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Les centenaires, ces pionniers de la vie longue - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 11:19

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La Tribune, samedi, le 5 juin 2010

 

Les médias font souvent écho à l'accentuation du vieillissement de la population québécoise imputable à la génération nombreuse du baby-boom. Mais, derrière cette toile de fond se cache une tendance lourde qui infléchit tout aussi profondément notre paysage démographique. En effet, les grands vieillards surgissent de partout, infiltrant l'espace public et séduisant l’imaginaire. Il y a un demi-siècle à peine, dépasser l’âge de 85 ou 90 ans était quasi inconcevable. Nos ancêtres escomptaient tout au plus franchir la barre des 50 ans, «norme» qui a prévalu pendant des siècles, sinon des millénaires.

Or les faits récents parlent d'eux-mêmes. De 2001 à 2009, le nombre de Québécois ayant atteint l’âge vénérable de 95 ans a littéralement explosé, augmentant de 81%, en comparaison de 41% chez les 80-94 ans et de 15% chez les 65-79 ans. Ce mouvement ascensionnel s'accompagne de la progression fulgurante des hommes très âgés. Il est même à se demander s'ils vont bientôt rattraper les femmes numériquement !

Signalons au passage que la grande région sherbrookoise abrite presque deux fois plus d'aînés de 80 ans et plus qu’il y a 10 ans, ce qui représente quelque 8 700 résidents. Notre civilisation serait-elle passée maître dans l’art de tromper la mort ?

 

Le boom des centenaires

En grande partie régulée par notre horloge biologique, la longévité maximale de notre espèce oscille autour de 120 ans. Officiellement, une seule personne a franchi cette borne hypothétique, la Française Jeanne Calment. Ayant vécu 122 ans, on lui a attribué le titre de doyenne de l’humanité.

Est-il besoin de rappeler que la glorification des longévités exceptionnelles envoûte les esprits depuis la nuit des temps ? Perçues d'abord comme des prouesses individuelles, les durées de vie prodigieuses sont vite devenues des symboles de fierté familiale, donc des marques de distinction sociale. Certes, doubler le cap du siècle n'est guère un mince exploit. Pourtant, dans le monde développé, le nombre de centenaires triple au dix ans, de sorte que la perspective de vivre un siècle ne stupéfie plus personne.

De véritables pépinières de centenaires et de supercentenaires (110 ans et plus) ont été répertoriées sur la planète, la plupart proliférant en milieu insulaire. Des concentrations de centenaires se retrouvent en Sardaigne et en Crète, en passant par l’archipel japonais d’Okinawa jusqu'à la ceinture de longévité américaine (Wisconsin, Minnesota et les Dakota du Nord et du Sud), une région fortement colonisée à ses débuts par les Scandinaves.

On a recensé plus de 1 350 centenaires québécois en 2009, pas loin de 5 000 au Canada et plus de 70 000 aux États-Unis. Habituellement, on dénombre six fois plus de femmes centenaires que d'hommes. Pour souligner l'événement, certains établissements d'hébergement collectif annulent «à vie» les frais de logement de leurs résidents devenus centenaires.

 

Des explications aux recommandations

Il n'existe pas de fontaines de Jouvence, de recettes miracles ou de cures magiques habilitées à défier le temps long avec certitude. La science moderne apporte des éclairages intéressants et fait état de découvertes prometteuses. Récemment, des chercheurs allemands ont mis en évidence une prédisposition génétique chez les centenaires, une variante du gène de longévité, le FOXO3A, qui permet d'éliminer les cellules âgées ou endommagées. Les femmes ayant enfanté dans la quarantaine seraient plus nombreuses à porter les gènes de longévité. On a également invoqué le mécanisme de la sélection naturelle. Au fil du temps, les « souches d'individus plus faibles » auraient été écartées au profit d'individus plus robustes capables de parvenir à ces âges mythiques.

Toutes plus remarquables les unes que les autres, les avancées scientifiques ne peuvent, dans l'état actuel des connaissances, rendre compte dans sa totalité de l'éclosion phénoménale des centenaires. Chose certaine, une panoplie d’innovations techniques et médicales, sans oublier les progrès socioculturels, continuent d'étirer notre courbe de survie, même parmi les plus fragiles.

Au premier chef se démarque l'alimentation. Seraient particulièrement bénéfiques un apport calorique réduit (p. ex. cesser de manger avant d'avoir étayé sa faim), la consommation de six ou sept légers repas quotidiennement (pour faciliter l'oxygénation cellulaire) et le recours à l'alimentation naturelle par opposition aux produits transformés.

Sont recommandés les aliments riches en omégas 3 et en antioxydants. On les retrouve essentiellement dans les régimes à base de poisson (modèle japonais) ou d'huile d'olive (modèle méditerranéen). S'ajoutent les céréales complètes, les fruits et légumes et la consommation modérée de vin rouge. La seule ombre au tableau concerne les mauvaises habitudes alimentaires (restauration rapide) qui font monter en flèche l'obésité et le diabète.

La documentation scientifique évoque également l'interaction d'autres facteurs de protection favorisant ces âges extrêmes: pratiquer régulièrement des activités physiques et cérébrales, conserver un équilibre affectif, démontrer une personnalité joviale, optimiste et résiliente, surtout à la suite d'événements éprouvants.

 

Une question cruciale se pose

La quête éperdue de la longue vie soulève une épineuse question. Les interventions, prescriptions ou recommandations multiples visant cette vieillesse extrême, sans oublier la vogue anti-âge, ne nous ont-elles pas déjà placés devant le scénario troublant d’une vie prolongée entachée de maladies graves, d'incapacités lourdes, du confinement à domicile ou au lit et d'échanges sociaux extrêmement réduits, donc d’une qualité de vie réduite ?

À quoi bon aspirer à vivre centenaire si, comme les statistiques en témoignent, nous n'avons à cet âge que deux minces chances sur dix de ne pas souffrir de démence ? Pourtant, un sondage effectué il y a quelques années auprès de 900 Américains avait révélé que 61% souhaitaient vivre jusqu’à 100 ans et que seulement 4% n’espéraient pas vivre aussi vieux! Décidément, bercé par le phantasme d'immortalité et ne pouvant se libérer de l'emprise narcissique de la survie, le pouvoir de l'ego ne connaît plus de frontières !

 

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100605·TB·0022

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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