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Mettre les aînés à l’abri des tourmentes politique et économique - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 21:43

(R. Lefrançois, La Tribune, 6/12/2008)

Peut-on redouter que la convergence de deux crises majeures, l’une politique, l’autre économique, pouvant même se métamorphoser en crise constitutionnelle, vienne mettre en veilleuse, voire en péril, les mesures gouvernementales annoncées ou promises à Ottawa ou à Québec pour soutenir les aînés? Parmi ces engagements, mentionnons la bonification de l’accès aux soins de santé (un médecin de famille pour tous, la réduction des temps d’attente à l’urgence ou en chirurgie), le soutien aux aidants naturels et la mise à contribution les travailleurs âgés comme levier économique à la faveur de programmes de conciliation emploi-retraite. Or, au moment même où s’amorce une redoutable récession économique, la classe politique vacille et semble en proie à la dérive. Alors que s’intensifient les luttes politiques stériles, comment parviendrons-nous concrétiser les beaux projets conçus à l’intention des aînés? En ces temps difficiles où notre économie sera sérieusement «malmenée», ne convient-il pas d’éviter à tout prix que nos institutions politiques soient «mal menées»?


Une agitation politique qui tombe mal

Tout porte à croire que le ralentissement économique qui frappera durement le pays en 2009 se traduira par de nombreuses pertes d’emplois, que des programmes sociaux seront revus à la baisse, ou carrément abandonnés, et que les compressions budgétaires toucheront d’une façon ou d’une autre les plus démunis, y compris les aînés en situation de précarité. Devant l’ampleur des défis à relever, on est en droit d’espérer que nos dirigeants mettent fin à leurs vieilles rivalités et fassent preuve de réalisme, d’imagination créatrice, de maturité politique et de leadership.

Hélas, tel n’est pas le cas. Le spectacle surréaliste et chaotique auquel nous assistons actuellement à Ottawa, et qui rebondit forcément dans la campagne électorale québécoise, démontre à quel point les élus agissent parfois de façon irresponsable et démesurée, surtout à l’approche d’une grande secousse économique. Au lieu d’enclencher une série de mesures audacieuses et proactives pour stimuler la croissance, le gouvernement Harper a choisi de se replier sur lui-même. Il a troqué le mot «servir» par celui de «survivre». En misant sur des réductions de dépenses pour minimiser le déficit anticipé, il cherche à séduire l’électorat et à éviter d’être refoulé dans l’opposition. Ce faisant, il fait fi de l’avis de la plupart des experts qui, dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, recommandent de présenter un budget déficitaire sur une courte période. La voie opposée que la machine conservatrice privilégie plonge non seulement le pays dans l’incertitude et l’inquiétude, mais fragilisera davantage les laissés-pour-compte.

La coalition formée en vue de diriger éventuellement le pays a été initiée essentiellement à des fins stratégiques et pour nourrir des ambitions politiques. Elle  n’offre pas plus de garanties que les intérêts du public seront bien servis, surtout en pleine débâcle économique. Comment les marchés réagiront-ils en présence d’un tel gouvernement de remplacement?  

À ce moment-ci, le déroulement de la campagne électorale québécoise n’est guère plus reluisant ou réjouissant. Ici aussi, de nombreux acteurs politiques font preuve d’opportunisme en cherchant à exploiter la situation de fragilité politique fédérale. Ceux qui brandissent  des épées de Damoclès et attisent la peur chez les aînés font écho à de sombres épisodes de notre passé politique. On ne s’étonnera donc point qu’en raison des propos démagogiques, populistes et opportunistes des politiciens, le taux d’abstention électoral soit si élevé. Certains soutiennent qu’une refondation du capitalisme est  devenue nécessaire pour éviter un effondrement du système économique. Ne faut-il pas revenir aux principes démocratiques fondamentaux pour éviter les crises politiques?         


Renforcer la concertation des associations d’aînés

Les mouvements et associations voués à la cause des aînés ont plus que jamais avantage à se serrer les coudes dans ce contexte inédit de crise, en réitérant haut et fort leurs revendications et en sensibilisant le public sur les besoins criants. Ces organismes devront s’assurer que nos dirigeants politiques n’utilisent pas la tourmente économique comme prétexte pour abolir ou différer des projets et programmes bien amorcés. Il s’agit en particulier de mettre fin aux longues listes d’attente en chirurgie, de combler la pénurie de personnel médical et de régler le problème des «salles d’urgence inhospitalières». Également, reconnaissons que le maintien à domicile des personnes aînées passe inéluctablement par un soutien significatif aux aidants naturels. Ceux-ci accomplissent une tâche lourde et exigeante qui mérite non seulement des dégrèvements fiscaux, mais bel et bien un salaire comme plusieurs l’ont réclamé. Doivent s’ajouter des mesures de répit efficaces, de l’aide accru aux ressources intermédiaires, le développement d’un réseau intégré de services à domicile, idéalement de type coopératif ou caritatif. Enfin, l’idée d’un allègement fiscal progressif pour les travailleurs âgés qui désirent demeurer sur le marché du travail doit faire son chemin et s’actualiser à court terme. 

Dans l’imaginaire collectif, on se représente encore les 60 ans et plus comme une population homogène et silencieuse, retranchée de la vie active, confinée à l’espace privée, composée majoritairement de gens bien nantis. C’est pourtant un mythe bien ancré. Heureusement, c’est grâce aux aînés et à ceux qui les soutiennent si nos mentalités et notre regard sur la vieillesse évoluent, si nos dirigeants créent des commissions d’enquête pour faire la lumière sur leurs conditions de vie et si des initiatives sont mises de l’avant pour améliorer leur sort. C’est pourquoi, devant les événements politiques et économiques actuels, la concertation des organismes communautaires et la solidarité entre aînés semblent plus impératives que jamais.

© 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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