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Le surpoids des aînés : est-ce un problème de " taille " ? - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 18:22

R. Lefrançois, La Tribune, Opinions, samedi, 12 janvier 2008, p. 15)
 

surpoids
Depuis plusieurs décennies, notre espérance de vie poursuit inlassablement son ascension fulgurante. Nous gagnons environ un an en longévité tous les cinq ans. Actuellement, les Québécoises vivent en moyenne jusqu'à 83 ans et les Québécois, 79 ans. Les avancées de la médecine curative et préventive, l'efficacité des médicaments, l'abandon du tabac et l'exercice physique expliquent cette prouesse des temps modernes.

Or, la génération des baby-boomers fera-t-elle décliner l'espérance de vie, en raison de la malbouffe et de l'abus des plaisirs de la table? Examinons les arguments pour et contre les conséquences du surpoids sur la longévité avant d'en tirer des leçons utiles.


Vivrons-nous moins longtemps que nos parents ?

Certains tirent la sonnette d'alarme, convaincus que notre durée de vie exceptionnelle et notre qualité de vie sont menacées par la dégradation de l'environnement, mais surtout par l'obésité, un problème endémique en Occident. Telle est la thèse défendue par des scientifiques de renom comme Jay Olshansky et plus récemment par l'agronome Claude Aubert dans son ouvrage Espérance de vie, la fin des illusions.

Les projections très optimistes d'une durée de vie de 86 ans en 2050 (L'Insee), voire de 103 ans en 2300 (ONU), seraient totalement fausses, car elles passent sous silence la hausse de l'obésité, une véritable bombe à retardement selon eux. L'obésité pourrait même faire reculer de cinq ans notre espérance de vie actuelle.


À première vue, certains chiffres leur donnent raison. Une étude canadienne conclut que 57 pour cent des Québécois présentent un excès de poids, 35 pour cent souffriraient d'embonpoint et 22 pour cent d'obésité. La Fondation canadienne des maladies du coeur a même déclaré que les baby-boomers sont en moins bonne santé physique que leurs aînés âgés de 65 à 74 ans! Ils s'exposent aux graves conséquences de l'obésité, dont une mobilité réduite, les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers.
Une étude de suivi, réalisée à Boston, révèle que les hommes ayant un indice de masse corporelle supérieur à 30 étaient deux fois plus à risque de souffrir d'un accident vasculaire cérébral que le groupe de comparaison non obèse.


En 1999, le Journal de l'Association médicale canadienne a estimé que les coûts directs de l'obésité au Canada dépassaient deux milliards de dollars, soit 2,4 pour cent des dépenses en santé. On ne s'étonnera donc pas de leur conclusion percutante: la génération du flower power pourrait former la première cohorte à connaître le déclin de sa qualité de vie.


Remettre les pendules à l'heure

Faisons d'abord remarquer que les taux d'obésité sont moins élevés chez les aînés que dans les autres groupes d'âge. En effet, 37 pour cent des personnes de 65 à 79 ans font de l'embonpoint, mais moins de 16 pour cent souffrent d'obésité. Chez les 80 ans et plus, les pourcentages sont plus faible, soit 33 pour cent et 10 pour cent, respectivement.


Pour le démographe Jacques Légaré, la position des alarmistes s'appuie sur un mythe qu'il importe de démentir. Le calcul de l'espérance de vie d'une génération requiert des observations sur des dizaines d'années. Or, l'obésité est une réalité trop récente pour prédire une baisse éventuelle de la durée de vie.


Par ailleurs, on ne fait pas l'unanimité quant à une définition du poids optimal chez les aînés. Par exemple, le seuil limite caractérisant l'obésité (d'après l'indice de masse corporelle) est plus élevé chez les 65 ans et plus. Dans le calcul de l'excès de poids, on tolère deux kilos de plus chez les gens très âgés, puisque la surcharge pondérale est moins nocive à cet âge.


Les aînés qui suivent un régime minceur sévère s'exposeraient à des conséquences encore plus nuisibles pour leur santé que l'excès de poids: perte d'énergie, carence alimentaire, réduction de la masse musculaire et osseuse, ce qui peut accroître les risques de chutes avec fracture. Ce serait plus dangereux pour la santé de perdre et de reprendre du poids à répétition que d'avoir un surpoids. Dans son livre, The Obesity Myth, Paul Campos fait référence à une étude publiée dans le New England Journal of Medecine en 2003, qui révélait que les individus ayant un surpoids ont une mortalité due au cancer un peu moins élevée que ceux ayant un poids "idéal".


Les aînés ont malgré tout du pain sur la planche

Que conclure de ce rapide tour d'horizon? D'abord que nous sommes les artisans de notre bien-être, d'où l'importance de ne pas laisser l'industrie de la malbouffe ou celle des régimes amaigrissants diriger notre vie. Comme le veut l'adage: ce qui importe n'est pas d'ajouter des années à sa vie, mais de la vie à ses années! Bien sûr, ce serait faire fausse route que de négliger son alimentation et ses exercices physiques, tout comme il serait illusoire de se priver des bonnes choses de la vie. En fin de compte, la vie longue en bonne santé est une affaire d'équilibre, et c'est un bienfait qui se mérite.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(c) 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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