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La vieillesse revisitée : de la décrépitude à l'épanouissement - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 16:38

Richard Lefrançois, La Tribune, 1 mai 2010

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De nos jours, la performance, la créativité, l'engagement et l'efficacité ne sont plus l'apanage des jeunes. Sollicités plus que jamais, les seniors se démarquent avantageusement comme travailleurs, consultants, mentors, intellectuels et artistes. Le poids des années ne les arrête pas. Ils suivent des cours, livrent leur opinion (journaux, blogues), militent pour une cause, se consacrent au bénévolat, aident leurs semblables, participent à des sondages et études cliniques, voyagent et s'adonnent à des activités de loisir.

Pendant que s'estompe l'image dégradante, misérabiliste et mortifère accolée aux personnes vieillissantes, le démantèlement des tabous sur la vieillesse suit son cours. La rhétorique n'est plus à l'abandon, au déni ou au dénigrement de la vieillesse, mais est au métissage des générations, à la valorisation de la sagesse et à la quête de l'expérience.

D'aucuns rétorqueront qu'en dépit de cette effervescence, l'âgisme sévit tandis que le mépris envers les personnes âgées couve toujours, alimenté par les inquiétudes que suscite leur surnombre. Il n'empêche que le discours sur l'âge avancé se veut plus rassurant et constructif qu'auparavant.

 

Sur les traces du vieillissement optimiste

Moult facteurs rendent compte de cette métamorphose des mentalités sur le vieillir, teintée parfois de romantisme et de triomphalisme. Plus autonomes et en meilleure santé que leurs ascendants, les aînés d'aujourd'hui sont informés, aguerris et engagés. À la faveur de leur gigantesque pouvoir d'achat, ils contribuent à revigorer l'économie et à développer de nouveaux créneaux. Leurs qualités exceptionnelles de passeur d'héritage, de défenseur des valeurs nobles et d'aidant dévoué leur valent bien des éloges.

Nous sommes également redevables aux spécialistes du vieillissement, aux associations de retraités et à des instances étatiques d'avoir démonté la plupart des mythes entourant l'âge avancé et démontré l'inestimable apport social et économique des aînés.

Les multiples attributions du bien vieillir reflètent également le prolongement de la vie, la diversité culturelle, le morcellement des parcours sociaux et le foisonnement des choix de vie.

Point étonnant si une abondante littérature moussant les vertus de la vieillesse ait proliféré au cours des dernières décennies. Dans Vivre en jeunesse, le Dr Jean Drouin nous enseigne comment déjouer le temps et conserver une vitalité optimale. Jean-Luc Hétu nous invite à Apprendre à bien vieillir, tandis que Jacques Laforest vante les vertus de la Vieillesse apprivoisée. Pour Marie Laberge, "vivre vieux c'est encore et toujours vivre". Ayons donc l'audace de bien vieillir, s'exclame-t-elle, "envers et contre tous s'il le faut"!

Nos perceptions sur la vieillesse ont bifurqué le jour où nous avons pris conscience de notre capacité à ralentir le rythme du processus de sénescence et d'en atténuer les effets. Dès lors, vieillir a cessé d'être compris comme une déchéance redoutable ou une maladie incurable, mais comme une condition normale pouvant être partiellement maîtrisée et retardée. Autrefois subie, cette période incontournable du cycle de vie peut désormais être conquise, à condition de s'y préparer adéquatement.

 

Nouveaux discours, nouvelles étiquettes

Pour accompagner le paradigme du vieillissement optimiste, le vocabulaire a emboîté le pas. Les épithètes de vieillard et de personne âgée ont été relayées par celles d'aîné, de senior et de retraité. Puis ce fut au tour des représentations populaires de la vieillesse. Les appellations de "vieillesse dorée", de "génération lyrique", de "bel âge" occupent depuis le devant de la scène médiatique.

Le changement de ton a gagné le monde politique et celui des affaires. Au début des années 2000, l'Organisation mondiale de la santé lançait le slogan du "vieillissement actif" dans l'espoir de mobiliser le potentiel des baby-boomers au bénéfice de la société et des générations montantes. L'expression a été récupérée à des fins économico-politiques. Pour maintenir la croissance et défier la pénurie de main-d'oeuvre, on s'est évertué à repousser l'âge de la retraite, pour stopper l'hémorragie des fins d'emploi précoces promus par le projet Liberté 55.

Maintenir active, alerte et en santé la population âgée s'avère un enjeu majeur chez les innovateurs, fabricants et commerçants qui anticipent des occasions d'affaires alléchantes et florissantes. On prévoit une explosion de la demande en produits et services spécialisés dans le lucratif marché des cosmétiques anti-aging, de la domotique, des transports, de l'alimentation et des loisirs notamment.

Deux autres phénomènes se sont imposés avec force dans le milieu gérontologique: le "vieillissement réussi" et le "vieillissement optimal". On a cependant taxé d'élitistes ces formules, alléguant que les personnes socio-économiquement privilégiées ont plus de chance de décrocher ces titres convoités. À l'opposé, sont épinglés dans la colonne des échecs ceux qui succombent à la maladie ou tombent dans la précarité.

La notion de vieillissement réussi est d'autant plus critiquable qu'elle est calquée sur les idéaux discutables d'hyper-performance et de succès professionnel propres à la culture occidentale. Les aînés n'ont pas à performer, à "réussir" leur vieillesse comme ce fut le cas dans leur vie active rémunérée! Dans un monde configuré pour la vitesse, pour paraphraser Carl Honoré dans l'Éloge de la lenteur, il importe au contraire de savourer les précieux moments de la vieillesse et de goûter la tranquillité.

 

Pistes pour une vieillesse accomplie

En définitive, les aînés ont surtout besoin de s'investir dans des occupations qui les font grandir et qui les illuminent, de nouer des relations sociales gratifiantes et significatives. Enrichir les contacts humains et l'estime de soi est plus important que de flatter son ego et d'épaissir son portefeuille!

Il y a quelques années, nous avons proposé le concept de "vieillissement actualisé" pour qualifier la situation d'une personne apte à préserver un sens d'identité et de développement de ses capacités d'adaptation ou de résilience. Les personnes actualisées sont congruentes avec leur image de soi, ouvertes à l'expérience et à autrui. Les aînés sensibles aux autres et ouverts à eux-mêmes participent de plain-pied à leur bien-être et au bienfait de l'humanité.

Richard Lefrançois est professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

Illustration(s) :

Archives, La Presse, Alain Roberge
Goûter la tranquillité de la vieillesse est un art que plusieurs aînés pratiquent via la peinture.

(c) 2010 La Tribune (Sherbrooke, Qc). Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20100501·TB·0028

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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