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L’hôpital ami des usagers : un défi colossal à relever - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 12:29

Par Richard Lefrançois, La Tribune, 16 juillet 2011

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L’hôpital n’a pas été dédié de tout temps aux seuls soins de santé. L’hospitalis domus désignait au XIIe siècle un établissement charitable à vocation «hôtelière» destiné à accueillir ses «hôtes», essentiellement des malades, des vieillards, des voyageurs, des pèlerins et des pauvres. En 1656, Louis XIV institua l’Hôpital général de Paris, un établissement de bienfaisance, mais aussi de coercition. En plus de soigner les démunis, ce réseau de maisons spécialisées servait au refuge, à l’enfermement et à la rééducation des prostituées, vagabonds et délinquants.

Ce n’est qu’à compter du XVIIIe siècle, avec le déclin de l’Église et le recul des mythes sur la maladie que s’affirme la médecine scientifique et que se précise le mandat universel de l’hôpital. En plus de s’occuper de l’hébergement temporaire des malades et de fournir des soins curatifs, préventifs et palliatifs, l’hôpital moderne assure l’enseignement, la formation médicale et l’encadrement de la recherche.

Or, le monde hospitalier est aujourd’hui en détresse financière, sinon à la dérive au regard de ses valeurs premières. Comment rendre raison de la périlleuse descente aux enfers d’une institution aussi vitale pour le maintien de notre santé?

Les maux de l’hôpital contemporain

Paradoxalement, malgré le cortège des réformes (virage ambulatoire, compressions, désinstitutionnalisation, fusions hospitalières, déficit zéro), notre système public de santé est toujours souffrant, constamment menotté par des dépenses faramineuses (33 milliards $ en 2011). À ce gouffre sans fond, s’ajoutent l’encombrement des urgences et les intolérables temps d'attente en chirurgie. Selon une étude du Collège des médecins et chirurgiens du Canada, seulement 39 % des Québécois présentant un problème de santé urgent ont eu accès à un médecin en moins de 24 heures. Chez ceux souffrant de troubles non urgents, à peine 11 % ont bénéficié de traitements en deçà d'une semaine. Ces irritants mettent à dure épreuve la «patience des patients».

N’est-il pas inconcevable que des aînés requérant des soins fuient l’hôpital par crainte de passer la nuit sur une civière dans un corridor? D’autres jugent même les hôpitaux «dangereux pour leur santé», comme on l’a constaté tout récemment à propos des problèmes de salubrité : malpropreté, air vicié, moisissures, vermine, équipements vétustes. Ils ont aussi en mémoire les nombreux décès survenus à la suite d’infections nosocomiales contractées lors de la pose d’un cathéter, d’une perfusion ou de l’implantation d’une prothèse. Comme si ce n’était pas suffisant, la maltraitance qui sévit toujours en milieu hospitalier a été tellement médiatisée que certains aînés redoutent d’en être un jour victimes.

Au-delà de ces inquiétudes, plusieurs usagers âgés se sentent inconfortables, stressés et désorientés dans cet environnement qui leur est étranger. Ils sont indisposés par l’atmosphère survoltée qui y règne, les contraintes imposées, les horaires forcés et le recours à des technologies intimidantes. Comment ne pas s’indigner quand l’hôpital, hormis l’exigence d’être compétente et performante (curing), s’éloigne de sa doctrine fondatrice qui est d’être accueillante et humaine (caring)?

En se drapant des oripeaux de la technologie médicale et gestionnaire, l’hôpital a engendré des effets pervers. Au lieu d’être à l’écoute du malade et de le réconforter, il s’en est distancé et l’a muselé. En dépit du dévouement exemplaire des intervenants, épuisés puisque confrontés à des exigences nombreuses dont l’alourdissement des clientèles, la dépersonnalisation des rapports sociaux de même que la déshumanisation des soins portent ombrage à la mission première de cette institution et entachent sa crédibilité.

