récits de vie s'avèrent enfin d'excellents véhicules narratifs pour démystifier et apprivoiser la vieillesse, saisir ses souffrances et ses joies, et reconnaître chez l'aîné un citoyen à part entière.


La parole pour soulager

Assujettis à des restrictions budgétaires et à des règles technocratiques, syndicales et corporatives strictes, les établissements d'hébergement et de soins pour personnes retraitées ou en perte d'autonomie peuvent s'avérer des milieux de vie déshumanisants. Pas étonnant si dans ces univers sophistiqués de réclusion et de prise en charge, le bénéficiaire se sent intimidé et a l'impression d'être au service de l'institution plutôt que l'inverse.

Pourquoi ne pas proposer aux résidents et au personnel soignant des ateliers de rencontres ou des soirées de contes et légendes? Il a été démontré que de telles activités suscitent beaucoup d'intérêt chez les aînés, leur permettant d'échanger ou simplement d'écouter pour s'évader mentalement en se transportant dans l'imaginaire. Les ateliers dits thérapeutiques, faisant appel à des artistes conteurs, aident à dissiper les peurs de la vieillesse, à débloquer des conflits intérieurs anciens, sinon à déposer un peu de baume sur les plaies psychologiques des résidents angoissés, esseulés ou qui ont renoncé à participer à la vie institutionnelle. Les "sans mots", ceux dont les blessures de la vie ont plongés dans un profond mutisme, ou ceux dont la maladie a fait perdre l'usage de la parole, peuvent aussi tirer profit de ces ateliers.

    Une étude française menée auprès de patients atteints par la maladie d'Alzheimer a révélé que la pratique du conte suscitait une écoute active et redonnait un sens à la vie en groupe. Les participants ont notamment vu la qualité de leur sommeil s'améliorer, tandis que diminuaient leur irritabilité et leurs comportements perturbateurs.

Nos techniques modernes d'information et de communication ont induit des effets pervers comme en fait foi la surabondance de nos contacts stériles et de nos propos futiles. Plusieurs voies peuvent être explorées pour restaurer la parole afin qu'elle devienne porteuse de sens et d'altérité, condition sine qua non pour accéder à plus d'humanité.

Qui d'entre nous n'a pas conservé précieusement en mémoire le souvenir d'une soirée de contes au coin du feu ou dans des endroits sans pareils comme les fameuses Mines de Capelton? L'Estrie nous convie cet automne à de tels rendez-vous envoûtants.

Richard Lefrançois est

professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(c) 2009 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

 

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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 19:02

(R. Lefrançois, 8 août 2009)

jeux-argent-copie-2.jpgLes archéologues ont découvert dans les civilisations anciennes des vestiges et artefacts évoquant l'engouement et le pouvoir d'attraction exercés par les jeux de hasard. Les jeux de dés ou de tarot, parmi d'autres, remplissaient une fonction de clairvoyance, à la manière des arts divinatoires actuels tels que la cartomancie, les feuilles de thé et la boule de cristal. Souvent empreints d'un sens religieux profond, ces amusements servaient principalement à prédire et à interpréter la volonté des dieux.


Démocratisation des jeux

Étant perçus comme une déchéance, les jeux de hasard et d'argent ont pendant longtemps été prohibés avant de s'imposer. Démocratisés, ils ont envahi l'espace ludique des adultes de tous âges et de tous milieux sociaux. Ils ont même fait leur niche sur Internet. Au dépanneur du coin, la consommation des cartes à gratter ou des billets de loterie fait office de rituel quotidien, tandis que les casinos, ces nouveaux temples de la postmodernité, rayonnent comme lieux de culte dédié à l'argent.

N'étant plus l'apanage des aristocrates ou des riches rentiers, ces jeux tirent l'essentiel des bénéfices du nombre élevé de petits joueurs. Or ils rapportent gros. Au Canada seulement, les montants annuels injectés dans l'économie légalisée du jeu dépassent le chiffre astronomique de 30 milliards de dollars.

Ces divertissements de masse ne sont pas malsains en soi, pour autant qu'on s'y consacre avec retenue et qu'ils ne constituent pas l'unique source de loisir. Ils mettent à l'épreuve les habiletés de concentration et de mémorisation, encouragent les sorties en groupe, aident à nouer de nouveaux liens sociaux, en plus de divertir et de combattre l'ennui ou la solitude. Ces avantages sont fort prisés par les aînés. En revanche, les jeux passifs (vidéopokers, billets de loterie, gratteux) n'entretiennent que l'espoir souvent déçu d'un gain facile.

