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Défendre et promouvoir l'égalité des sexes malgré la conjoncture - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 22:13

L'obsession du retour à l'équilibre budgétaire et de la résorption du déficit accumulé, et la nouvelle configuration démographique, peuvent-ils faire oublier, voire freiner les mesures égalitaires entre les femmes et les hommes? Terrés dans leurs derniers retranchements, les tenants du néolibéralisme qui récusent l'égalité des sexes vont-ils ressurgir de plus belle en cette sortie de crise?

 

L'effondrement des finances publiques

Pour alimenter notre réflexion, relevons d'abord quelques faits marquants. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la réduction des disparités de revenu stagne depuis que nous sommes en récession. Primo, le salaire médian des femmes demeure moindre que celui des hommes, dans une proportion de 15 %. Secundo, deux fois plus de femmes que d'hommes vivent encore sous le seuil de la pauvreté. Et, contrairement à une idée reçue, cet écart se creuse sensiblement après l'âge de 65 ans. Tertio, un quart de la main-d'oeuvre féminine occupe des emplois flexibles ou à temps partiel comparativement à un homme sur dix.

Ces inégalités sont d'autant plus préoccupantes que les femmes subissent plus lourdement que leurs congénères masculins les retombées des crises économiques. Plusieurs études ont rapporté les conséquences néfastes de l'insuffisance du revenu des femmes âgées, en situation de monoparentalité ou d'isolement social. Santé déficiente, détresse psychologique, insalubrité du logement et mauvaise alimentation figurent parmi leurs conditions précaires.

Or, s'il est un levier essentiel à la croissance économique, c'est bien la forte participation féminine sur le marché du travail. Ce serait donc régresser pitoyablement que de renoncer à la parité salariale et à l'équité dans la reconnaissance des diplômes. Ces luttes sont aussi impératives que la répartition équilibrée des responsabilités et des tâches familiales ou parentales. Nous avons tout à gagner à exercer une vigilance de tous les instants pour préserver nos gains en matière d'égalité.

 

Nouveau paysage démographique

Outre l'économie, trois mutations démographiques sont susceptibles d'entraver, sinon de faire échouer le mouvement vers l'égalité des sexes : la dénatalité, l'afflux des immigrants et le vieillissement de la population.

Pour endiguer le fléchissement de la fécondité, l'État québécois encourage plus que jamais la maternité en subventionnant des services de garde et en octroyant aux familles de généreux crédits d'impôt et des congés parentaux. Bien qu'efficaces, ces politiques natalistes se traduisent par un recul pour les femmes, pour autant qu'elles font pression sur leur liberté de choix en matière de procréation, qu'elles les gardent à distance du travail rémunéré et qu'elles les confinent dans des rôles familiaux traditionnels.

Le recours intensif à l'immigration pour compenser le déficit démographique menace lui aussi de ralentir l'élan en faveur de l'égalité des sexes. D'un côté, certaines pratiques culturelles, comme le port du voile islamique, ne font qu'accentuer l'infériorisation et l'aliénation des femmes. Est-il besoin de rappeler que les signes religieux ostentatoires symbolisent la soumission des femmes, ce qui contrevient à nos valeurs de laïcité et d'égalité?

La discrimination à l'embauche ou la propension de travailleuses immigrantes à accepter des conditions de travail précaire ou de menus salaires aggravent aussi les inégalités femmes-hommes. Le traitement différentiel de la main-d'oeuvre tire vers le bas la rémunération globale, affaiblit le statut global des femmes sur le marché de la main-d'oeuvre et met en péril les efforts de redressement de leur capacité économique.

Le troisième vecteur démographique d'inégalité, le vieillissement, suscite étonnamment peu d'intérêt dans l'espace médiatique, scientifique et politique. Pourtant, c'est au lendemain de la vie active que les désavantages socio-économiques subis et accumulés par les femmes sont exacerbés.

Or, pour plusieurs femmes économiquement défavorisées ou qui vivent seules, cette étape est vécue sous le signe de l'involution et de la soustraction. Par contraste, la gent masculine, confortée en général par leur autonomie financière, bénéficie de perspectives de retraite plutôt réjouissantes, ce qui autorise la concrétisation de projets jusque-là tenus en veilleuse.

Au détour de la grande vieillesse, plusieurs femmes se heurtent à de multiples décalages, confrontées à des réaménagements identitaire, économique, familial et social. Leur condition inégalitaire se décline au pluriel. D'abord, les stigmates corporels et psychiques de l'âge portent sévèrement atteinte à leur image de soi comparativement aux hommes. Puis, celles ayant peu ou pas fréquenté l'école et le marché du travail s'exposent à l'insécurité économique prolongée ou chronique. Un nombre accru glisse même dans l'exclusion sociale. On observe effectivement une recrudescence de femmes itinérantes, toxicomanes et dépendantes du jeu.

Cela dit, beaucoup de femmes se sentent écartelées entre l'espérance de s'accomplir pleinement et l'appel du devoir. Elles finissent par épuiser le précieux temps de la vieillesse dans le rôle exigeant et accaparant d'aidant ou de personne-soutien. Puis, comme elles s'acquittent volontiers d'une grande portion des tâches domestiques, elles profitent moins que leurs partenaires masculins du temps libre réservé aux activités ludiques, sociales ou créatives.

On sait que la longévité féminine éclipse celle des hommes (F:84 vs H:79 ans) et que le conjoint est habituellement plus âgé. Conséquemment, celles en situation de couple sont plus fortement défiées par la solitude et l'isolement lorsque survient le décès de l'être cher. Selon une étude du Conseil du statut de la femme, proportionnellement plus de femmes que d'hommes de 55 à 64 ans vivent seules (F:23% vs H:17%), le fossé étant plus prononcé encore chez les 85 ans et plus (F:59% vs H:28%). Enfin, en raison de la surmortalité masculine, les femmes âgées éprouvent plus de difficulté à trouver un nouveau compagnon de vie.

Cette lecture, hélas trop succincte, montre l'importance non seulement d'améliorer les conditions de vie des retraitées, mais aussi de rehausser la situation économique et sociale des jeunes femmes pour qu'elles puissent plus tard vivre une vieillesse indépendante, participative et épanouie. En définitive, promouvoir l'égalité des sexes revient à exercer nos valeurs citoyennes les plus fondamentales, c'est-à-dire la démocratie, la laïcité et la solidarité.

 

Richard Lefrançois est

professeur associé à

l'Université de Sherbrooke.

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Published by Richard Lefrançois - dans Articles dans La Tribune
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