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Éloge du droit au travail à tout âge - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 19:29

(R. Lefrançois, 5 juillet 2008)

eloge-travail.jpgPlusieurs indices montrent que les Québécois ambitionnent de prolonger leur vie active au-delà de ce qu'ils avaient initialement prévu. Il y a à peine 10 ans, l'âge moyen du départ à la retraite était de 60 ans. Il se chiffre aujourd'hui à 62 ans. Ainsi, le taux d'activité des 55 ans et plus, quoique encore faible à 27 pour cent, enregistre actuellement la plus forte progression, soit plus de 6 pour cent.

Pendant que s'estompe la période euphorique des retraites précoces, on voit émerger un autre phénomène: le quart des retraités retourne sur le marché de la main-d'oeuvre. Comment expliquer tous ces revirements? Les travailleurs plus âgés peuvent-ils tirer un meilleur parti des conditions présentes? Quelle réflexion cette nouvelle réalité soulève-t-elle en regard de l'engagement des aînés?


Nouveaux enjeux, nouvelles motivations

Compte tenu des soubresauts de l'économie, on pouvait s'attendre à une augmentation des interruptions de retraite et au recul des cessations d'activité précoces. Nous traversons une époque marquée par l'instabilité de l'emploi, l'irrégularité ou l'insuffisance du revenu, sans oublier la menace inflationniste. Le travail atypique, qui caractérise le tiers de la main-d'oeuvre actuelle, a précarisé de nombreux travailleurs. Pour ces personnes, souvent en fin de parcours professionnel, une sortie hâtive s'avérerait désastreuse. En demeurant actifs le plus longtemps possible, ils entendent minimiser les chances de manquer de revenus pour leurs vieux jours.

La motivation à demeurer actif fluctue d'un individu à l'autre. Certains travailleurs en fin de carrière sont conscients de pouvoir compter sur une plus longue espérance de vie. Ils cherchent donc à accumuler l'épargne nécessaire pour subvenir à leurs besoins au cours de toutes ces années. Dans le même ordre d'idées, non seulement leurs conditions sociosanitaires se sont-elles améliorées au fil du temps, mais ils possèdent les qualifications et compétences recherchées: dès lors, plusieurs s'estiment en excellente posture pour défier la concurrence sur le marché du travail.

Plusieurs ressentent l'impératif besoin de se rendre utile ou de transmettre leur savoir. D'autres choisissent de demeurer à l'emploi, car stimulés par les défis ou parce qu'ils possèdent l'énergie nécessaire pour accomplir un travail excitant ou valorisant. Certains écartent d'emblée l'idée de renoncer à leur statut professionnel, et finalement on rencontre ceux pour qui seul le travail procure un sens à leur vie.


Tirer son épingle du jeu

Les employeurs prennent de plus en plus conscience de la plus-value que représentent les travailleurs aînés expérimentés. Les entreprises en situation de pénurie de travailleurs ont donc tout intérêt à assouplir leurs critères d'embauche et, pour conserver leurs employés séniors, à faire preuve d'audace et d'originalité. On voit déjà se dessiner des "accommodements raisonnables" qui se traduisent sous forme de travail à temps partiel, d'horaire flexible ou de travail à domicile. Une autre façon pour les employeurs de manifester leur solidarité et d'être attractifs consisterait à offrir à leurs employés un régime complémentaire de retraite. On sait qu'actuellement seulement 45 pour cent des travailleurs québécois profitent d'un tel régime.

L'État entend jouer un rôle proactif sur cette question. En juin dernier, le gouvernement québécois a adopté une modification à la loi 68 sur les régimes complémentaires de retraite et sur le régime de rentes du Québec, le but étant de favoriser l'employabilité et la participation du plus grand nombre de travailleurs. Une première mesure encourage la retraite progressive des travailleurs de 55 ans et plus qui bénéficient d'un régime complémentaire de retraite avec leur employeur. Ils peuvent désormais continuer à travailler, à temps plein ou à temps partiel, tout en retirant jusqu'à 60 pour cent de leurs prestations de retraite. Grâce à cette nouvelle disposition, ils accumulent des années de service et améliorent leurs rentes.

La seconde mesure accorde une bonification à la rente de la RRQ aux personnes retraitées, "mais qui continuent à travailler" et qui cotisent au régime, même pour ceux qui perçoivent le maximum. Dès 2009, leur rente sera augmentée d'un montant équivalant à 0,5 pour cent du revenu sur lequel ils auront cotisé l'année précédente.

Par exemple, un retraité déclarant des revenus annuels de 20 000 $ verra sa rente rehaussée de 82,50 $ annuellement (20 000 $ moins l'exemption générale de 3500 $ multiplié par 0,5 pour cent). Cette personne bénéficiant par exemple d'une rente mensuelle de 725 $ de la RRQ verra celle-ci majorée à vie pour atteindre 756,87 $, sans compter l'indexation. Année après année, tout travail subséquent permettra de bonifier la rente. Bien sûr, pendant qu'il travaille, ce "retraité" cotise au régime et paie des impôts.


Le choix appartient aux aînés

Au-delà de leurs visées essentiellement économiques ou politiques, les mesures incitatives d'emploi s'adressant aux aînés prouvent de façon éclatante que leurs rôles dans la société sont finalement reconnus. Le travail constitue certes une excellente façon de s'actualiser, de développer un sentiment d'utilité et d'efficacité, de nouer des liens de camaraderie et de bien s'intégrer dans son milieu.

Mais, après toutes ces années consacrées au travail, il est légitime de se demander si une certaine déprise de la vie professionnelle n'est pas souhaitable. Car, il y a bien d'autres champs à investir: la vie familiale, les loisirs, le conditionnement physique et le bénévolat, notamment. Toutefois, il n'appartient qu'aux aînés de décider quel arrangement de vie est le plus susceptible d'assurer à la fois leur bonheur, leur sécurité financière, leur volonté d'engagement social, leur épanouissement personnel et leur qualité de vie.

L'auteur est professeur associé à l'Université de Sherbrooke

(c) 2008 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080705·TB·0032

 

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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