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Savoir s'entourer et apprivoiser sa solitude - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 11:46


New Picture(R. Lefrançois, La Tribune, 8/12/2007).


Le cadre religieux qui jadis formait l'ossature du temps des Fêtes a cédé la place à la foire marchande. N'empêche qu'en cette période de réjouissances, la majorité des Québécois demeurent fidèles à leurs coutumes et à leurs traditions. Pour 80 pour cent des aînés, la Nativité et le jour de l'An comptent parmi les événements festifs et familiaux les plus importants. Quel précieux moment pour fraterniser et se divertir dans la magie des belles décorations et la musique de Noël! En plus de participer à l'échange de voeux et cadeaux, les aînés aiment rappeler les bons souvenirs et se rendre utiles en aidant par exemple à la préparation des repas.

La période des Fêtes est l'occasion de réfléchir sur un sujet préoccupant: l'isolement et la solitude des aînés. Une personne est isolée socialement lorsque ses contacts avec les autres sont réduits au strict minimum et qu'elle est peu intégrée dans son milieu. Une personne éprouve de la solitude quand elle perçoit être privée de liens affectifs significatifs, d'où ses frustrations, son manque d'estime de soi et un profond sentiment de tristesse.


Portrait de la solitude chez les aînés

En général, nos aînés sont loin d'être abandonnés. Ils reçoivent régulièrement de l'attention et du soutien de la part des membres de leur famille, des amis et des bénévoles. On constate toutefois une recrudescence de l'isolement et de la solitude chez les plus âgés. Plusieurs explications ont été proposées.

En premier lieu, le réseau des aînés rétrécit avec le temps, en raison du décès des proches et amis, et surtout du compagnon de vie. Ensuite, le fait de vivre seul est un facteur aggravant de solitude et d'isolement. Ici, le contraste entre les sexes est frappant: seulement 27 pour cent des hommes sont esseulés, contre 63 pour cent chez les femmes. Par ailleurs, lorsque survient la maladie ou la perte d'autonomie, plusieurs sont confinés à la maison, ce qui réduit d'autant les occasions de contact. La méconnaissance des ressources disponibles et l'épuisement des aidants familiaux contribuent à les isoler davantage. Enfin, d'autres personnes sont coupées du monde extérieur parce qu'elles n'ont pas d'automobile ou pas accès à des services de transport.

En revanche, certains aînés choisissent de vivre à l'écart de leurs proches. J'ai déjà constaté, avec étonnement, que certaines personnes très âgées préféraient réduire leurs interactions avec la famille pour ne pas être un fardeau, éviter d'avoir à rendre des services, camoufler leurs incapacités ou préserver leur intimité.

Les conséquences de l'isolement et de la solitude sur la santé physique et mentale s'avèrent souvent désastreuses. La personne isolée ou souffrant de solitude chronique s'expose à un sommeil perturbé, à négliger son alimentation et ses exercices physiques. Les statistiques sur la détresse psychologique, le jeu pathologique, la consommation abusive d'alcool et de psychotropes, de même que le suicide des aînés nous le rappellent cruellement.


Briser le cercle infernal de l'isolement et de la solitude

Comment les aînés peuvent-ils rompre leur isolement et apaiser leur sentiment de solitude? Ils ont tout à gagner à fournir les efforts nécessaires pour éviter de vivre en marge, et à occuper utilement et agréablement leur temps. Cultiver l'amitié, s'adonner au bénévolat ou à son passe-temps préféré, rédiger ses mémoires, et participer à un groupe de rencontre constituent d'excellents antidotes contre la solitude et l'isolement.

La famille et les intervenants ont aussi un rôle à jouer. Il consiste en priorité à prendre en charge le problème de l'isolement, en augmentant par exemple la fréquence des visites et des échanges, et en incitant les aînés à se doter d'outils de communication adéquats (Internet, téléphone cellulaire, etc.). Ces moyens sont l'occasion de les aider et de leur prêter une oreille attentive, voire de leur confier des tâches faciles et gratifiantes.

Mais conjurer la solitude lourde, celle qui perdure, même en étant bien entouré comme le rappelait David Reisman dans La foule solitaire, requiert une approche différente. Cela exige un travail sur soi-même, le développement de nouvelles habiletés et l'adoption de saines habitudes de vie. On peut découvrir derrière cette solitude profondément ancrée, laquelle ravive souvent de vieilles blessures, une dépendance affective tenace qui empêche d'atteindre la paix intérieure. Il ne s'agit pas tant de lutter désespérément contre cette souffrance que d'apprendre à l'apprivoiser et à lui insuffler un nouveau sens.

Dans notre monde postmoderne où tout défile à une allure vertigineuse, où règnent la confusion et l'errance sur le plan des valeurs, il est plus important que jamais de s'accorder des moments privilégiés de recueillement consacrés uniquement à soi. On retrouve ainsi les points d'ancrage essentiels avec soi-même et avec le monde extérieur.

En définitive, on peut dire qu'il existe deux façons de se positionner face à la solitude. L'une consiste à l'éviter, à la repousser à tout prix, l'autre à s'en faire une précieuse alliée. Le choix entre la solitude-souffrance et la solitude-plénitude est une décision qui nous appartient!

© 2007 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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