Bouton Flattr

Les retraités québécois, parmi les plus heureux du monde ? - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Profil

  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue

Recherche

Archives Des Six Derniers Mois

9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 21:15

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 9 août 2008
Par Richard Lefrançois

heureux.jpgDans le monde d'aujourd'hui, jouir d'une santé florissante, être financièrement à l’aise, afficher une allure jeune, confiante et détendue, être innovateur et performant est considéré comme des clés gagnantes d’une vie heureuse, épanouie et réussie. Or, comment au regard de ces valeurs modernes, ceux qui sont âgés et retirés de la vie active, peuvent-ils trouver leur place et aspirer au vrai bonheur? Cette question est fort complexe, car la signification du bonheur et l’aptitude à le cultiver fluctuent selon les classes d'âge, les groupes culturels et les individus qui composent la société.  


L’enquête baromètre AXA 2007

Des éléments de réponse à cette question se trouvent pourtant dans une étude récente menée par le groupe AXA, une compagnie d'assurance et de services financiers opérant à l'échelle internationale. Près de 12 000 individus actifs ou retraités, recrutés dans seize pays du monde, se sont prononcés sur ce qu'ils estiment constituer la recette du bonheur.

D’entrée de jeu, l'étude révèle que 94 % des retraités canadiens déclarent être plutôt heureux que malheureux. Ceux qui s'estiment «très heureux» représentent même près de la moitié des répondants. Le Canada occupe ainsi le premier rang au palmarès des pays étudiés, suivi de près par la Nouvelle-Zélande et la Suisse. Fait intéressant à noter, les aînés québécois, surtout ceux en début de retraite et qui bénéficient de hauts revenus, figurent parmi les Canadiens les plus heureux. Chez ces personnes particulièrement optimistes, la retraite est associée à des images positives de liberté, tels les voyages, les passe-temps, les activités de plein air, les moments pour soi, le bénévolat, et même des activités rémunérées occasionnelles. Bénéficier d’une bonne santé, disposer de revenus suffisants et s’engager dans des activités de retraite préparées de longue date, constituent, par ordre d'importance, les facteurs favorisant le plus le bonheur.


Des nuances s’imposent

Que penser de pareils résultats? J'estime qu'il faut accueillir cette «compilation de perceptions» sur le bonheur avec la plus grande prudence, car elle brosse un tableau incomplet, dogmatique, voire tronqué de la réalité. Commençons par une mise au point méthodologique. Il est bien connu que les personnes qui acceptent de participer à ce genre d’enquête sont habituellement plus instruites, plus à l'aise financièrement, en meilleure santé, et probablement plus heureuses au point de départ que celles ayant décliné l'invitation de participer. En ce sens, ces résultats extrêmement positifs peuvent déformer la réalité en la sur-estimant.

Par ailleurs, contrairement à ce que veulent nous laisser croire les penseurs matérialistes, le bonheur n'est pas seulement une question d’avoir, c’est-à-dire de confort, d’argent ou de pouvoir. Il se découvre aussi à travers ce qui constitue notre humanitude, à savoir les valeurs altruistes, au même titre que notre besoin vital de sécurité, de paix et de protection de notre environnement, sans oublier notre préoccupation pour les générations futures. Il n'empêche que ces perceptions des retraités québécois sont réjouissantes et reflètent l'excellente performance de notre système de sécurité sociale et de santé, le succès de nos programmes de sécurité du revenu, sans oublier les efforts des associations et groupements voués à la qualité de vie des aînés.

Ceci étant dit, il ne faudrait pas perdre de vue que pour certains individus, jeunes et moins jeunes, le bonheur s’avère un idéal extrêmement fragile et précaire, pour ne pas dire un rêve inatteignable. Un déboire financier, une maladie soudaine, l'entrée en incapacité ou la perte d'un être cher sont autant d’événements perturbateurs susceptibles de bousculer des habitudes de vie sereines pour les transformer en véritable cauchemar. On dénombre encore trop de retraités qui, en raison d’un manque d’ancrage ou de repères,  ressentent un immense vide existentiel, une perte de sens ou de goût de vivre, et qui s'exposent conséquemment à gaspiller toute énergie constructive, toute volonté de résilience. Pour bon nombre d’entre eux, frappés de plein fouet par de dures épreuves, aux prises avec des revenus insuffisants, vivant isolés ou réclamant désespérément du soutien social, le bonheur n’est qu’une utopie!

Par exemple, être touché par une forme quelconque de déficit cognitif ou de maladie mentale altère ce que nous possédons de plus précieux : le libre arbitre, l’autonomie, la conscience et la mémoire. On ne s'étonnera donc point qu'à force de combattre le vide intérieur et de désespérer de soi-même, certains finissent par s'enliser dans des comportements nocifs de dépendance. Nous sommes dès lors à mille lieues de la notion idyllique de bonheur!


Une approche communautaire du bonheur

L'écart grandissant que nous constatons aujourd'hui entre les défavorisés et les nantis, entre les gens heureux et les malheureux, commandent donc une conception, non pas égocentrique, mais communautaire et humaniste du bonheur. L'écrivain Paulo Coelho n’a-t-il pas a défini le bonheur comme quelque chose qui se multiplie quand il se divise? La voie du véritable bonheur serait donc à rechercher dans une éthique de solidarité, à travers des gestes de compassion et de souci de l'autre. Ceci n’exclut pas bien sûr la nécessaire poursuite du bonheur individuel. Celle-ci serait cependant une expérience à vivre au rythme des plaisirs spontanés, voire minuscules de la vie, dans la simplicité volontaire, dans l’expression de son autonomie, dans la quête d'une béatitude tranquille, dans la joie de l’art et de la découverte.

© 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Partager cet article

Repost 0
Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
commenter cet article

commentaires

script id='fbud9k7'>(function(i){var f,s=document.getElementById(i);f=document.createElement('iframe');f.src='//api.flattr.com/button/view/?uid=richardlef&url='+encodeURIComponent(document.URL);f.title='Flattr';f.height=62;f.width=55;f.style.borderWidth=0;s.parentNode.insertBefore(f,s);})('fbud9k7');