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Paradoxe et puissance du vieillir - Blog gérontologique de Richard Lefrançois
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  • Richard Lefrançois
  • Retraité et professeur associé (Université de Sherbrooke, Québec), Sociologue, gérontologue
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 12:56

Dans son livre La puissance du vieillir, qui vient de paraître aux Presses universitaires de France, François Villa se demande si la psychanalyse doit renoncer devant le caractère inévitable du vieillissement. En répondant par la négative, arguant que le vieillir psychique est distinct du vieillissement corporel, l’auteur est en fait confronté à ce que j’ai appelé le paradoxe de la vieillesse.

 

En fait, cohabitent dans la vieillesse deux notions en apparence contradictoires : le déclin et la croissance ou développement.

De prime abord, il peut sembler inconcevable de placer côte à côte les notions de vieillissement et de développement. Or, le paradoxe tient précisément au fait que dans la vieillesse coexistent la fragilisation de l’individu (santé déficiente, habileté diminuée, vulnérabilité aux maladies) et la poursuite des acquisitions, l’enrichissement de la maturité intellectuelle et des compétences (expériences, connaissances, sens de la spiritualité). Loin d’être des notions foncièrement contradictoires, «développement» et «vieillissement» participent des processus involutifs et évolutifs. L’individu demeure la monade indissociable de l’existence.

 

Chez Villa, le psychisme se nourrit du temps et tire sa force de l'expérience même du corps. L’évolution psychique, loin de s’arrêter devant les rides ou les stigmates creusés par le temps, les intègre. Le psychisme tente de gagner en profondeur ou en intériorité ce qui a été perdu en étendue. On rejoint ici la notion de déprise proposée par le sociologue français Vincent Caradec. Le cumul des pertes induit chez le sujet vieillissant un travail de négociation pour préserver son identité.

 

Dans l’étude longitudinale que j’ai dirigée il y a quelques années, nous avons observé que les personnes qui s’actualisaient, qui parvenaient à un vieillissement optimal, réussissaient à compenser les pertes par un surinvestissement dans d’autres activités. Elles s’accrochaient fermement à la vie en conservant un équilibre et une diversification de leurs champs d’intérêt, en gardant une passion ou un objet d’amour pour emprunter le langage des psychanalystes.

 

Car, dans la vieillesse, tout se passe comme si les nombreux champs dans lesquels évolue la personne rétrécissaient, la capacité d’investissement dans ces champs étant en quelque sorte comprimée. La mobilité physique se trouvant réduite, la personne limite en conséquence ses déplacements dans l’espace-temps. Les contacts avec son réseau social ou familial sont du même coup circonscrits, moins fréquents, espacés dans le temps, d’autant plus que ce même réseau relationnel se contracte à la suite des décès.

 

Le même phénomène de déprise s’observe au regard de la pratique des activités intellectuelles, sportives et sociales, notamment.

 

Ceux et celles qui franchissent avec «succès» cette étape du cycle de vie, savent gérer adéquatement les épreuves, en minimisant les pertes ou les limitations fonctionnelles, tout en capitalisant sur les gains et les ressources disponibles. Tel est le paradoxe de la vieillesse et en même temps l’espoir du vieillir.

 

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Published by Richard Lefrançois - dans Billets
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