Philippe Bouvard faisait remarquer que le jeu permet de tout oublier, y compris qu'on n'a pas les moyens de jouer. En effet, l'essence même du risque qui s'y rattache, c'est de passer inaperçu. Comme la pièce de monnaie, le jeu d'argent comporte donc deux faces. Son côté reluisant est source de plaisir. Son côté terne nous rappelle le danger de développer une dépendance psychologique et de vivre des déboires personnels et familiaux. Endettement, faillite financière, toxicomanie, maladie, délit criminel, rupture conjugale et suicide figurent parmi les redoutables périls du jeu pathologique.

Signalons au passage que plusieurs personnes découvrent les jeux d'argent une fois à la retraite et que les sommes jouées augmentent avec l'âge. Les 55 ans et plus fréquentent plus que jamais les casinos, bien que leurs préférences demeurent dirigées vers le bingo et les loteries. En Estrie, les adeptes féminines du jeu, dans cette même tranche d'âge, représentent près de 30 % des joueurs, comparativement à 17 % chez les hommes. Dans notre région, on estime à 5 % la proportion des joueurs excessifs, ce qui représente plus de 4000 individus.


L'État, marchand d'illusions

Au vu des tendances de clientèles, Loto-Québec courtise de façon particulière les aînés, d'autant plus que leurs effectifs sont en hausse et que la génération des baby-boomers est financièrement plus à l'aise que les précédentes. Loto-Québec, certains clubs de l'âge d'or et d'autres agences privées organisent même des voyages de groupe vers les casinos, qualifiés de "busload of fun". Des incitatifs alléchants peuvent être proposés, comme des points privilèges échangeables contre de l'argent, le droit d'entrée, des cartes fidélité ou des coupons repas. Les automobilistes, de leur côté, ont accès à un espace de stationnement garanti et gratuit. Bref, tout est mis en place pour susciter de la bonne humeur et pousser à dépenser.

Or, dans une société qui proclame haut et fort se soucier du bien-être et de l'épanouissement des aînés, on s'attendrait à ce que ces derniers reçoivent, pour d'autres types d'activités, la même qualité d'attention que celle prodiguée dans les casinos. Au lieu d'orchestrer les pratiques douteuses décrites précédemment, pourquoi l'État ne pose-t-il pas à leur égard des gestes d'appui et de reconnaissance? Il pourrait s'agir notamment d'alléger leurs frais de transport en commun ou de stationnement dans les lieux publics, comme les hôpitaux, les CLSC, y compris les lieux culturels.

Confronté à l'accablante réalité du jeu pathologique, Loto-Québec persiste pourtant à tenir un discours qui se veut rassurant quant aux retombées positives des jeux d'argent. Même si cette "industrie" lucrative crée des emplois et génère des profits pouvant servir à lutter contre le chômage ou à financer des programmes sociaux, les impacts négatifs demeurent énormes, d'abord en coût humain et économique, mais également au regard de l'idéal de société qui se trouve promu.

De surcroît, un tel discours glorificateur met entre parenthèses les drames individuels qui se "jouent". Les sommes inouïes vainement dépensées par la totalité des joueurs, lesquels se retournent ensuite vers la société pour solliciter du soutien, combinées aux innombrables séquelles du jeu pathologique, occasionnent une dépense sociale injustifiée qui outrepasse les gains accumulés. Un joueur pathologique coûterait au bas mot 56 000 $ annuellement à la société.

Vis-à-vis les jeux d'argent, nous sommes tous foncièrement libres de gérer notre vie comme bon nous semble. Mais au-delà de ce principe sacré, nous demeurons responsables de nos actions, envers nous-mêmes, autrui et la société. N'empêche que des mesures émanant de l'État ou des associations pour aînés sont rendues nécessaires pour prévenir la dépendance au jeu et favoriser l'autonomie des retraités. La société n'a-t-elle pas tout intérêt à déployer des stratégies efficaces pour mettre en garde les joueurs contre les risques auxquels ils s'exposent, pour promouvoir des sentiers de divertissement plus sains et constructifs que les jeux d'argent et surtout pour convaincre de ne pas confier son destin à des marchands de rêves et d'illusions?

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

La Presse, Patrick Sanfaçon

(c) 2009 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

 

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