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Faut-il s’inquiéter du poids électoral grandissant des aînés? - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 21:22

Article publié dans le quotidien La Tribune, rubrique «Opinions», ler novembre 2008 
par Richard Lefrançois

poids-electoral.jpgLors du scrutin fédéral du 14 octobre dernier, à peine 60 pour cent des Canadiens se sont présentés aux urnes. Jamais une élection fédérale n’aura suscité aussi peu d’enthousiasme et, du même souffle, soulevé autant d’inquiétudes quant à la solidité de cette institution démocratique. La participation différentielle des générations aux élections, en faveur des aînés, soulève inévitablement la question de leur poids politique. Comment se traduit la  sur-représentation électorale des aînés et quelles leçons pouvons-nous en tirer?


Le comportement électoral des générations

Parmi les nombreuses explications pour rendre compte du haut taux d’abstention enregistré lors des derniers scrutins, figure la thèse voulant que les jeunes boudent l’isoloir par dépit ou désenchantement. Ils manifesteraient de l’apathie et du désintérêt pour la chose politique. Le faible taux de participation des moins de 35 ans illustre de façon probante la dépolitisation constatée dans cette tranche d’âge. Au cours des dernières élections, les 25-35 ans ont exercé leur droit de vote dans une proportion d’environ 47 pour cent comparativement à 37 pour cent chez les 18-24 ans. Précisons que cette désertion politique n’est pas unique au Canada ou au Québec ; elle s’observe partout dans l’Occident. Mais, certains indices donnent à penser que le niveau plancher a été atteint ; des analyses récentes révèlent que de plus en plus de jeunes de la génération Y (1979-1994) renouent avec la vie politique, étant conscients de l’impact que les gouvernements peuvent exercer sur les problèmes qui les préoccupent, soit l’environnement, les ressources énergétiques, le marché de l’emploi et la famille.

Il demeure toutefois que la désaffection politique actuelle des jeunes pour les affaires publiques a pour effet de faire gonfler le poids électoral des personnes plus âgées. Cet écart de représentativité se creuse encore plus en raison du vieillissement démographique (les 60 ans et plus représentent déjà 21% de l’électorat), mais aussi à cause du taux de participation électorale plus élevée des aînés. Selon une estimation scientifique, 75 pour cent des personnes de 58 à 67 ans et 71 pour cent des 68 ans et plus ont participé aux derniers scrutins fédéral ou provincial.

Maints observateurs se demandent donc, « si la tendance se maintient », quelles pourraient être les conséquences d’une telle insensibilité politique sur la viabilité, voire la pérennité de notre régime démocratique. Faute d’une proportion minimalement acceptable de votants, nous dirigeons-nous tout droit vers l’imposition du vote obligatoire, une alternative en contradiction avec l’un des principes fondateurs de la démocratie? C’est pourtant une voie qu’ont empruntée les Belges, les Australiens et les Autrichiens.  


Une léthargie sociale à l’horizon?

Au vu de cette force politique grandissante dont les aînés sont investis, faut-il craindre que déferle une vague sans précédent d’immobilisme ou de conservatisme ? Voilà une question qui laisse sous-entendre que les aînés endossent les idées conservatrices ou qu’ils ont porté au pouvoir les gouvernements de droite. Rien n’est moins certain. De nos jours, la profession et la scolarité ont plus d’impact que l’âge et même le revenu sur les préférences politiques. D’ailleurs, c’est l’ensemble de la population qui a hissé au pouvoir les partis d’allégeance conservatrice, aussi bien au Canada, aux É.U. qu’en France. En fait, l’Occident tout entier est frappé de plein fouet par un courant néo-libéral et conservateur, en raison de la prédominance des valeurs postmodernes (le souci de confort et de sécurité repousse la prise de risque et favorise les valeurs sures), de l’influence du modèle dominant aux É.U. et de ses valeurs (patriotisme, famille traditionnelle, religion), et aussi du scepticisme face à l’avenir. Est-il besoin d’ajouter que le climat d’incertitude économique que nous traversons actuellement ne peut qu’amplifier cette lame de fond conservatrice.

Démocratie et vieillissement

Faisons d’abord remarquer que la forte participation électorale des aînés a un effet bénéfique puisqu’elle contribue au maintien de ce principe démocratique fondamental. En second lieu, on ne peut reprocher aux aînés de veiller au grain et de mettre en pratique leur devoir de citoyen en exerçant massivement leur droit de vote. Éprouvant encore du mal à être reconnus à leur juste valeur, ils ont appris à lutter contre l’âgisme, à faire valoir leurs droits et à exprimer leurs revendications. On ne saurait non plus leur tenir rigueur d’avoir développé d’autres véhicules d’expression démocratique, qu’il s’agisse des associations et mouvements dédiés à la promotion de leur cause ou à la défense de leurs droits

Dans un ouvrage récent, Henry Milner dénonce ce qu’il désigne comme le manque de  « compétence civique », évoquant par là l’ensemble des connaissances et habiletés nécessaires pour comprendre le monde politique. Or, à ce chapitre, les aînés servent de modèles.  La plupart ont acquis le réflexe de se tenir informé et de s’engager,  conscients de l’importance d’agir comme citoyen responsable. Lire régulièrement les journaux, assister à des conférences, s’inscrire à des cours, s’engager dans des associations sont autant de moyens de s’informer et de se sensibiliser aux questions politiques de l’heure.

La société a tout intérêt à favoriser au maximum la participation politique des aînés, en les informant par exemple sur les services offerts, tels les bureaux de scrutins itinérants pour personnes à mobilité réduite, ou en déployant les efforts pour s’assurer que tous soient inscrits sur les listes électorales. On a rapporté que 40 pour cent des aînés dans des résidences pour personnes âgées n’étaient pas inscrits. Dans le cas de Sherbrooke, qui compte au moins 55 résidences pour personnes âgées, cela représente 1 500 électeurs.

Finalement, l’inquiétude grandissante que soulève le faible taux de participation électorale des jeunes est l’occasion de rappeler aux aînés l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir auprès d’eux, y compris ceux qui ne sont pas encore en âge de voter. Voilà une belle façon de concrétiser la solidarité intergénérationnelle en inculquant à la jeunesse cette valeur démocratique essentielle qu’est l’exercice du droit de vote. Les aînés contribueront ainsi à briser le sentiment de désillusion et d’incompréhension réciproque qui s’est installé entre la classe politique et nos jeunes adultes.

© 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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