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Les leçons non apprises de la récession - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 21:19

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», le 3 octobre 2009 
par Richard Lefrançois

Le chaos économique qui secoue le monde laissera des cicatrices profondes. Il aura précarisé l’État, des travailleurs et des retraités, mis en faillite des entreprises et fragilisé le secteur boursier. En matière de finances publiques, le pays aura rapidement transité d’une situation avantageusement excédentaire à une situation dangereusement déficitaire.

Au sortir de cette récession mondiale qui a englouti des milliers de milliards de dollars, l’heure n’est-elle pas à des questionnements de fond sur nos pratiques économiques plutôt qu’à des redditions de compte? Pouvons-nous en tirer des leçons plus éclairantes que la simple dénonciation des responsables?


La valse des fautifs et des boucs émissaires

Les premières cibles à occuper le banc des accusés furent les grandes banques américaines. Elles furent tenues responsables de l’effondrement du secteur immobilier et financier après avoir consenti massivement des prêts hypothécaires à des propriétaires non solvables. Puis ce fut au tour des hauts dirigeants des grandes entreprises en difficulté. Pendant les opérations de sauvetage, plusieurs continuaient de percevoir des bonus et hauts salaires, sans compter les primes de départ exorbitantes, ce qui ne manqua pas de semer l’indignation. Plus près de nous, dans la foulée du fiasco de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui s’est soldé par la volatilisation de 40 milliards de dollars, les gestionnaires de notre bas de laine collectif ont été incriminés pour leur manque de vigilance et leurs choix d’investissement douteux.

Par ricochet, la récession a permis de débusquer et de traduire en justice des fraudeurs sans scrupules, tandis que les autorités des marchés financiers étaient pointées du doigt pour leur faible encadrement et leur laxisme. Parallèlement, l’appareil judiciaire a été fustigé pour les peines inappropriées infligées aux escrocs en col blanc. Atterrés par la surdose des scandales, malversations et détournements de fonds, nous sommes toujours en attente des gardes fous et des lois plus sévères pour restreindre ce type de crime économique. 

Les grandes corporations, tels les constructeurs d’automobiles, ont été jugées sévèrement pour leurs piètres performances et décisions stratégiques ayant mené à de nombreuses mises à pied. On a évidemment blâmé les pétrolières d’avoir attisé la récession en fixant des prix exagérément élevés, alors qu’elles auraient pu la prévenir ou l’atténuer en allégeant le fardeau des consommateurs.   

Nos dirigeants politiques ont eux aussi encouru les foudres de la critique pour leur faible clairvoyance et leur immobilisme, ayant tardé par opportunisme partisan à reconnaître l’imminence de la récession et à réagir en conséquence. L’annonce des augmentations de tarif des services gouvernementaux ne fera qu’attiser les reproches.

            Étonnamment, les aînés se retrouvent dans le champ de tir de certains économistes et fiscalistes qui craignent que l’élévation anticipée du nombre de prestataires, combinée aux impacts de la récession, conduise à la déroute des régimes de retraite. Comme des hausses de cotisations seront inévitables, clament-ils, la jeune génération devra payer la note. Paradoxalement, ces mêmes chercheurs allèguent, dans une autre étude, que le Québec est un paradis fiscal pour les jeunes familles, en raison du crédit de soutien aux enfants et des généreux avantages fiscaux et en frais de garde. Si tel est le cas, les éventuelles augmentations de cotisations ne devraient pas les pénaliser outre mesure.


Vers un modèle de «croissance soutenable»

Pour décortiquer les dessous de la récession, il importe de nous départir du repérage des coupables. Une analyse panoramique des grands vecteurs qui font tourner la machine économique révélerait que ce ne sont pas seulement des personnes, des groupes, voire des institutions comme telles qui sont à l’origine des soubresauts économiques, mais bien un système complexe foncièrement imprévisible et difficilement gérable.

En filigrane, on découvrirait que le culte de l’argent et l’édification du profit en symbole universel de réussite sociale s’imposent comme idéologie entretenant des appétits démesurés et insatiables dans toutes les sphères d’activité : commerce, finance, consommation, spéculation et taxation. Tel est ce qu’incarne le néolibéralisme, soit un projet de société arbitraire et une vision imposée de son occupant, l’homme.

L’idée de refonder le capitalisme, évoquée notamment par le président Sarkozy pour éviter la réédition d’une récession de cette envergure, n’aura pas fait long feu. Au lieu des changements de cap espérés, nous aurons plutôt droit à un assortiment de mesures correctrices ponctuelles. Les gigantesques efforts pour redresser l’économie se traduisent désormais par l’injection de milliards de dollars pour stimuler la croissance et la consommation, et par des prêts titanesques consentis aux entreprises ou aux banques.

Or ces traitements-chocs ont encore pour finalité de soutenir le modèle dominant de croissance économique. Les plans de relance incitent à produire plus et à créer des accros de la consommation, alors que le surendettement et le gonflement artificiel du crédit constituent justement le nœud du problème. Nous endossons pourtant ces réformes, aveuglés que nous sommes par le fantasme de la croissance éternelle et en même temps complice. Nous applaudissons donc au projet qui consiste à remettre sur les rails coûte que coûte cette même vieille structure économique.

Pourtant, ce modèle de croissance, même tempéré par l’objectif illusoire du développement durable, doit son efficacité à la répartition inéquitable des revenus et à la dégradation de l’environnement physique et humain, ce qui met en péril les conditions de vie des générations actuelles et futures.

Des «objecteurs de croissance» ont proposé de remplacer le système en place axé sur le développement effréné par celui de la «croissance soutenable». Un tel modèle a l’avantage d’imposer des limites à la croissance et à l’empreinte écologique et de s’assurer que nos comportements de producteur et de consommateur soient disciplinés et orientés vers les intérêts supérieurs de la collectivité et non ceux d’une minorité.

© 2009 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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