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Vieillir en couple est-il un long fleuve tranquille? - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 15:17

Richard Lefrançois, La Tribune, 21 août 2010

 

 

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Dans l'imaginaire des Occidentaux, vieillir en couple demeure le meilleur antidote à la solitude, à l'ennui et à l'angoisse devant la maladie ou la mort. La vie commune incarne la réussite familiale, la prospérité, le soutien mutuel et la stabilité émotionnelle, autant d'attributs qui caractérisent l'idéal d'une vieillesse heureuse et accomplie. Or, cette représentation idyllique du bien vieillir fait-elle encore l'unanimité? Cadre-t-elle avec l'expérience des aînés actuels ? Répond-elle aux aspirations de ceux de demain?

 

La situation domestique des aînés

Examinons la répartition des aînés québécois d'après leur état civil. S'agissant des ménages hétérosexuels, on observe que 50% des femmes de 65 à 79 ans vivent avec un partenaire, comparativement à seulement 18% pour celles ayant franchi le cap de 80 ans. Par contraste, 75% des hommes de 65 à 79 ans vivent avec une conjointe, comparativement à 60% après 80 ans.


Des facteurs biologiques et culturels expliquent ces écarts prononcés. La surmortalité masculine après 60 ans et le fait que les épouses sont habituellement plus jeunes que les époux multiplient le risque de veuvage féminin. Comme le bassin des partenaires masculins disponibles s'épuise avec l'âge, les veuves souhaitant fonder une nouvelle union sont nettement défavorisées. Ce phénomène est toutefois en léger recul, l'espérance de vie des hommes s'améliorant sensiblement.


Les hommes et les femmes d'âge mûr perçoivent différemment leur destin, ce qui colore leurs attentes, leurs comportements et leurs valeurs respectives. Ainsi, bien des femmes de la génération charnière des boomers décident par elles-mêmes de leur avenir. Ayant été pour la plupart sur le marché du travail, elles connaissent la valeur de la liberté et de l'indépendance financière. Aguerries, elles ont appris à lutter pour conquérir davantage d'égalité et d'autonomie.

 

Diversité des modèles de vie

Le monde sécularisé, technicisé et postmoderne n'a pas seulement fait voler en éclat les valeurs traditionnelles. Il a décuplé les parcours de vie et démocratisé la quête d'affirmation de soi. En revanche, la réalité économique précarise les conditions d'existence des personnes ayant peu de ressources, alors qu'elles s'apprêtent à quitter la vie active. Ces phénomènes réunis sculptent constamment les styles de vie des Québécois.

 

Voyons quels changements se dessinent dans l'organisation de vie des seniors.

L'insuffisance de leurs revenus et l'inquiétude devant l'avenir invitent des couples à la prudence. Le choix de vie à la retraite fait partie des stratégies pour composer avec la nouvelle donne économique et ses incertitudes. Bien des couples financièrement vulnérables sont donc portés à préserver et consolider leur union, surtout si le conjoint allie à la fois la complémentarité ou la compatibilité des caractères et l'identité des champs d'intérêt.

 

La vie allongée et la santé améliorée autorisent des projets de communauté de vie jusque-là impensables, au point où des pratiques matrimoniales inédites s'affirment. Par exemple, de plus en plus de célibataires retraités, affligés par la perspective d'une vieillesse esseulée, optent pour la vie matrimoniale, tandis que plusieurs femmes souhaitant reformer un couple choisissent un partenaire beaucoup plus jeune qu'elles.

 

Déterminés à profiter pleinement de leurs vieux jours, plusieurs sont prêts à repartir à zéro s'ils estiment intenable leur situation de vie. C'est pourquoi les ruptures conjugales après 60 ans sont en progression, même si elles sont encore rares.

 

Vraisemblablement parce qu'ils supportent plus difficilement la solitude, dix fois plus d'hommes que de femmes se remarient. Certains n'hésitent pas à convoler même si le remariage à l'âge avancé déclenche une réaction ambivalente chez les enfants. On sait que ceux-ci sont rassurés qu'une personne veille en permanence sur leur parent âgé, mais ils craignent que le patrimoine anticipé leur échappe.

 

Contrastant avec ces précédents scénarios, de nombreuses veuves ou divorcées semblent avoir tracé une croix définitive sur la vie à deux. Si vieillir en solo est dans l'air du temps, c'est aussi une fatalité pour les aînés ne réussissant pas à trouver l'âme soeur.

 

Vertus et inconvénients de la vie commune

Plusieurs études attestent que vieillir avec un partenaire exerce un effet protecteur sur la santé, principalement chez les hommes, en plus d'être un important déterminant du bien-être et de la longévité. Comparativement aux personnes vivant seules, les couples aînés s'alimentent et dorment mieux, consomment moins d'alcool, font régulièrement de l'exercice physique et consultent plus régulièrement leur médecin.

 

Vieillir en couple demeure avantageux pour satisfaire aux besoins de sécurité physique, financière et affective, sans oublier l'échange de services et le réconfort moral. Même si dans la vieillesse les couples connaissent davantage un amour de compagnonnage qu'un amour-passion, ils peuvent éprouver de l'attachement, de la tendresse, de la loyauté et de la dévotion l'un envers l'autre.

 

Au fil du temps, les contentieux conjugaux ou familiaux animent de moins en moins leur flamme de combattant. Ayant appris à se connaître mutuellement, à développer des défenses efficaces à travers leurs conflits, ces couples grisonnants déclarent maintenant forfait, s'attachant à l'essentiel, sans pour autant s'enliser dans l'apathie et la monotonie. Un conjoint peut toujours surprendre l'autre à la faveur d'attentions délicates et de projets inattendus.

 

La vie à deux dans la vieillesse, n'étant ni à l'abri d'embûches ni exempte d'obligations diverses, requiert des remaniements périodiques pour éviter le déséquilibre relationnel. Une fois retraités, les conjoints se côtoient plus souvent dans le labyrinthe de la vie de tous les jours d'où le risque accru d'envahissement. Ceux qui s'adaptent le mieux ont apprivoisé la promiscuité quotidienne, en s'aménageant des espaces de refuge et des moments d'apaisement pour soi.

 

Mais, dans l'éventualité probable de la maladie ou de l'incapacité prolongée du conjoint, les couples âgés peuvent s'attendre à investir énormément de temps et d'énergie sous forme de soutien physique et d'encouragement.

 

Finalement, nombreux sont les couples remariés qui exercent le rôle de grands-parents pour des petits-enfants non biologiques. Plusieurs parviennent à gérer les inévitables tensions découlant de cette "grand-parentalité recomposée", en inventant les compromis nécessaires.

 

L'éventail des modes et changements de vie n'a décidément plus de frontières d'âge. Il appartient à chaque aîné de transformer son choix de vie en un long fleuve tranquille plutôt qu'en une mer houleuse.

 

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke

http://tribune-age.over-blog.com/

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100821·TB·0024

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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