Le gigantisme des appareils de gestion et de soins ainsi que la culture technomédicale ont finalement transformé l’hôpital en une mégastructure de prestations de services «inhospitalière» où les usagers sont non seulement des numéros, mais à certains égards des gêneurs ou des importuns. Sans surprise, un nombre accru de médecins se dirigent à regret vers la pratique privée qui offre de meilleures conditions.

Principales sources du problème

L’enlisement financier de notre système de santé tient en grande partie à la facture qui ne cesse de grimper alors que les recettes ne suivent pas la cadence. Même si l’augmentation générale des coûts dépasse à peine le taux d’inflation, ce déséquilibre des comptes crée une pression constante sur l’offre de soins. D’où le défi : comment gérer la croissance des dépenses et la décroissance des revenus tout en maintenant le cap sur la qualité des services?

La crise hospitalière qui en résulte se traduit par des débordements à l’urgence et des anomalies dans la chaîne des services. Le Collège des médecins pointe du doigt l’organisation des soins, le manque de lits et la lourdeur bureaucratique, alors que les syndicats imputent les lacunes à la pénurie de personnel, aux coûts prohibitifs des médicaments et aux technologies médicales sans cesse à renouveler. D’autres l’attribuent au surnombre des demandeurs de soins au sein de la population âgée.

Il est imprudent d'incriminer les aînés pour rendre compte de la surchauffe du système de santé. L’accroissement des coûts de santé dû au vieillissement est marginal, autour de 1 % d’après la CSQ, même si les aînés occupent 55 % des lits de soins de courte durée. De fait, la demande de soins croît à tous les âges, au rythme de la généralisation des mesures de prévention, de la médicalisation des problèmes sociaux et du comportement clientéliste des usagers.

N’empêche que l’actuelle glissade hospitalière n’est pas sans conséquence pour les aînés. Dans un document récent, Marie-Jeanne Kergoat, chef du département de médecine spécialisée à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, explique pourquoi «l’hôpital contribue au déclin de l’état de santé des aînés». Pour preuve, un court séjour hospitalier pour une légère pneumonie conduit souvent à des pertes fonctionnelles qui sont loin d’être anodines. Toute prise en charge inadaptée risque de déclencher chez le bénéficiaire la confusion mentale, l’incontinence, la réduction de ses capacités physiques et la perte de sa résilience.

Recentrer les interventions dans les unités non gériatriques suivant une approche globale serait bénéfique aux aînés. Il s’agit surtout de les hydrater suffisamment, de les faire marcher, de procéder au suivi régulier de la douleur, de sécuriser l’environnement, de respecter leur intimité et de les laisser personnaliser leur chambre.

Pour un hôpital ami des aînés

De l’aveu même du ministre Bolduc, les hôpitaux sont devenus des milieux hostiles pour les aînés, mais aussi pour tous les usagers! Toute la filière d’intervention est donc à repenser, aussi bien au regard de l’accueil, des soins, du gite que de la préparation pour un éventuel retour à domicile. Un réaménagement d’une telle envergure nécessite des passerelles souples et coordonnées entre les divers établissements du réseau, les unités de soins et les ressources humaines (professionnels, préposés, bénévoles, familles). Un cadre de référence existe déjà, soit l’approche adaptée à la personne en milieu hospitalier. Le gouvernement consacrera 300 000 $ pour le Centre universitaire de santé McGill qui deviendra le premier hôpital québécois «ami des aînés». Des initiatives nécessitant le déploiement d’outils plus performants de dépistage de la perte d'autonomie chez les patients âgés admis à l'urgence sont également en cours, notamment au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec et de Sherbrooke.

Exaspérée par l’extrême lenteur et l’inefficacité du système public de santé, une partie de la clientèle se dirige de plus en plus, du moins pour certains services, vers les cliniques privées. Quelle ironie si l’hôpital de demain devait être réduit à soigner massivement, comme au Moyen-âge, les sans-le-sou et les grands vieillards, ceux-là mêmes qui n’ont aucune solution de rechange autre qu’un système de santé public bien mal en point!

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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