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Les aînés, fiers bâtisseurs d'un monde meilleur - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:23

fiers-batisseurs-copie-1.jpgR. Lefrançois, La Tribune (Sherbrooke, Qc)Réflexion/Opinions, samedi, 3 mai 2008, p. 23


 

 



La Semaine de l'action bénévole, qui s'achève aujourd'hui, est l'occasion idéale de rendre hommage aux millions de bénévoles québécois, et de souligner leur apport social inestimable. La plus récente étude sur le don, le bénévolat et la participation des Canadiens, publiée en 2004, révèle que les sommes versées à des organismes sans but lucratif ou de bienfaisance ont totalisé neuf milliards de dollars.

Annuellement, les moins de 35 ans contribuaient en moyenne pour 200 $, comparativement à 572 $ chez les 65 ans et plus. Par ailleurs, les aînés consacraient plus de temps au bénévolat (245 heures) que les jeunes (138 heures).

À l'heure où les besoins d'assistance sont immenses, le sens de la solidarité de nos concitoyens semble donc demeurer une valeur sûre. Et tout porte à croire qu'en 2008, l'engagement des Québécois maintiendra sa cadence. On peut aussi anticiper que leur contribution augmentera, puisqu'ils sont plus nombreux, en meilleure santé et davantage soucieux d'épauler les plus démunis.

Les aînés appuient généreusement les campagnes locales de financement et d'aide humanitaire internationale, soutiennent fidèlement les banques alimentaires, les refuges, la vie artistique, les organisations sportives, la recherche médicale, sans oublier les associations caritatives ou religieuses.

Leur intérêt soutenu et indéfectible pour ces différentes causes sociales s'explique par une plus grande conscientisation de l'importance de l'entraide, dans la foulée des mouvances suscitées par le vieillissement démographique, la nouvelle économie et les domaines d'intervention laissés vacants par l'État. Ils sont conscients que le nouveau contexte sociologique pose de nouveaux défis aux différents agents de l'action communautaire, mais représente aussi des perspectives d'innovation exceptionnelles.


Les aspects voilés de l'engagement social des aînés

Les aînés jouent donc un rôle capital en matière d'engagement officiel, celui placé sous l'égide des organismes philanthropiques reconnus. Cependant, il est déplorable que l'on passe sous silence un volet où leur contribution est tout aussi vitale et significative: l'assistance informelle. On sait pertinemment que les aînés sont à l'avant-poste dans ce domaine et excellent lorsqu'il s'agit de prêter secours à leurs proches, amis ou voisins, de les dépanner financièrement, de leur consacrer du temps, de leur prodiguer des soins de santé, de leur apporter du soutien psychologique et du réconfort.

La statistique ne saurait capter la pleine mesure de cette modalité d'assistance non rémunérée, une zone grise difficile à circonscrire et à jauger. On peut même se demander s'il est approprié de chercher à comptabiliser ce qui, par essence, relève du domaine de l'altruisme: les gestes de compassion et les actes ou attitudes qui visent à apaiser la misère et la souffrance, à insuffler des étincelles de bonheur, à rendre la vie simplement plus supportable.

Les activités non rémunérées représentent un gigantesque chantier d'intervention qui allège considérablement la charge de l'État, le délestant du même coup de plusieurs responsabilités. Comment expliquer que l'État, qui profite à maints égards des retombées sociales et économiques du bénévolat, soit si peu enclin à accorder aux organismes du milieu les ressources à la hauteur de leur contribution? Nous faisons ici référence à l'insuffisance du soutien à la formation des bénévoles, au sous-financement des organismes communautaires et à l'absence d'activités de promotion du bénévolat.

On ne peut que dénoncer la contradiction dans laquelle se placent nos élus politiques à l'égard des organismes bénévoles dont les besoins sont de plus en plus criants. Le transfert de programmes et de services gouvernementaux dans le secteur communautaire a non seulement engendré une affluence de clientèles, mais il ne s'est pas accompagné du soutien nécessaire, donnant même lieu à des interruptions de financement.


Les aînés demeurent sous-mobilisés en matière d'engagement social

L'enquête canadienne sur le don et le bénévolat précisait que le quart des répondants ne pratiquaient pas de bénévolat faute d'information ou d'invitation à le faire. Une personne sur dix révélait son insatisfaction à la suite d'une expérience malheureuse de bénévolat. On peut en tirer plusieurs leçons. Premièrement, malgré l'immense apport des aînés, il serait erroné de tenir pour acquis l'engagement futur des bénévoles actuels; il y a encore matière à amélioration pour préserver leur engagement.

Des efforts ciblés doivent être déployés pour mieux les encadrer, préserver le lien de confiance et empêcher que la motivation se dégrade. Deuxièmement, il est impératif d'ajuster notre tir et notre approche vis-à-vis le bénévolat, que ce soit sur le plan du recrutement ou des services aux clientèles. Plusieurs vecteurs de changement social incitent à aller dans cette direction: l'avènement de nouvelles valeurs postmodernes, des différences générationnelles plus prononcées, la diversification ethnoculturelle, la précarisation économique accrue et le vieillissement accéléré de la population.

Concrètement, le bénévolat, à l'instar des services publics, ne peut plus se contenter d'une approche paternaliste, en se limitant à de l'assistance financière. Plus que jamais, les interventions devront être dirigées vers un bénévolat humaniste et de compétence misant sur le renforcement du potentiel des personnes et leur responsabilisation, sans pour autant négliger de rehausser leur estime de soi, de les encourager, de les réconforter et de reconnaître leur valeur comme personne.

© 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

 

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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