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La grande vieillesse n'est pas une déchéance - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 19:17

R. Lefrançois, La Tribune (Sherbrooke, Qc)
Réflexion/Opinions, samedi, 8 mars 2008, p. 21

Au Québec, les 80 ans et plus représentent 26 pour cent de l'ensemble des aînés. C'est actuellement la tranche d'âge qui croît le plus rapidement. Ce phénomène est le fruit d'un long parcours tissé d'améliorations dans nos habitudes de vie alimentaire, de progrès sur le plan économique, sociosanitaire et du logement, en plus de découvertes médicales, technologiques et pharmaceutiques. La longue vie est désormais un marqueur incontournable de notre société.


Le paradoxe de la vieillesse

Même si le rythme de vie dans le quatrième âge possède son impulsion propre, il fluctue grandement selon les individus. Cependant, la plupart voient leurs capacités physiques et mentales diminuer, en même temps qu'ils assistent à la transformation de leurs contacts sociaux ou de leur vie relationnelle. Ils se déplacent moins souvent, tandis que leur réseau social et familial rétrécit en raison de la perte d'êtres chers et de l'éloignement des enfants.

Ces déficits et pertes requièrent donc des ajustements. La majorité parvient à s'adapter à leurs incapacités, ou à retarder leur apparition, que ce soit en surveillant leur alimentation, en évitant le stress, en consultant régulièrement leur médecin ou en faisant régulièrement de l'exercice. Ils sollicitent de l'aide pour mieux gérer le chagrin et la douleur qu'occasionnent les pertes.

Mais la grande vieillesse a aussi des atouts. Au fil des ans, les aînés ont appris à envisager la vie avec réalisme et sagesse. Leur expérience et leur créativité se sont également enrichies. Des peintres, musiciens ou scientifiques célèbres se sont même fait remarquer seulement à l'âge avancé. Ayant appris à relever différents défis, ils sont aptes à utiliser les stratégies qui se sont révélées efficaces. Leur souci de développement personnel et leur soif d'apprendre sont demeurés intacts. Ce n'est pas étonnant, souligne Rita Levi-Montalcini, car même passé 80 ans, le cerveau conserve des capacités insoupçonnables qui n'attendent qu'à être mobilisées.


Économiquement parlant

Malgré tout, cette grande vieillesse en affole plus d'un. Calculatrice à la main, plusieurs s'évertuent à en évaluer les conséquences prétendument désastreuses sur le financement des retraites, la croissance économique, l'investissement ou les coûts en santé. Pourtant, le rapport Castonguay a constaté que "le facteur vieillissement ne compte que pour 1,3 pour cent dans la croissance annuelle prévisible de 6 pour cent des dépenses publiques de santé, au cours des dix prochaines années". Même si cette proportion devait croître, n'oublions pas que la société a opté pour la vie longue. Elle doit en assumer le prix, c'est-à-dire maintenir un panier de services de qualité pour tous.

Étonnamment, les ténors de l'apocalypse sont réticents à inscrire dans la colonne des actifs l'apport économique inestimable des aînés. Ces derniers allègent considérablement le fardeau du système de santé, à titre d'aidants familiaux et bénévoles. Sans cet appui, les coûts des programmes couvrant les dépenses de maintien à domicile seraient beaucoup plus élevés. Ensuite, la contribution fiscale accrue des nouveaux retraités compensera partiellement la hausse anticipée des coûts en santé. N'oublions pas que les aînés contribuent à la création d'emploi dans le vaste secteur sanitaire et de l'hébergement, dans la recherche médicale et pharmacologique, sans oublier les loisirs.

La fonction sociale des séniors est elle aussi primordiale. Ils exercent les rôles de mentor, de dépositaire de notre héritage et de gardien de nos valeurs et traditions. Certains se révèlent même des innovateurs sociaux remarquables, des sources d'inspiration et d'espérance auprès des jeunes.


Réorienter notre engagement de citoyen envers le grand âge

Comment accueillir dignement les plus âgés dans la société? Il s'agit en premier lieu de leur prodiguer les soins nécessaires, de cesser de les ignorer ou de les exclure, et de mettre fin à l'âgisme. Il importe ensuite de les aider à ériger des digues protectrices contre l'isolement, la solitude, la détresse psychologique, puis de les épauler lorsque surviennent les épreuves. Il est impératif de respecter et valoriser les grands vieillards qui sont un rouage essentiel à la consolidation des liens intergénérationnels. Pourquoi ne pas les convier à participer à la création d'un monde meilleur où toutes les générations auront la chance de s'affirmer et de s'épanouir?

Le vieillard est bien placé pour sensibiliser les jeunes aux défis et réalisations humaines, leur enseigner la beauté et la force de la nature, et les relations entre les peuples. Il peut insuffler les valeurs nobles, faire prendre conscience de l'importance de l'affirmation de soi, et suggérer des solutions efficaces pour affronter les difficultés. Nous rêvons tous d'une société plus mature, hospitalière, conviviale, fraternelle, inclusive et débarrassée des mythes entourant la vieillesse. Ce qui devrait tenir lieu de principe souverain serait de donner du sens et de la valeur à toutes les étapes de la vie, d'accueillir à bras ouverts tous les groupes d'âge. La place citoyenne des plus âgés ne devrait pas être "mesurée " d'après des critères utilitaristes tels la participation, l'engagement social ou la contribution économique. Elle devrait plutôt être guidée par des finalités supérieures comme l'intégration, l'identité, la solidarité et l'appartenance. Elle s'appuierait enfin sur des principes éthiques ou humanistes fondamentaux, tels le respect, la reconnaissance sociale, l'épanouissement personnel et la qualité de vie.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

© 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080308·TB·0009

 

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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