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Les immigrants âgés : une nouvelle branche de l'âgisme ? - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 19:27

R. Lefrançois, La Tribune (Sherbrooke, Qc)
Réflexion/Opinions, samedi, 7 juin 2008, p. 21

Au lendemain des travaux de la commission Bouchard-Taylor, le regard que nous portons sur l'immigration demeure ambivalent. À certains égards, nous nous enorgueillissons de notre réputation de société pluraliste, respectueuse des différences culturelles et des valeurs liées à l'appartenance ethnique. Nous sommes particulièrement fiers de l'image gratifiante que nous renvoie la communauté internationale, celle d'un peuple accueillant et généreux vis-à-vis de ses minorités culturelles.

En revanche, la présence accrue des immigrants suscite des inquiétudes, attisant parfois des attitudes ou comportements discriminatoires, voire des gestes regrettables d'intolérance. Les commentaires disgracieux entendus à l'endroit de nos immigrants lors des récentes audiences nationales sur les accommodements raisonnables cachent un malaise ou une incompréhension. Selon un récent sondage de Léger Marketing, 51 pour cent de la population appuie la thèse adéquiste voulant que notre capacité d'accueil des immigrants ait été atteinte.

Les consultations publiques qu'a tenues la commission Bouchard-Taylor ont servi de révélateur social, en montrant à l'ensemble de nos concitoyens que des immigrants parvenaient difficilement à s'adapter à leur société d'accueil ou étaient victimes d'ostracisme. Nous avons appris que, même si un grand nombre vit dans la précarité, la plupart cherchent à mieux s'intégrer et désirent ardemment partager les idéaux et aspirations des Québécois dits "de souche". Ces consultations ont mis au jour notre frilosité et notre fragilité sur la problématique complexe de l'immigration, en plus de soulever des questionnements de fond sur notre identité comme peuple.


L'hypervieillissement des immigrants

Cependant, un aspect semble avoir échappé à l'attention des commissaires: le vieillissement de la population immigrante et ses conséquences. Que savons-nous véritablement sur le vécu de l'immigrant d'âge mûr ou retraité, sur ses besoins actuels et sur la façon dont il souhaite vieillir et terminer sa vie? Les autorités publiques, les intervenants professionnels, les aidants familiaux et les organismes communautaires sont-ils suffisamment préparés à faire face au phénomène du vieillissement ethnique?

Voyons quelques faits éloquents. Notons d'abord que chez les Canadiens de 65 ans et plus, on dénombre proportionnellement plus d'immigrants (20 pour cent) que de natifs (13 pour cent). Puis, d'après un récent sondage, 26 pour cent des nouveaux immigrants âgés disposaient d'un revenu se situant dans le quartile inférieur, comparativement à 15 pour cent chez les non-immigrants âgés. Par contre, ceux établis au Canada avant 1981 ont vu leur situation financière sensiblement s'améliorer au fil du temps. Mais un fait demeure: les immigrants de 50 ans et plus sont nettement désavantagés sur le marché de l'emploi et figurent parmi les personnes les plus précaires. Étant moins couverts par notre système de sécurité sociale que les natifs, les retraités doivent compter sur l'épargne accumulée au cours de la vie active et sur l'aide des organismes communautaires ou bénévoles. Les perspectives d'avenir de cette prochaine génération d'immigrants âgés ne sont guère reluisantes, laissant présager des jours difficiles si nous ne parvenons pas à mettre fin à leur sous-employabilité et à endiguer les problèmes de discrimination et de pauvreté.


Lever les obstacles

Pour les aînés issus des communautés ethniques ou culturelles, l'avancée en âge représente un double défi. En plus d'avoir à relever les difficultés propres à la vieillesse, ils ont à surmonter les irritants découlant de leur statut même d'immigrant. Imaginons un instant ce que serait notre vie d'immigrant si nous éprouvions encore des difficultés à parler convenablement le français, avions peu de contacts sociaux, étions isolés de nos proches, en plus d'être malades ou en perte d'autonomie!

Il faut savoir que plusieurs ont été lésés sur le marché du travail pendant de longues années. Pour certains, les diplômes obtenus dans leur pays d'origine n'ont jamais été reconnus. La situation des sous-scolarisés ou des non qualifiés est plus précaire encore. Leur désavantage social est souvent l'aboutissement d'un cumul de handicaps liés à des difficultés d'insertion professionnelle.

Vivant dans un état quasi permanent d'insécurité financière ou d'isolement social, les immigrants de 50 ans et plus sont plus susceptibles d'être touchés par des troubles de santé physique ou mentale. Pour des motifs culturels ou religieux, certains sont réticents à subir des tests de dépistage, non pas tellement en raison de la barrière de la langue, mais parce qu'ils adhèrent à des pratiques culturelles qui leur interdisent de le faire. Les établissements de santé font souvent appel à un proche ou à un membre de la communauté ethnique pour agir comme interprète. Cette pratique provoque énormément de stress chez les familles ou les personnes sollicitées qui, en plus, doivent fournir gratuitement ces prestations.

On déplorera donc l'absence de ressources institutionnelles pour pallier ces lacunes. Des efforts devraient aussi être déployés pour combler le manque d'information sur la prévention et la gestion des maladies à l'intention des groupes minoritaires, en particulier les aînés, et inciter ces derniers à recourir davantage aux services de soins à domicile.

Il est déplorable que les immigrants, dont la contribution à notre enrichissement économique, démographique et culturel est indéniable, ne soient pas toujours accueillis à bras ouverts, surtout en fin de parcours de vie. Toutefois, la commission Bouchard-Taylor nous a ouvert les yeux. Il semble que nous soyons plus disposés que jamais à considérer les immigrants comme des citoyens à part entière.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(c) 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080607·TB·0029

 

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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